20/05/2008

BFM TV: Débat avec Jérôme Chartier

Nicolas Sarkozy peut-il compter sur sa majorité parlementaire ? Le service minimum d’accueil sera-t-il vraiment utile ?

Posted by Benoit Hamon on mai 20, 2008 at 10:11 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (10) | TrackBack

15/05/2008

Stiglitz sur Inter

Un nobel de l'économie qui stigmatise la responsabilité de la BCE dans la situation économique europeenne, défend la réduction du temps de travail après une question sur les 35h00, défend le service public, rejette le pacte de stabilité et de croissance. Tous les socialistes français signent ils la "contribution Stiglitz"? Il y avait de la fraicheur sur France Inter ce matin.

Ci dessous la première partie disponible de l'interview.

Le dernier livre de Josph Stiglitz : une guerre à 3000 milliards de dollars

Posted by Benoit Hamon on mai 15, 2008 at 11:56 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (13) | TrackBack

Un an à l'Elysée

Un an après l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, l’heure est au bilan.

A cette occasion, lemonde.fr consacre une série d’interviews de quelques personnalités du PS afin d’expliquer les mesures que nous aurions engagées si nous avions été au pouvoir.

Sarkozy, un an à l’Elysée : ce que j’aurais fait à sa place pour améliorer le pouvoir d’achat des Français.

Vous trouverez mes réponses en cliquant sur les vidéos ci-dessous.

Baisser la TVA pour soutenir la consommation
par lemondefr

Posted by LeFIL on mai 15, 2008 at 09:32 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

13/05/2008

Entretien avec Mediapart

J'ai donné un entretien à Stéphane Alliès de Mediapart. Nombreux commentaires sont disponibles aussi sur le site du journal .

"L'eurodéputé socialiste et ancien président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) défend une offre politique clairement à gauche pour le prochain congrès. Très critique envers «la crise des social-démocraties européennes», Benoît Hamon regarde vers les gauches américaines et Barack Obama, appelant à un «choc fiscal» qui n'exclurait pas «la question des renationalisations». Fondateur du think-tank La Forge avec Noël Mamère, le fondateur du Nouveau parti socialiste NPS (avec Arnaud Montebourg et Vincent Peillon) souhaite que Martine Aubry le rejoigne dans son entreprise. Troisième volet de notre série d'entretiens sur l'avenir du PS, après Jean-Pierre Mignard et Manuel Valls."

Quel est votre sentiment sur l'état du socialisme aujourd'hui?
C'est d'abord une affaire de contexte global. Je suis convaincu qu'on est dans un vrai renversement de cycle. Une forme d'impasse du libéralisme, impuissant face aux crises financière, alimentaire, démographique, climatique et énergétique. Cette situation marque l'échec de la mondialisation heureuse. Et ce constat fait naître les besoins d'intervention publique et de mécanismes de redistribution. Face à cela, je trouve que le discours de mon propre parti sur la modernisation tous azimuts et le recentrage est en total décalage avec ce qui se passe

C'est-à-dire?
On devrait anticiper l'instabilité en essayant de construire des réponses pour se dégager des marges de manœuvre. Pas dessiner un petit congrès, qui perpétuera cette tradition de rassemblement socialiste en suspension dans l'air. À Dijon (en 2005), avec le NPS, on avait mis sur la table des idées en proie avec la réalité des difficultés du pays. Quand on lit le texte proposé par Bertrand Delanoë (long silence)... on est franchement déçu. C'est un catalogue de réponses consensuelles à court terme, comme si on était au gouvernement, sans se préoccuper du chaos actuel. Moi j'estime que quand la droite nous promet un avenir sombre, on ne peut pas se permettre de proposer la grisaille en faisant croire à l'arc-en-ciel. La période actuelle présente autant d'opportunités d'émancipations collectives que de tentations de replis identitaires. Comme disait Antonio Gramsci: «Le vieux est mort et le neuf hésite à l'être. Et de ce clair-obscur peut naître un monstre.»

