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23/04/2008

"Mitterrand et Vichy" sur France 2

2213593000_2J’ai visionné hier soir le film réalisé par Hugues Nancy consacré à l’épisode des révélations du livre de Pierre Péan sur la jeunesse de François Mitterrand (*). Le film était précédé d’un docu-fiction réalisé par Serge Moati sur la « guerre » de François Mitterrand, du stalag à la résistance en passant par Vichy. Les deux films complémentaires illustrent la complexité de l’époque et combien le « bouclier » Pétain a pu rallier l’adhésion d’une grande majorité de français déboussolée par la débâcle puis l'occupation. Ils permettent tous les deux de comprendre l’évolution d’hommes, pétainistes mais anti-allemands, de l’administration de Vichy vers la résistance.

Ce que j’ai apprécié par-dessus tout dans le film d’Hugues Nancy, c’est la manière dont il parvient à distinguer ce qui relève de la « cohérence » d’une trajectoire politique et ce qui appartient à ce que j’appellerai pudiquement, la complexité de François Mitterrand.

La cohérence, elle se révèle au fur et à mesure des témoignages et des analyses des historiens dans cette France anéantie par une défaite et un armistice humiliants, déchirée par l’exode de millions de français, coupée en deux par l’occupation et vidée de ses forces vives, prisonnières en Allemagne. On comprend la construction politique de François Mitterrand. Et on approche d'avantage la réalité historique dans ce portrait d’une France « en gris » dépouillée de l’imagerie gaulliste d’une France « vainqueur » de la 2ème guerre mondiale.

La complexité tient principalement en deux épisodes et en un regret. Il y a d’abord la relativisation des lois antijuives votées par Vichy et dont François Mitterrand ne retient que le chapitre concernant les juifs étrangers. Et s’il n’y a aucun doute sur le fait que François Mitterrand n’ait jamais été antisémite, on apprend qu’à l’époque il n’y avait pas – à ses yeux- de spécificité, de singularité à la souffrance des juifs. « Tout le monde souffre » dit il à Irène et George Dayan à Alger en 1943.

Il y a ensuite, cette relation inexplicable après guerre avec René Bousquet, organisateur de la rafle du Vel d’Hiv. Les deux films n’apportent pas plus d’explication à ce lien durable entre le leader de la gauche française et l’ancien chef de la police française durant l’occupation. C’est mon seul regret. Mais je comprends qu'évoquer trop longtemps cette rencontre qui eût lieu "après guerre" pouvait éloigner le documentaire du sujet central : le rôle de François Mitterrand "pendant la guerre" (même si la carrière politique de François Mitterrand doit beaucoup aux amitiés nouées pendant la guerre).

Je me souviens enfin qu’en 1994 au moment de la publication de ce livre, j’étais président du Mouvement des Jeunes Socialistes. J’avais, à l’époque, décidé de m’exprimer publiquement. Dans un communiqué de presse, j’avais exprimé mon indignation à l’égard de cette « amitié durable » avec René Bousquet. J’avais ensuite été happé par la tourmente politique créée par ces révélations et accentuées par les réactions qu’elles suscitaient. Hugues Nancy s’en souvient bien, il était membre du Bureau national du MJS à l’époque. Il se souvient de la sincérité du trouble collectif qu’avait provoqué ce livre. Il se souvient de notre dégoût devant la violence des arguments de quelques vieux grognards du mitterrandisme. Il se souvient de notre malaise devant l’exploitation politique de ces révélations par les adversaires de François Mitterrand dans et hors du PS et l’instrumentalisation de notre réaction. Merci à Hugues, 14 ans plus tard, d’avoir mis de la distance, de la rigueur et de l’analyse au milieu des passions pour proposer cette lecture fiable d’une époque et d’un homme, denses et intenses.

Posted by Benoit Hamon on avril 23, 2008 at 12:19 PM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

Votre analyse est très bonne.

Le film permettait de mieux comprendre le personnage. Quand j'entendais les extraits de l'interview d'Elkabach, je me disais que ce livre était très certainement tombé au plus mauvais moment. S'il était paru 10 ans avant, peut-être François Mitterrand n'aurait pas réagi de cette manière, peut-être aurait-il su prendre de la distance avec ces actions, peut être aurait-il condamné ce passé "vichyste". Or, il se savait malade et peut-être a-t-il voulu à tout prix sauvegarder son image, de manière maladroite, et finalement l'a encore entachée.