«La débâcle des social-démocraties européennes»

Comment vous positionnez-vous dans les débats sur la social-démocratie européenne?
J'ai refait mes calculs: depuis juin 2006, les partis membres du PSE comptabilisent deux victoires en quinze élections, dont l'Autriche en coalition avec la droite! C'est la débâcle. Et il n'y a pas une seule famille qui est épargnée, des Scandinaves aux Méditerranéens, en passant par les Rhénans. Cette débandade fait l'objet d'un déni total de notre part, alors que même Rasmussen (le président du PSE) dresse le constat de notre incapacité à dégager une cohérence au niveau européen. L'intellectuel collectif du PS ne regarde plus ce qui se passe ailleurs et est incapable d'analyser ses propres échecs, alors que le recentrage de nos voisins profite systématiquement à la droite dure ou aux libéraux. Seuls résistent les Espagnols, grâce à un débat ultra-clivé sur la mémoire, les questions de société ou de religions. Un vrai clivage gauche/droite…

Vous appelez à ce retour du clivage?
Objectivement, à côté de cette social-démocratie qui plonge, il y a quand même une gauche éclatante en Amérique du Sud. Certes dans un environnement bien différent, mais sur un spectre très large, de Chavez à Bachelet en passant par Lula. Ils gagnent partout! En axant leurs programmes sur la défense des droits sociaux des minorités et des populations indigènes, qui ne sont après tout pas bien différentes de nos classes moyennes et populaires. Ils assument la conflictualité de la société, quand nous voulons expliquer qu'il faut tous aller dans le même sens. Quand j'entends Gérard Collomb dire que la création de richesse passe avant la redistribution, je pense exactement le contraire. C'est d'abord une meilleure redistribution qui créera la richesse la moins inégalitaire... C'est aussi ce qu'est en train de faire Barack Obama.

Vous prenez en modèle la gauche américaine?
Et je n'hésite absolument pas à le dire: Obama est bien plus à gauche que Delanoë, sur les questions économiques et même sociales. J'y ai été en tant que vice-président du groupe de relations avec le Congrès et j'y ai rencontré des syndicats très actifs, qui œuvrent pour regagner des protections et non plus seulement amoindrir les nouvelles vulnérabilités qu'on tente de leur imposer.

Plus prosaïquement, qu'attendez-vous alors de ce congrès?
Pas le murmure habituel, du style «il faut des emplois de qualité et créer des richesses pour construire le progrès social» et autres «le PS doit être le moteur de l'Europe sociale». Si le congrès se fait sur 3 euros d'augmentation de la prime pour l'emploi par-ci, le rajout d'un trimestre de cotisations par-là ou la seule définition des métiers pénibles, cela n'en vaut pas la peine...

Mais qu'espérez-vous concrètement?
Qu'il se fasse sur la question du choc fiscal nécessaire pour réarmer les Etats, sur la remise en cause du pacte de croissance européen et sur les restrictions à imposer au libre-échange. Pourquoi le mot de protectionnisme serait un mot tabou, quand le développement durable est en jeu? La question, c'est: «comment reconquérir le pouvoir?» et, une fois conquis, «comment transformer la société?»

Et quelles sont vos réponses?
D'abord, pour gagner le pouvoir, il faut cliver et remettre de la conflictualité dans le débat politique. Franchement, on a l'air de quoi avec nos discours type «il faut travailler dans l'intérêt de tous», quand tout le monde est en rapport de force permanent avec son banquier, son chef d'entreprise, avec les différents services publics. Si on veut faire croire aux gens que tout le monde a les mêmes intérêts, c'est sympa mais ce n'est pas le cas. Alors on choisit les intérêts qu'il faut défendre. Et on choisit son camp. Je suis convaincu que c'est la meilleure solution de faire un parti de toute la gauche, qui fasse 30% au premier tour. Même s'il y aura une extrême gauche à nos côtés.

Mais c'est un peu le modèle italien de Veltroni, que vous décriez?
Sauf que ce serait un parti qui resterait à gauche, au lieu de l'assécher. Il y aura toujours des réservoirs de voix... Essayons donc de voir ce que ferait la majorité des Français face à deux offres politiques vraiment clivées, avec une vraie gauche face à cette vraie droite. Ensuite, il sera temps de mettre en œuvre les instruments pour revivre dans la France d'après Sarkozy. Des instruments prioritairement économiques et démocratiques. Moi je reste partisan d'une VIe République comme on l'avait promue au NPS. Et pas de marchandage misérable avec le pouvoir sarkozyste, en lui donnant les moyens d'accentuer la présidentialisation du régime, au prix de petites victoires secondaires.

Lac de Genève et clapotis

Puisqu'il faut aussi parler de stratégie, quelle est la vôtre?
Je pense que nous sommes en présence de deux lignes. D'abord celle qui veut perpétuer l'orientation de la majorité de Dijon. Delanoë et Royal ne nous montrent pour l'instant pas d'autres ruptures qu'un recentrage. Puis, il y a la place pour une autre orientation, et j'espère qu'elle regroupera davantage de personnalités que la dernière fois, avec certains de ceux qui étaient dans l'éternelle motion Hollande et qui accepteront de s'engager à nos côtés. Il est indispensable que cette seconde ligne fasse le score le plus important, pour contrebalancer la haine que se vouent les deux écuries présidentielles et qui minent l'existence même du parti.

Contrairement à la règle socialiste immanente, plus vous vieillissez, plus vous penchez à gauche?
Oui, j'ai été rocardien à mes débuts. Mais à l'époque c'était plus confortable et c'était le temps où je mettais mes tripes d'un côté et mon discours politique de l'autre. Et puis dans un contexte particulier, deux-trois ans avant l'autonomie du MJS. Et je ne renie pas cette expérience, qui m'a apporté des fondements d'action et de pratique actuels, comme l'attention à la délibération collective. Ce “bon côté deuxième gauche”, qui fait plus confiance au cheminement collectif qu'à l'avant-garde éclairée.

Pensez-vous que votre "offre politique" sera unitaire?
J'attends de voir ce que vont donner les jeux de rôle actuels. J'ai quand même l'impression que tout le monde n'ira pas au bout et que beaucoup préparent leur recyclage. J'attends de voir ce que vont faire “les reconstructeurs” et je répondrai présent à leur invitation au meeting du 1er juin. Mais j'ai le sentiment que le courant strauss-kahnien est ouvert à tous les vents et qu'un regroupement avec les fabiusiens n'est pas si impossible. Enfin, j'espère profondément que Martine Aubry et ses amis nous rejoindront, accompagnés d'une nouvelle génération qui représente la jeunesse du parti. Afin de porter une nouvelle vague, entre "le lac de Genève Delanoë" et "le clapotis sur le lac de Genève Royal".

C'est l'ancien responsable du MJS qui parle. Quinze ans après son autonomie sous votre présidence, que répondez-vous à ceux qui stigmatisent la pouponnière de jeunes éléphanteaux?
Oui, c'est une pouponnière à cadres du parti. Ça sert à ça un mouvement de jeunesse. Quand je vois le niveau de certains de nos dirigeants, j'aurais bien aimé qu'ils soient passés dans une organisation de jeunesse. Aujourd'hui, je pense qu'il y a plus de débats politiques au MJS qu'à Désir d'Avenir ou dans une section du PS. Même s'il y a eu des hauts et des bas, le MJS a trouvé sa place dans le mouvement social, comme lors du dernier CPE. Et c'est une victoire, quand on voit l'accueil de n'importe quelle autre structure socialiste dans les collectifs ou les manifestations. Enfin, quand on voit le sort réservé aux anciens cadres du MJS, ce ne sont pas des trajectoires à la Delphine Batho ou à la Aurélie Filipetti, ou celles de ces jeunes coqs qui se tapissent dans l'ombre d'un premier fédéral en allant à la niche. Eux, ils sont généralement à la gauche du parti et si ce sont des éléphanteaux, on ne les a pas vraiment aider à sortir les pieds du marécage.

Vous avez fondé avec Noël Mamère un think-tank, La Forge, regroupant économistes et jeunes chercheurs. Actuellement, êtes-vous en mesure d'offrir quatre ou cinq idées forces comme celles de Jospin entre 1995 et 1997?

Je pense qu'on est encore flou. On est au point sur les questions de révolution fiscale, avec la création d'un impôt universel et la mise en place de nouvelles fiscalités environnementales ou d'aide à l'investissement, comme de l'assèchement de flux financiers issus de paradis fiscaux. En bref, créer un choc fiscal pour permettre de nouvelles régulations et de meilleures redistributions. Il y a ensuite des domaines entiers de travaux. On bosse sérieusement sur les questions carcérales, avec Serge Portelli par exemple, ou sur l'accès aux biens culturels. Mais notre problématique est claire, sur les questions d'urbanisme, d'école et de logement, comme sur l'économie. On doit se poser la question de la possibilité de déficits, comme on n'échappera pas à la question des renationalisations. On ne peut pas dire qu'il va y avoir un problème d'accès à l'énergie et laisser ces secteurs continuer à se faire désosser par les traités européens, sans penser se réapproprier à un moment ces instruments d'accès au bien public. On y travaille encore, mais on y travaille vraiment.

Posted by Benoit Hamon on mai 13, 2008 at 08:55 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (29) | TrackBack

Mediapart

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Posted by Benoit Hamon on mai 13, 2008 at 08:33 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

05/05/2008

Benoît Hamon sur RMC Info

Posted by Benoit Hamon on mai 5, 2008 at 05:27 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack

26/04/2008

Sur Public Sénat jeudi 24 avril

Image_9Benoît Hamon était hier invité de "Bouge la France" sur Public Sénat pour réagir à l'interview télévisée de Nicolas Sarkozy.