Bref, le film permettait de prendre une certaine distance avec le passé de l'ancien président (surtout pour quelqu'un qui ne l'a pas connu. J'avais 7 ans en 1994!)

Rédigé par : Jonathan Debauve | 23 avr 2008 13:37:39

La nouvelle n’a pas fait la Une de la presse française. Pourtant, elle le mérite. Et le Financial Times du 23 avril lui consacre un titre sur deux colonnes, au-dessus d’une photo de Mme Hillary Clinton, « Clinton’s stark warning to Iran ». Selon le quotidien financier britannique, la candidate démocrate a déclaré : « Je veux que les Iraniens sachent cela, si je suis présidente nous attaquerons l’Iran. (...) Ces dix prochaine années durant lesquelles ils pourraient de manière folle envisager de lancer une attaque contre Israël, nous serons capable de les détruire (obliterate). » « Utiliser des mots comme oblitérer ne produit pas de bons résultats, a rétorqué Barack Obama. Je ne suis pas intéressé dans une surenchère (sabre-rattling). Les Iraniens savent que je répondrai avec détermination et que cela sera complètement inacceptable s’ils attaquent Israël ou un autre de nos alliés dans la région avec des armes conventionnelles ou nucléaires. »
(blog d'Alain Gresh)

Rédigé par : Ahmad | 23 avr 2008 22:32:52

Arrive un moment où ça suffit. Ce blog est un espace de liberté,soit. Aucun message n'est modéré a priori. Mais quand je lis "que le PS le ps racialise l'islam, selon lui, l'islam égale arabe,On comprends mieux pourquoi les discours obstraciste, et raciste sont pas trop dérangeant au ps.
Le parti socialiste pratique les même méthodes envers les musulmans , que celles qui étaient contre les juifs dans les années 30(accusation de double allégeance, double discours, incompabilité de l'islam avec l'identité française...)". C'est tout simplement un tissu d'imbécilités qui ne mérite pas une ligne d'argumentation. En outre, je commence à être fatigué que ce blog serve de support pour diffuser des messages qui n'ont systématiquement rien à voir avec le billet posté. Donc soit vous disciplinez vos messages. Soit, je change hélas, à coeur défendant, de méthode de modération.

Rédigé par : Benoit Hamon à Ahmad | 24 avr 2008 09:00:11

Mitterrand n'était pas si complexe que cela. A 18 ans il était à droite toute. Ensuite, il a glissé, progressivement, à droite (durant la guerre) puis au centre droit (FGDS) puis au centre gauche. Il était fidèle en amitié (qualité rare chez les politiques) mais définitivement incapable de reconnaitre ses erreurs (défaut des plus commun). Quand on sait tout cela, on a la réponse au problème Bousquet, tout comme aux "omissions" mitterrandiennes sur la chasse aux juifs durant la guerre.


Pour ce qui est de ton dernier post. J'ai peur qu'il te faille revoir ta méthode de modération. Tu a laissé un post accusant le PS d'être raciste. Cela relève de la diffamation. Certains pourraient t'accuser de cautionner de tels propos. En cas de poursuites judiciaires, tu serais considéré comme co-auteur des propos tenus sur ton blog.

Rédigé par : patrice delgado | 24 avr 2008 15:56:00

Nous avons été plusieurs à dire à Ahmad d'arrêter les conneries, i lne veut pas écouter, il déteste le PS et dit n'importe quoi, je crois qu'il ferait mieux de ne plus revenir sur ce blog. De là à dire que c'est de la responsabilité de Benoît c'est un peu fort.

Rédigé par : guillaume | 24 avr 2008 18:40:22

Malheureusement, ce que dit patrice delgado sur la responsabilité de Benoit est tout à fait exact. S'il y avait des poursuites judiciaires pour diffamation, le responsable est l'éditeur du blog. Ici, en l'occurence, c'est Benoit. Bien évidemment, il n'y a pas de responsabilité "politique" ou "intellectuelle" de Benoit mais la responsabilité juridique existe bel et bien. Ceci implique que de nombreux blogs modèrent les commentaires pour éviter ce type de problèmes...

Quand aux propos d'Ahmad, leurs incohérences en rendent l'insignifiance d'autre pl

Rédigé par : Jean | 25 avr 2008 14:38:13

Ah des arabes haineux anti-gaulois on en croise sur tous les blogs et même sur celui de Najat... Et c'est très dur de discuter parce qu'ils sont obtus.

Moi aussi j'ai visionné le film sur Mitterrand mais que la première partie, celle de Moati, et j'ai bien aimé la philosophie qui se dégageait du jeune Mitterrand de l'époque. Une époque où la France venait d'être laminée par l'Allemagne en 3 semaines, où l'avenir s'annonçait sombre et les perspectives d'avenir lointaines.
Mitterrand n'a pas renoncé à l'idée de la France et c'est pourquoi il a pu se retrouver dans la vision du maréchal Pétain en qui il voyait le représentant d'une France forte et fière d'elle-même. Pétain avait participé victorieusement à la première guerre mondiale et ça lui conférait une aura et un prestige à l'époque. C'est cela qu'a crédité Mitterrand de mon point de vue.

Ensuite par contre, alors qu'il des amis juifs qui souffrent, on constate que leur maltraitance n'était pas sa priorité. C'était le sort des prisonniers qui l'importait. C'était sa priorité. Peut-être parce qu'il les avait côtoyés de près et aussi parce qu'il voulait leur redonner la fierté de combattre et ainsi relever l'image de la France.
A mon avis c'est cela qui obsède Mitterrand. Il a des hautes ambitions pour le pays et il n'admet pas que celui-ci soit ridiculisé et dominé. Cet idéal de la France va structurer sa carrière politique. Ce qui peut le faire passer pour un homme de droite alors que c'est un patriote français. Patriote ne veut pas dire nationalisme. On peut être fier de notre pays sans pour autant le vouloir uniforme et fermé aux autres.

Cela me permet de faire la jonction avec ce que je suis. Moi aussi je suis un patriote français républicain et j'ai aimé que ségolène Royal nous parle de la nation et de l'identité nationale. Refuser les symboles républicains est pour moi un non-sens. Fier d'être français c'est aussi reconnaitre les tréfonds de notre histoire. Je suis aussi pour la France métissée, pour l'Europe forte, pour le co-développement respectueux des cultures et économies des pays pauvres en octroyant des facilités, je suis pour l'immigration car je crois que c'est une force pour le pays mais une immigration qui sache accueillir décemment et dignement. Bref je ne suis pas un fervent du drapeau rouge et de l'Internationale. Même si je sais ce qu'ils représentent pour l'histoire du socialisme. Mais du socialisme ouvrier révolutionnaire. Posture qu'il nous faut abandonner pour reprendre nos habits républicains et européens.

Donc je comprends le parcours de Mitterrand et je ne le juge pas. Par contre je ne sais pas sur quoi repose son amitié troublante avec Bousquet. Je ne connais pas l'affaire en détails.
Comme quoi le socialisme gagne lorsqu'il est piloté par l'amour du pays plus que de la lutte des classes. A méditer pour l'avenir.

Salutations socialistes

Rédigé par : asse42 | 25 avr 2008 22:00:50

Asse 42, tu devrais lire concernant la scission néo-socialiste des années 30...Tu aimerais! Les dérives sont rapides: "arabes haineux anti-gaulois", c'est le vocabulaire des mouvements xénophobes de ce pays et si on peut comprendre la faute maréchaliste de certains d'un point de vue historique, on ne peut comme toi faire la jonction entre cette posture et Royal! Te rends-tu compte de ce que tu écris? Comme le disait Blum à Déat et Marquet, "ce que vous dites m'épouvantes". Voilà ce qui arrive quand on veut expurger le socialisme de tout marxisme pour ne s'appuyer que sur sa tradition "française" comme le font les théoriciens ségolénistes à la Vincent Peillon. Entre les anti-sionistes hystériques partisans de la théorie du complot et le néo-socialisme franchouillard contemporain il va bien falloir trouver un chemin..

Rédigé par : Guillaume | 26 avr 2008 08:36:47

Guillaume

Excuse-moi d'appeler un chat un chat. Je dis ce que je dis parce que j'en croise et qui disent tous la même chose. Et d'ailleurs je peux les comprendre lorsqu'ils crient leur haine du colonialisme passé et présent. Donc je crois qu'il faut arrêter de se voiler la face, ou de faire du politiquement correct. Mon propos illustre le rejet par cette frange de l'histoire gauloise de la France. C'est clair, c'est simple.

Rédigé par : asse42 | 26 avr 2008 10:25:20

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