Retrouvez ses interventions dans la deuxième partie des débats à partir de la 41ème minute.

Posted by Benoit Hamon on avril 26, 2008 at 09:19 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

21/04/2008

France Info : invité le 19 Avril

Posted by LeFIL on avril 21, 2008 at 03:34 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

Débat : l'avenir de la gauche

J’ai participé à un débat pour le journal l’Humanité sur la question de l’avenir de la gauche, avec Marie-Pierre Vieu, membre du Comité exécutif national du PCF, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées.

Vous trouverez ci-dessous son intégralité.

L'expérience italienne

Benoît Hamon. Les résultats des élections italiennes sont une mauvaise nouvelle pour les Italiens et pas une bonne nouvelle pour la gauche européenne. Berlusconi après Sarkozy, ça fleure bon le retour d'une droite dure sur les questions sociales et d'immigration. D'une droite très idéologique. C'est la onzième défaite des sociaux-démocrates à une élection nationale depuis novembre 2006 : l'Estonie, Malte, l'Irlande, le Danemark, la Suède, la France, l'Italie, les Pays-Bas et j'en oublie... On peut toujours se cacher derrière le grand « Z » de Zapatero pour penser que la social-démocratie se porte bien en Europe. En vérité elle se porte très mal. Elle est en crise et l'origine de cette crise est assez simple : c'est la crise des modèles sociaux nationaux. Il n'y a pas d'Europe sociale, mais il y a des phénomènes économiques mondiaux, la mondialisation qui percute les modèles sociaux et encourage les politiques de modération salariale. Aujourd'hui, aucun modèle social d'un pays européen n'est en capacité de résister seul à cette remise en cause systématique des protections des salariés. Et, comme la gauche dans son ensemble est associée à la construction de ces modèles sociaux et que tout le monde constate que les droits des salariés et les droits sociaux s'amenuisent, qu'on fait de la croissance mais qu'on ne redistribue pas sous forme de salaire, que le pouvoir d'achat se dégrade, on a aujourd'hui une vraie crise de la vocation ou de l'utilité de la gauche. Ça produit les résultats électoraux qu'on connaît. Pour ce qui concerne ma famille politique, c'est une question lourde : faut-il poursuivre avec une offre politique de centre gauche ? J'observe que ça fait trois fois successivement en France depuis 1995 qu'on perd avec une telle offre. Est-ce que la social-démocratie européenne doit continuer d'être la compagne du camp libéral et conservateur, et de ne faire que gagner du temps pour conserver la Sécu, les services publics, sans conquérir aucun droit supplémentaire, alors que le contexte plaide plutôt pour la régulation avec la crise des subprimes et la crise alimentaire ?

Marie-Pierre Vieu. La victoire de Berlusconi c'est d'abord l'échec du gouvernement Prodi. Il faut revenir aux sources de ce qui est en débat dans toute la gauche - et j'insiste sur cette notion : « toute la gauche ». On a une droite dure qui s'installe sur toute l'Europe, il y a des similitudes grandes entre Sarkozy et Berlusconi. Je prends pour preuves ses premières déclarations en matière de privatisation, de réforme judiciaire, de discriminations et d'immigration. L'échec de Veltroni m'interpelle, mais plus généralement l'échec de la gauche. Il n'y a plus aucune représentation des communistes ni de la gauche de transformation. Je constate que quand la social-démocratie a tendance à aller vers le centre, vers la droite, à « se social-libéraliser », ça n'ouvre pas un espace pour une gauche alternative, antilibérale ou plus musclée. Ignorer la question de la gauche tout entière, d'une politique de gauche à vocation majoritaire, ne conduit qu'à une crise plus aiguë de la gauche dans toutes ses composantes. Plus généralement, tu viens de poser des questions lourdes. Il y a la question de la crise de la social-démocratie. Nous, communistes, ressentons qu'il y a une dérive libérale, une social-libéralisation de la gauche. Il y a aussi la crise existentielle du communisme, qu'on n'a pas réglée depuis plusieurs congrès, qui porte à la fois sur ce qu'est le communisme et son parti. Il y a donc une crise plus générale de la gauche. Qu'est-ce qu'elle est au XXIe siècle ?

Les communistes veulent toujours transformer la société et pensent que la lutte des classes est toujours d'actualité. Mais tout cela est à retravailler, et il faut également se rénover. C'est aujourd'hui ce débat qui m'intéresse parce qu'il peut ouvrir un espace qui soit autre chose qu'une recomposition politique, et qui permette de battre durablement la droite. Dernière chose, à propos de l'Italie : il ne faut pas se livrer à des conclusions hâtives. Mais additionner simplement les forces à la gauche du PS ne permettra pas d'ouvrir une perspective politique ni de résoudre les problèmes. La perspective politique ne naîtra pas de la dérive à droite du PS, ni de son exclusion, mais d'une rénovation idéologique et politique, de débats de fond.

Archaïsme et modernité

Benoît Hamon. Il faut se convaincre que nous incarnons la modernité de la gauche. La modernité, c'est la rupture avec le cadre de pensée traditionnel. L'offre politique de la social-démocratie est une offre de centre-gauche : extrêmement modérée sur les questions économiques, relativement raisonnable sur les questions sociales, assez offensive sur les questions sociétales. On s'est présentés avec cette offre politique à trois présidentielles successives. On a perdu trois fois. Sur quoi sommes-nous attendus ? La crise des subprimes pose avec urgence la question des régulations dans des secteurs qui s'opposent à toute forme de réglementation. Aux États-Unis, quand il s'agit de savoir s'il faut protéger tel ou tel secteur stratégique parce qu'il y a des emplois à conserver, de la croissance ou du business à faire, les Américains posent des barrières au libre-échange. On fait de même en Amérique du Sud. Aujourd'hui, en Europe, on est dans un carcan. Dès lors qu'on pose les questions de la restriction au libre-échange, on est caractérisé comme protectionniste ou dangereux gauchiste. Je pense qu'on est capable de démontrer que les réponses de gauche en matière économique, celle de la relance de la demande et de l'investissement, celle d'un équilibre entre ouverture des marchés et protection des secteurs industriels, celle de la nécessité de fixer d'autres objectifs à la banque centrale que la stabilité des prix qui conduit à la modération salariale, sont plus efficaces économiquement. Oui, il y a de l'espérance dans les solutions de gauche parce que ce qui nous intéresse, ce n'est pas seulement l'efficacité économique mais sa destination. Nos solutions sont plus efficaces économiquement et plus justes socialement. Et en s'emparant des questions d'environnement, on peut justifier de l'urgence à remettre de la règle, de l'intervention publique, de la planification pour maîtriser la croissance de l'économie mondiale. La modernité est là, et les archaïques sont ceux qui nous proposent de réexpérimenter les solutions qui ont échoué depuis maintenant dix ans. C'est pourquoi il y a la place pour un dialogue nouveau à gauche et il va falloir ouvrir grand les portes et les fenêtres.

Marie-Pierre Vieu. Je partage ce que tu as dit. Mais sur la question de la modernité, le débat n'appartient pas uniquement à la gauche. La victoire de Sarkozy sur le mot d'ordre de « travailler plus pour gagner plus » et la politique qu'il mène montrent qu'on est sous le coup d'une bataille politique et idéologique. Les combats dont tu as parlé sont évidemment ceux qu'il faut mener. Tant qu'on n'aura pas changé le rapport des forces à ce niveau idéologique, on sera confronté à des questions lourdes. Une partie de la gauche a renoncé à transformer la société comme tu l'as dit, et elle dérive vers une gauche « morale » mais qui est sur le fond en difficulté. La modernité c'est nous, je suis d'accord, mais nous ne sommes pas perçus comme tels. La question est posée au Parti communiste aussi. Il y a des choses qui avancent. Pour autant, on reste en difficulté sur l'ensemble de nos réponses. Et un parti comme le nôtre ne pourra pas être perçu comme un parti d'avenir, utile pour l'alternative, sans la solution de ces problèmes. Il y a, oui, cette campagne sur les archaïques et la modernité que tu dénonçais, mais il y a aussi un gros effort à faire sur nous-mêmes. La droite a fait ces dernières années un travail immense. Sarkozy a su remettre au goût du jour un projet de société très libéral, il mène une vraie politique de classe. Et il a su traduire ce projet en mesures concrètes et se doter d'un instrument politique avec l'UMP. Même si la dernière séquence électorale met Sarkozy à mal, la gauche n'a pas gagné le débat de l'alternative. Il faut donc refonder notre offre politique, en termes de stratégie, mais aussi en termes d'offre structurelle qui corresponde à la période d'aujourd'hui.

La gauche face aux défis

Benoît Hamon. Il y a une chose à laquelle nous devons travailler, vous comme nous. Si nous nous fixons l'objectif de revenir au pouvoir, il faut préparer dès maintenant « la France d'après », anticiper sur la situation qu'on aura dans 4 ans et penser les solutions, les instruments de transformation sociale qu'on mettra en oeuvre à ce moment, au niveau européen comme au niveau national. D'ici 4 ans, la situation sociale se sera considérablement dégradée, les violences dans la société seront encore plus vives qu'aujourd'hui et, simultanément, l'ensemble des instruments auxquels on peut faire appel pour éduquer, préparer l'avenir, redistribuer la richesse, se seront dégradés parce que la politique de rigueur réduit le périmètre de l'intervention de l'État. Il y aura donc un paysage plus dur et des instruments plus faibles. Et cela dans un environnement européen - il peut changer d'ici là -, avec un pacte de stabilité et de croissance qui contraindra nos marges de manoeuvre. Il faut dire maintenant que si on ne change pas d'instruments, ça ne marchera pas.

Quel est le problème de la gauche ? On est les meilleurs de la classe pour gouverner. Mais sur le coeur du projet de la gauche - la transformation de la société pour la rendre plus juste, plus égale -, nos instruments sont appauvris et dégradés. Il faudra poser les coordinations des politiques européennes, la question de l'harmonisation fiscale, la question de l'harmonisation sociale, et surtout la question du pacte de stabilité et de croissance qu'il faut remettre en cause parce qu'on a besoin aujourd'hui d'investir. On n'est pas des gauchistes en disant cela, même le patron de la Banque fédérale américaine, même Romano Prodi disent que le pacte de stabilité est une stupidité. Il faudra ensuite d'avantage de progressivité dans l'impôt : je suis pour la fusion de la CSG dans l'impôt sur le revenu, ça fera des débats entre nous, mais il faudra réhabiliter l'impôt et sa progressivité ! Prenons les retraites. Il y a de plus en plus d'inactifs et de moins en moins d'actifs. Tout plaide pour dire que si on veut garder un système de retraites, il faut transférer une part du financement sur les individus et non plus sur la solidarité. Et malheureusement beaucoup de salariés en sont convaincus. Je pense qu'il faut être imaginatif et revenir à des solutions simples. Les exonérations de cotisation sociale au patronat, c'est 28 milliards d'euros. Philippe Séguin, le président de la Cour des comptes, dit qu'on pourrait mettre à contribution les revenus tels que les stock-options : il y a là 4 milliards de cotisations supplémentaires à dégager. Faut-il continuer à transférer 7 milliards du régime général vers les régimes des commerçants et artisans ou agriculteurs ? Enfin, nous sommes le pays où il y a le plus fort taux d'épargne : 16 % du PIB. Il y a 1 000 milliards d'euros dans l'assurance vie ! Est-ce que 1 % de ces revenus pourraient être mis à contribution pour la solidarité ? Voilà, j'ai évoqué 4 solutions. Aucune n'est une aberration économique ni ne provoquera de fuite de capitaux... Mettons en débat les solutions de la gauche au lieu d'être défensifs sur celles de la droite. Le problème est que cela fait vingt ans qu'on cultive la trouille, dans la gauche.

Marie-Pierre Vieu. Depuis sa première expérience gouvernementale, la gauche, en arrivant aux affaires, est restée scotchée dans un creuset. Cela l'empêche de prendre en compte les changements de la société et donc les changements à opérer. Je partage la description de la société telle qu'elle sera dans quatre ans, sur le social, la violence... Être aussi très attentif à ce que vont être la politique internationale de la France et sa place dans le monde. Je pense aussi, tu l'as évoqué, au démantèlement de tout ce qui est lpublic, y compris à ce qui est de la compétence des collectivités territoriales avec la décentralisation, et la politique de la droite en matière de destruction d'emplois publics. On n'est pas seulement face à des reculs sociaux. Il s'agit de reculs culturels. Je suis aussi très inquiète pour l'état de la société avec la politique communautariste du gouvernement et les politiques locales menées par la droite. Or, la gauche a perdu sa capacité de ne pas banaliser l'urgence sociale, la pauvreté, l. C'est pourtant cette capacité qui l'aidait aussi à trouver des solutions au diapason des attaques qui étaient portées. La gauche est aujourd'hui inaudible. Elle n'est pas à la hauteur des attentes, des exigences. Mais nous n'avons pas relevé le défi d'ouvrir en grand tous les débats. Par exemple sur la question de la répartition des richesses. Quand on explique que l'on peut utiliser autrement les profits, ou quand on développe l'idée simple selon laquelle une entreprise qui fait des bénéfices ne doit pas licencier, on n'est pas pris au sérieux. Il faut ouvrir des débats publics, par exemple encore sur la question du marché, de sa régulation, de son encadrement. Débats à avoir aussi sur le service public, le climat, l'énergie, les rapports des forces internationaux, la France et l'Europe... L'échéance à quatre ans est importante. Raison de plus pour commencer sans attendre, tout en menant des débats au sein de chaque formation de gauche. La perspective devrait être la création des conditions pour que nos partis respectifs confrontent leurs idées. Un projet commun ? Du moins des objectifs communs qui permettraient éventuellement de gouverner ensemble. Mais ne cachons pas que les communistes sont très interrogatifs sur ce que va devenir le Parti socialiste. En ce qui me concerne, je ne me réjouirais pas d'une droitisation du PS. Pas plus que je me réjouirais d'un pôle de radicalité : on ne peut pas faire une politique à vocation majoritaire à partir de la seule somme des contestations. Je ne fais pas non plus partie de ceux qui pensent que la crise que traverse le PS et les éventuelles recherches de solutions dans des alliances au centre seraient de nature à régler la propre crise du PCF. Les problèmes du PCF, sa difficulté à construire une offre alternative, ne sont pas imputables au PS mais à son propre rapport aux Français. Ce qui s'est passé en Allemagne avec la création de Die Linke par des communistes et des sociodémocrates de l'Est et de l'Ouest m'intéresse. Tout en étant convaincue que ce n'est pas une solution pour la France. J'avoue qu'il y a quelque chose de très décevant chez nous depuis une dizaine d'années. Je me suis très investie dans le mouvement social de 1995. J'ai vu une réponse politique à cela dans l'avènement de la gauche plurielle. Mais force est de constater que la dialectique politique/mouvement social n'a pas pris. Je ne me satisfais pas du débat politique à gauche des dernières années. J'ai trouvé intéressante l'expérience des collectifs antilibéraux après le référendum sur le traité européen, dans la mesure où on n'en faisait pas une gauche de la gauche... Bref : tout cela doit nous conduire à une obligation de faire du neuf à gauche. Y compris au sein du PCF dont, si rien ne change, l'horizon est compté en termes d'années. S'il n'évolue pas, ne se transforme pas en autre chose que ce qu'il est aujourd'hui, le mauvais score de la présidentielle ne sera pas le dernier. C'est ma famille politique, j'y tiens. Mais, au-delà, c'est le courant que l'on incarne dans la société, pour sa transformation réelle, qui en pâtirait. Ce débat est pertinent. Encore faut-il décider de l'avoir. Cela ne réduit en rien mon inquiétude sur l'évolution du PS. Avec, par exemple, la place qui est donnée médiatiquement aux idées défendues par Ségolène Royal. Et l'écho qu'elles trouvent chez une partie des militants socialistes. Je pense notamment à tout le débat autour du Modem. Au chapitre de mes inquiétudes, si je suis pour une bipolarisation droite-gauche de la vie politique je pense qu'il faut faire échec au bipartisme.

Un nouveau rassemblement à inventer

Benoît Hamon. Il m'arrive aussi parfois d'être inquiet sur l'évolution du PCF, car le PS ne s'en sortira pas seul et il n'y a pas de reconquête du pouvoir possible sans rassemblement de la gauche. Notre responsabilité est de donner à ce rassemblement un contenu différent de ce qu'il a été. Nous avons à imaginer la France que l'on va trouver, préparer les solutions que l'on mettra en oeuvre et commencer à reconstruire la stratégie de reconquête. Celle-ci, à mes yeux, passe par la création de formes nouvelles et originales de dialogue, de travail, et par la préparation du nouveau programme commun de la gauche. Mais je veux revenir aux questions européennes. Il n'est jamais facile, quand on est de gauche, de dire qu'il faut une nouvelle répartition des richesses : on ne fait pas que de la politique hexagonale. Essayer de produire des démonstrations sur l'absurdité d'un système est intéressant, car cela rend plus facile ensuite de convaincre sur les solutions. Quelques exemples. Les politiques européennes sont particulièrement dangereuses : le choix actuel est de dire que pour améliorer la compétitivité européenne par rapport à ses rivaux, il faut à la fois augmenter la productivité, comme l'envisage la stratégie de Lisbonne, et jouer sur la baisse des prix en améliorant la concurrence dans le marché intérieur. Mais si l'on ne fait que cela, on transforme le consommateur - dont le salaire n'augmente pas - en instrument de la remise en cause de ses propres droits, du modèle social et des protections. Plus il est poussé à acheter moins cher, en recourant au hard discount, plus on pousse l'entreprise à réduire ses coûts de production, et tout particulièrement les coûts du travail. C'est-à-dire le salaire et les cotisations sociales. La folie du système est là. À partir de là, on peut être audible sur des solutions. En Europe, ne peut-on pas bloquer et interdire les flux de la totalité des transactions financières dont l'origine est un paradis fiscal ? On bloque ainsi 70 % des fonds alternatifs et on les pousse à être hébergés dans des lieux où existe une réglementation. On peut le faire au niveau français. Autre démonstration : dans les années 1970, 25 % des profits réalisés par les entreprises allaient à la redistribution sous forme de capital. Aujourd'hui, 65 % vont à la rémunération du capital. Cela explique pourquoi il n'y a plus d'investissements, plus de créations d'emplois, et encore moins de redistribution sous forme de salaires. C'est dans le malheur de masse des gens - je pense aussi à la crise alimentaire - que l'on va construire des réponses.

À propos du rassemblement de la gauche, je suis favorable à une fédération mais je ne suis pas fermé sur les formes : il faut que le PS se dépasse sans tabou. Parti de toute la gauche ? fédération ? coalition ?.... Je suis prêt à tous les débats, à condition qu'ils soient efficaces, même si j'aime bien celui sur la pureté idéologique. Mais je peux faire la démonstration qu'avec les Verts ou le PCF on peut gagner les élections, et qu'avec le Modem on les perd. Une certitude : pour bâtir un contrat de gouvernement, il faut travailler. Il va y avoir une coïncidence de dates entre le congrès du PS et celui du PCF : cela mériterait des adresses respectives. Cela suppose bien sûr que, dans l'intervalle, le PS ne vire pas vers un parti démocrate à l'italienne. Je n'y crois pas une seconde. D'abord parce que le PS est sensible à l'opinion. Ensuite parce que la séquence historique est, au retour des réponses politiques, moins en phase avec une orientation sociale-libérale. Soyons concrets : le vieillissement de la population française génère automatiquement un vote plus conservateur. L'utilité de la gauche est-elle dans la construction de réponses politiques de gauche ou bien dans le fait de prendre acte qu'en l'absence de ces réponses, des hommes et des femmes se tournent vers des solutions individuelles ? Je reviens à l'alternative politique. Je n'ai jamais cru aux effets générationnels. Mais si je ne crois pas qu'à quarante ans on serait forcément meilleur qu'à cinquante ans, je ne crois pas non plus qu'il soit juste que ceux qui avaient quarante ans il y a quarante ans continuent à faire le débat politique. J'avoue que parfois je me crispe un peu sur ce que j'appelle la prime aux redoublants...

Marie-Pierre Vieu. La question européenne doit faire partie intégrante de la réflexion sur l'alternative à gauche. La gauche française a une partition à jouer qui est unique avec le « non » qui a été majoritaire. Lors des élections européennes l'an prochain, nous aurons sans doute des stratégies et des choix de liste différents entre nous. Mais cela ne nous empêche pas de travailler ensemble la question. Quoi qu'il advienne, les partis de gauche - de toute la gauche - sont appelés à travailler ensemble. Depuis deux ans, c'est un peu le vide. Pouvoir d'achat, autre utilisation de l'argent, services publics... : on n'a pas été à la hauteur. Les partis vont devoir évoluer. Changer de matrice, de nature, voire d'enveloppe. Pour ma part, je ne renonce pas au communisme. C'est d'ailleurs ce qui m'amène à m'interroger sur le Parti communiste actuel. Au-delà, je me pose une question : comment associer l'ensemble des forces sociales au débat sur l'avenir de la gauche ? On ne pourra pas résoudre le problème par le seul débat entre les seuls partis de gauche. Je constate que notre réflexion par le bout politique, d'autres l'ont par le bout syndical. Je pense aux luttes dans les supermarchés, ou celles des sans-papiers portées pour la première fois par la CGT. C'est-à-dire par un syndicat de classe qui converge avec des luttes dites sociétales pour des remises en cause de politiques de droite. Comment va-t-on faire vivre une dynamique globale de la gauche qui, à terme, sera fondatrice d'autre chose ? Personnellement, je suis une fan de l'union de la gauche. Il faut s'y employer à nouveau. Cela ne règle pas les problèmes respectifs du PCF et du PS. Mais je suis convaincue d'une chose : la gauche a un avenir.

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Posted by LeFIL on avril 21, 2008 at 02:51 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (9) | TrackBack

16/04/2008

Débat avec Frédéric Lefebvre sur BFMTV sur les jeux olympiques et le mouvement lycéen

Posted by Benoit Hamon on avril 16, 2008 at 03:03 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack