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21/04/2008

Débat : l'avenir de la gauche

J’ai participé à un débat pour le journal l’Humanité sur la question de l’avenir de la gauche, avec Marie-Pierre Vieu, membre du Comité exécutif national du PCF, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées.

Vous trouverez ci-dessous son intégralité.

L'expérience italienne

Benoît Hamon. Les résultats des élections italiennes sont une mauvaise nouvelle pour les Italiens et pas une bonne nouvelle pour la gauche européenne. Berlusconi après Sarkozy, ça fleure bon le retour d'une droite dure sur les questions sociales et d'immigration. D'une droite très idéologique. C'est la onzième défaite des sociaux-démocrates à une élection nationale depuis novembre 2006 : l'Estonie, Malte, l'Irlande, le Danemark, la Suède, la France, l'Italie, les Pays-Bas et j'en oublie... On peut toujours se cacher derrière le grand « Z » de Zapatero pour penser que la social-démocratie se porte bien en Europe. En vérité elle se porte très mal. Elle est en crise et l'origine de cette crise est assez simple : c'est la crise des modèles sociaux nationaux. Il n'y a pas d'Europe sociale, mais il y a des phénomènes économiques mondiaux, la mondialisation qui percute les modèles sociaux et encourage les politiques de modération salariale. Aujourd'hui, aucun modèle social d'un pays européen n'est en capacité de résister seul à cette remise en cause systématique des protections des salariés. Et, comme la gauche dans son ensemble est associée à la construction de ces modèles sociaux et que tout le monde constate que les droits des salariés et les droits sociaux s'amenuisent, qu'on fait de la croissance mais qu'on ne redistribue pas sous forme de salaire, que le pouvoir d'achat se dégrade, on a aujourd'hui une vraie crise de la vocation ou de l'utilité de la gauche. Ça produit les résultats électoraux qu'on connaît. Pour ce qui concerne ma famille politique, c'est une question lourde : faut-il poursuivre avec une offre politique de centre gauche ? J'observe que ça fait trois fois successivement en France depuis 1995 qu'on perd avec une telle offre. Est-ce que la social-démocratie européenne doit continuer d'être la compagne du camp libéral et conservateur, et de ne faire que gagner du temps pour conserver la Sécu, les services publics, sans conquérir aucun droit supplémentaire, alors que le contexte plaide plutôt pour la régulation avec la crise des subprimes et la crise alimentaire ?

Marie-Pierre Vieu. La victoire de Berlusconi c'est d'abord l'échec du gouvernement Prodi. Il faut revenir aux sources de ce qui est en débat dans toute la gauche - et j'insiste sur cette notion : « toute la gauche ». On a une droite dure qui s'installe sur toute l'Europe, il y a des similitudes grandes entre Sarkozy et Berlusconi. Je prends pour preuves ses premières déclarations en matière de privatisation, de réforme judiciaire, de discriminations et d'immigration. L'échec de Veltroni m'interpelle, mais plus généralement l'échec de la gauche. Il n'y a plus aucune représentation des communistes ni de la gauche de transformation. Je constate que quand la social-démocratie a tendance à aller vers le centre, vers la droite, à « se social-libéraliser », ça n'ouvre pas un espace pour une gauche alternative, antilibérale ou plus musclée. Ignorer la question de la gauche tout entière, d'une politique de gauche à vocation majoritaire, ne conduit qu'à une crise plus aiguë de la gauche dans toutes ses composantes. Plus généralement, tu viens de poser des questions lourdes. Il y a la question de la crise de la social-démocratie. Nous, communistes, ressentons qu'il y a une dérive libérale, une social-libéralisation de la gauche. Il y a aussi la crise existentielle du communisme, qu'on n'a pas réglée depuis plusieurs congrès, qui porte à la fois sur ce qu'est le communisme et son parti. Il y a donc une crise plus générale de la gauche. Qu'est-ce qu'elle est au XXIe siècle ?

Les communistes veulent toujours transformer la société et pensent que la lutte des classes est toujours d'actualité. Mais tout cela est à retravailler, et il faut également se rénover. C'est aujourd'hui ce débat qui m'intéresse parce qu'il peut ouvrir un espace qui soit autre chose qu'une recomposition politique, et qui permette de battre durablement la droite. Dernière chose, à propos de l'Italie : il ne faut pas se livrer à des conclusions hâtives. Mais additionner simplement les forces à la gauche du PS ne permettra pas d'ouvrir une perspective politique ni de résoudre les problèmes. La perspective politique ne naîtra pas de la dérive à droite du PS, ni de son exclusion, mais d'une rénovation idéologique et politique, de débats de fond.

Archaïsme et modernité

Benoît Hamon. Il faut se convaincre que nous incarnons la modernité de la gauche. La modernité, c'est la rupture avec le cadre de pensée traditionnel. L'offre politique de la social-démocratie est une offre de centre-gauche : extrêmement modérée sur les questions économiques, relativement raisonnable sur les questions sociales, assez offensive sur les questions sociétales. On s'est présentés avec cette offre politique à trois présidentielles successives. On a perdu trois fois. Sur quoi sommes-nous attendus ? La crise des subprimes pose avec urgence la question des régulations dans des secteurs qui s'opposent à toute forme de réglementation. Aux États-Unis, quand il s'agit de savoir s'il faut protéger tel ou tel secteur stratégique parce qu'il y a des emplois à conserver, de la croissance ou du business à faire, les Américains posent des barrières au libre-échange. On fait de même en Amérique du Sud. Aujourd'hui, en Europe, on est dans un carcan. Dès lors qu'on pose les questions de la restriction au libre-échange, on est caractérisé comme protectionniste ou dangereux gauchiste. Je pense qu'on est capable de démontrer que les réponses de gauche en matière économique, celle de la relance de la demande et de l'investissement, celle d'un équilibre entre ouverture des marchés et protection des secteurs industriels, celle de la nécessité de fixer d'autres objectifs à la banque centrale que la stabilité des prix qui conduit à la modération salariale, sont plus efficaces économiquement. Oui, il y a de l'espérance dans les solutions de gauche parce que ce qui nous intéresse, ce n'est pas seulement l'efficacité économique mais sa destination. Nos solutions sont plus efficaces économiquement et plus justes socialement. Et en s'emparant des questions d'environnement, on peut justifier de l'urgence à remettre de la règle, de l'intervention publique, de la planification pour maîtriser la croissance de l'économie mondiale. La modernité est là, et les archaïques sont ceux qui nous proposent de réexpérimenter les solutions qui ont échoué depuis maintenant dix ans. C'est pourquoi il y a la place pour un dialogue nouveau à gauche et il va falloir ouvrir grand les portes et les fenêtres.

Marie-Pierre Vieu. Je partage ce que tu as dit. Mais sur la question de la modernité, le débat n'appartient pas uniquement à la gauche. La victoire de Sarkozy sur le mot d'ordre de « travailler plus pour gagner plus » et la politique qu'il mène montrent qu'on est sous le coup d'une bataille politique et idéologique. Les combats dont tu as parlé sont évidemment ceux qu'il faut mener. Tant qu'on n'aura pas changé le rapport des forces à ce niveau idéologique, on sera confronté à des questions lourdes. Une partie de la gauche a renoncé à transformer la société comme tu l'as dit, et elle dérive vers une gauche « morale » mais qui est sur le fond en difficulté. La modernité c'est nous, je suis d'accord, mais nous ne sommes pas perçus comme tels. La question est posée au Parti communiste aussi. Il y a des choses qui avancent. Pour autant, on reste en difficulté sur l'ensemble de nos réponses. Et un parti comme le nôtre ne pourra pas être perçu comme un parti d'avenir, utile pour l'alternative, sans la solution de ces problèmes. Il y a, oui, cette campagne sur les archaïques et la modernité que tu dénonçais, mais il y a aussi un gros effort à faire sur nous-mêmes. La droite a fait ces dernières années un travail immense. Sarkozy a su remettre au goût du jour un projet de société très libéral, il mène une vraie politique de classe. Et il a su traduire ce projet en mesures concrètes et se doter d'un instrument politique avec l'UMP. Même si la dernière séquence électorale met Sarkozy à mal, la gauche n'a pas gagné le débat de l'alternative. Il faut donc refonder notre offre politique, en termes de stratégie, mais aussi en termes d'offre structurelle qui corresponde à la période d'aujourd'hui.

La gauche face aux défis

Benoît Hamon. Il y a une chose à laquelle nous devons travailler, vous comme nous. Si nous nous fixons l'objectif de revenir au pouvoir, il faut préparer dès maintenant « la France d'après », anticiper sur la situation qu'on aura dans 4 ans et penser les solutions, les instruments de transformation sociale qu'on mettra en oeuvre à ce moment, au niveau européen comme au niveau national. D'ici 4 ans, la situation sociale se sera considérablement dégradée, les violences dans la société seront encore plus vives qu'aujourd'hui et, simultanément, l'ensemble des instruments auxquels on peut faire appel pour éduquer, préparer l'avenir, redistribuer la richesse, se seront dégradés parce que la politique de rigueur réduit le périmètre de l'intervention de l'État. Il y aura donc un paysage plus dur et des instruments plus faibles. Et cela dans un environnement européen - il peut changer d'ici là -, avec un pacte de stabilité et de croissance qui contraindra nos marges de manoeuvre. Il faut dire maintenant que si on ne change pas d'instruments, ça ne marchera pas.

Quel est le problème de la gauche ? On est les meilleurs de la classe pour gouverner. Mais sur le coeur du projet de la gauche - la transformation de la société pour la rendre plus juste, plus égale -, nos instruments sont appauvris et dégradés. Il faudra poser les coordinations des politiques européennes, la question de l'harmonisation fiscale, la question de l'harmonisation sociale, et surtout la question du pacte de stabilité et de croissance qu'il faut remettre en cause parce qu'on a besoin aujourd'hui d'investir. On n'est pas des gauchistes en disant cela, même le patron de la Banque fédérale américaine, même Romano Prodi disent que le pacte de stabilité est une stupidité. Il faudra ensuite d'avantage de progressivité dans l'impôt : je suis pour la fusion de la CSG dans l'impôt sur le revenu, ça fera des débats entre nous, mais il faudra réhabiliter l'impôt et sa progressivité ! Prenons les retraites. Il y a de plus en plus d'inactifs et de moins en moins d'actifs. Tout plaide pour dire que si on veut garder un système de retraites, il faut transférer une part du financement sur les individus et non plus sur la solidarité. Et malheureusement beaucoup de salariés en sont convaincus. Je pense qu'il faut être imaginatif et revenir à des solutions simples. Les exonérations de cotisation sociale au patronat, c'est 28 milliards d'euros. Philippe Séguin, le président de la Cour des comptes, dit qu'on pourrait mettre à contribution les revenus tels que les stock-options : il y a là 4 milliards de cotisations supplémentaires à dégager. Faut-il continuer à transférer 7 milliards du régime général vers les régimes des commerçants et artisans ou agriculteurs ? Enfin, nous sommes le pays où il y a le plus fort taux d'épargne : 16 % du PIB. Il y a 1 000 milliards d'euros dans l'assurance vie ! Est-ce que 1 % de ces revenus pourraient être mis à contribution pour la solidarité ? Voilà, j'ai évoqué 4 solutions. Aucune n'est une aberration économique ni ne provoquera de fuite de capitaux... Mettons en débat les solutions de la gauche au lieu d'être défensifs sur celles de la droite. Le problème est que cela fait vingt ans qu'on cultive la trouille, dans la gauche.

Marie-Pierre Vieu. Depuis sa première expérience gouvernementale, la gauche, en arrivant aux affaires, est restée scotchée dans un creuset. Cela l'empêche de prendre en compte les changements de la société et donc les changements à opérer. Je partage la description de la société telle qu'elle sera dans quatre ans, sur le social, la violence... Être aussi très attentif à ce que vont être la politique internationale de la France et sa place dans le monde. Je pense aussi, tu l'as évoqué, au démantèlement de tout ce qui est lpublic, y compris à ce qui est de la compétence des collectivités territoriales avec la décentralisation, et la politique de la droite en matière de destruction d'emplois publics. On n'est pas seulement face à des reculs sociaux. Il s'agit de reculs culturels. Je suis aussi très inquiète pour l'état de la société avec la politique communautariste du gouvernement et les politiques locales menées par la droite. Or, la gauche a perdu sa capacité de ne pas banaliser l'urgence sociale, la pauvreté, l. C'est pourtant cette capacité qui l'aidait aussi à trouver des solutions au diapason des attaques qui étaient portées. La gauche est aujourd'hui inaudible. Elle n'est pas à la hauteur des attentes, des exigences. Mais nous n'avons pas relevé le défi d'ouvrir en grand tous les débats. Par exemple sur la question de la répartition des richesses. Quand on explique que l'on peut utiliser autrement les profits, ou quand on développe l'idée simple selon laquelle une entreprise qui fait des bénéfices ne doit pas licencier, on n'est pas pris au sérieux. Il faut ouvrir des débats publics, par exemple encore sur la question du marché, de sa régulation, de son encadrement. Débats à avoir aussi sur le service public, le climat, l'énergie, les rapports des forces internationaux, la France et l'Europe... L'échéance à quatre ans est importante. Raison de plus pour commencer sans attendre, tout en menant des débats au sein de chaque formation de gauche. La perspective devrait être la création des conditions pour que nos partis respectifs confrontent leurs idées. Un projet commun ? Du moins des objectifs communs qui permettraient éventuellement de gouverner ensemble. Mais ne cachons pas que les communistes sont très interrogatifs sur ce que va devenir le Parti socialiste. En ce qui me concerne, je ne me réjouirais pas d'une droitisation du PS. Pas plus que je me réjouirais d'un pôle de radicalité : on ne peut pas faire une politique à vocation majoritaire à partir de la seule somme des contestations. Je ne fais pas non plus partie de ceux qui pensent que la crise que traverse le PS et les éventuelles recherches de solutions dans des alliances au centre seraient de nature à régler la propre crise du PCF. Les problèmes du PCF, sa difficulté à construire une offre alternative, ne sont pas imputables au PS mais à son propre rapport aux Français. Ce qui s'est passé en Allemagne avec la création de Die Linke par des communistes et des sociodémocrates de l'Est et de l'Ouest m'intéresse. Tout en étant convaincue que ce n'est pas une solution pour la France. J'avoue qu'il y a quelque chose de très décevant chez nous depuis une dizaine d'années. Je me suis très investie dans le mouvement social de 1995. J'ai vu une réponse politique à cela dans l'avènement de la gauche plurielle. Mais force est de constater que la dialectique politique/mouvement social n'a pas pris. Je ne me satisfais pas du débat politique à gauche des dernières années. J'ai trouvé intéressante l'expérience des collectifs antilibéraux après le référendum sur le traité européen, dans la mesure où on n'en faisait pas une gauche de la gauche... Bref : tout cela doit nous conduire à une obligation de faire du neuf à gauche. Y compris au sein du PCF dont, si rien ne change, l'horizon est compté en termes d'années. S'il n'évolue pas, ne se transforme pas en autre chose que ce qu'il est aujourd'hui, le mauvais score de la présidentielle ne sera pas le dernier. C'est ma famille politique, j'y tiens. Mais, au-delà, c'est le courant que l'on incarne dans la société, pour sa transformation réelle, qui en pâtirait. Ce débat est pertinent. Encore faut-il décider de l'avoir. Cela ne réduit en rien mon inquiétude sur l'évolution du PS. Avec, par exemple, la place qui est donnée médiatiquement aux idées défendues par Ségolène Royal. Et l'écho qu'elles trouvent chez une partie des militants socialistes. Je pense notamment à tout le débat autour du Modem. Au chapitre de mes inquiétudes, si je suis pour une bipolarisation droite-gauche de la vie politique je pense qu'il faut faire échec au bipartisme.

Un nouveau rassemblement à inventer

Benoît Hamon. Il m'arrive aussi parfois d'être inquiet sur l'évolution du PCF, car le PS ne s'en sortira pas seul et il n'y a pas de reconquête du pouvoir possible sans rassemblement de la gauche. Notre responsabilité est de donner à ce rassemblement un contenu différent de ce qu'il a été. Nous avons à imaginer la France que l'on va trouver, préparer les solutions que l'on mettra en oeuvre et commencer à reconstruire la stratégie de reconquête. Celle-ci, à mes yeux, passe par la création de formes nouvelles et originales de dialogue, de travail, et par la préparation du nouveau programme commun de la gauche. Mais je veux revenir aux questions européennes. Il n'est jamais facile, quand on est de gauche, de dire qu'il faut une nouvelle répartition des richesses : on ne fait pas que de la politique hexagonale. Essayer de produire des démonstrations sur l'absurdité d'un système est intéressant, car cela rend plus facile ensuite de convaincre sur les solutions. Quelques exemples. Les politiques européennes sont particulièrement dangereuses : le choix actuel est de dire que pour améliorer la compétitivité européenne par rapport à ses rivaux, il faut à la fois augmenter la productivité, comme l'envisage la stratégie de Lisbonne, et jouer sur la baisse des prix en améliorant la concurrence dans le marché intérieur. Mais si l'on ne fait que cela, on transforme le consommateur - dont le salaire n'augmente pas - en instrument de la remise en cause de ses propres droits, du modèle social et des protections. Plus il est poussé à acheter moins cher, en recourant au hard discount, plus on pousse l'entreprise à réduire ses coûts de production, et tout particulièrement les coûts du travail. C'est-à-dire le salaire et les cotisations sociales. La folie du système est là. À partir de là, on peut être audible sur des solutions. En Europe, ne peut-on pas bloquer et interdire les flux de la totalité des transactions financières dont l'origine est un paradis fiscal ? On bloque ainsi 70 % des fonds alternatifs et on les pousse à être hébergés dans des lieux où existe une réglementation. On peut le faire au niveau français. Autre démonstration : dans les années 1970, 25 % des profits réalisés par les entreprises allaient à la redistribution sous forme de capital. Aujourd'hui, 65 % vont à la rémunération du capital. Cela explique pourquoi il n'y a plus d'investissements, plus de créations d'emplois, et encore moins de redistribution sous forme de salaires. C'est dans le malheur de masse des gens - je pense aussi à la crise alimentaire - que l'on va construire des réponses.

À propos du rassemblement de la gauche, je suis favorable à une fédération mais je ne suis pas fermé sur les formes : il faut que le PS se dépasse sans tabou. Parti de toute la gauche ? fédération ? coalition ?.... Je suis prêt à tous les débats, à condition qu'ils soient efficaces, même si j'aime bien celui sur la pureté idéologique. Mais je peux faire la démonstration qu'avec les Verts ou le PCF on peut gagner les élections, et qu'avec le Modem on les perd. Une certitude : pour bâtir un contrat de gouvernement, il faut travailler. Il va y avoir une coïncidence de dates entre le congrès du PS et celui du PCF : cela mériterait des adresses respectives. Cela suppose bien sûr que, dans l'intervalle, le PS ne vire pas vers un parti démocrate à l'italienne. Je n'y crois pas une seconde. D'abord parce que le PS est sensible à l'opinion. Ensuite parce que la séquence historique est, au retour des réponses politiques, moins en phase avec une orientation sociale-libérale. Soyons concrets : le vieillissement de la population française génère automatiquement un vote plus conservateur. L'utilité de la gauche est-elle dans la construction de réponses politiques de gauche ou bien dans le fait de prendre acte qu'en l'absence de ces réponses, des hommes et des femmes se tournent vers des solutions individuelles ? Je reviens à l'alternative politique. Je n'ai jamais cru aux effets générationnels. Mais si je ne crois pas qu'à quarante ans on serait forcément meilleur qu'à cinquante ans, je ne crois pas non plus qu'il soit juste que ceux qui avaient quarante ans il y a quarante ans continuent à faire le débat politique. J'avoue que parfois je me crispe un peu sur ce que j'appelle la prime aux redoublants...

Marie-Pierre Vieu. La question européenne doit faire partie intégrante de la réflexion sur l'alternative à gauche. La gauche française a une partition à jouer qui est unique avec le « non » qui a été majoritaire. Lors des élections européennes l'an prochain, nous aurons sans doute des stratégies et des choix de liste différents entre nous. Mais cela ne nous empêche pas de travailler ensemble la question. Quoi qu'il advienne, les partis de gauche - de toute la gauche - sont appelés à travailler ensemble. Depuis deux ans, c'est un peu le vide. Pouvoir d'achat, autre utilisation de l'argent, services publics... : on n'a pas été à la hauteur. Les partis vont devoir évoluer. Changer de matrice, de nature, voire d'enveloppe. Pour ma part, je ne renonce pas au communisme. C'est d'ailleurs ce qui m'amène à m'interroger sur le Parti communiste actuel. Au-delà, je me pose une question : comment associer l'ensemble des forces sociales au débat sur l'avenir de la gauche ? On ne pourra pas résoudre le problème par le seul débat entre les seuls partis de gauche. Je constate que notre réflexion par le bout politique, d'autres l'ont par le bout syndical. Je pense aux luttes dans les supermarchés, ou celles des sans-papiers portées pour la première fois par la CGT. C'est-à-dire par un syndicat de classe qui converge avec des luttes dites sociétales pour des remises en cause de politiques de droite. Comment va-t-on faire vivre une dynamique globale de la gauche qui, à terme, sera fondatrice d'autre chose ? Personnellement, je suis une fan de l'union de la gauche. Il faut s'y employer à nouveau. Cela ne règle pas les problèmes respectifs du PCF et du PS. Mais je suis convaincue d'une chose : la gauche a un avenir.

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Posted by LeFIL on avril 21, 2008 at 02:51 PM dans Médias | Permalink

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Commentaires

"C'est-à-dire par un syndicat de classe qui converge avec des luttes dites sociétales pour des remises en cause de politiques de droite"
La gauche a sans doute un avenir pmais pas avec des phrases de ce type.
Je crois que ce qui vous sépare des citoyens de masse c'est de ne pas comprendre vraiement leur ras le bol et leur façon de voir les politiques...tous les politiques!
Avant de pouvoir établir un vrai programma qui tienne la route et qui soit accepté il va falloir redonner confiance aux gens et ce n'est pas demain la veille. Allez sur les forums et les blogs et vous verrez à quel point les gens en ont assez de tout ce qui se passe et qui n'est pas le seul fait du nouveau gouvernement.

Rédigé par : | 22 avr 2008 00:27:44

Une chose frappe dans ce "débat", c'est à quel point vous êtes d'accord. Y compris sur la critique des dérives sociales-démocrates du PS et du PSE.Et malheureusement, y compris dans votre refus d'imaginer un mouvement qui rassembleraient les socialistes de la gauche du PS, les communistes, les verts de gauche... Car comment faire pour que vos analyses, fort intéressantes, ne restent pas un vain bla-bla sans cela? Ni le PC, ni la gauche du PS ne parviendra à franchir le mur que les médias dressent devant eux sans unir leurs forces.

Franchement, aux Européennes, j'aimerais voter pour quelqu'un comme toi. Mais si pour cela je dois aussi voter pour quelqu'un comme Moscovici, qui se réjouit de la façon dont Sarkozy a fait passer le traité de Lisbonne, je n'en vois pas l'intérêt. Il est absurde que la gauche du non ne fasse pas des listes communes aux européennes.

Rédigé par : Suzon | 22 avr 2008 16:01:11

Adhérent de PRS, je suis entièrement d'accord avec Suzon, si les nonistes de 2005 ne se rassemblent pas aux européennes alors c'est à désespérer même les plus engagés ! Par contre à ma différence, si le "non" du PS va avec les partisans du coup de force de Versailles, je voterais fièrement pour les listes PCF.
Vu que la gauche du PS semble déjà accepter la couleuvre de la déclaration de principes sans sourciller je crains le pire... que répondre ensuite à ceux qui vous accusent de ne pas partir parce que la soupe est trop bonne ?

Rédigé par : Matthias | 22 avr 2008 20:37:04

@ Matthias

Moi aussi, Matthias, je voterais PC si les listes PS mélangent ceux dont je me sens le plus proche politiquement à des gens qui se réjouissent d'un rapt démocratique, et qui ne voient rien à redire au démantèlement de notre modèle social et aux régressions qui en découlent. Que les 1ers ne rejoignent pas les communistes, qui paraissent beaucoup plus proches d'eux, est pour le moins incohérent.

Mais pour être franche, les propos de Marie-Pierre Vieu m'agacent aussi. Elle dit très justement que l'horizon du PCF est compté en terme d'années si rien ne change, et pourtant elle semble écarter l'idée d'un rassemblement avec la gauche du PS. Ca me dépasse complètement.
La grandeur du PC est d'avoir longtemps joué le rôle de contre-pouvoir et d'avoir ainsi permis de nombreuses avancées sociales. Or elle semble plus préoccupée par le fait de participer à un gouvernement qu'à retrouver ce rôle puisqu'elle privilégie apparemment une alliance avec un PS à dominante sociale-démocrate à un rapprochement PC-gauche du PS.

Du coup la frilosité de Benoît Hamon ne s'explique peut-être pas seulement par le fait que ce soit plus confortable en terme de carrière politique de rester au PS.Le PC, tout en exprimant le besoin de renaissance d'une gauche capable de remettre en cause les politiques de droite, ne tend pas vraiment la main.

Ce que je reprocherai à ce débat, c'est que ni l'un ni l'autre ne donne de raison d'espérer. Au contraire.

Rédigé par : Suzon | 23 avr 2008 15:16:58

@ suzon,

je suis entièrement d'accord, le PCF ne tend pas la main et les socialistes de gauche ne la tendent pas non plus à croire qu'ils continuent d'espérer prendre le parti tout entier ou de se contenter de la dérive libéral-démocrate à l'oeuvre.
le hic c'est qu'au PCF personne n'a la légitimité de proposer quoi que ce soit et que nombre de militants veulent garder leur parti.
et le congrès du PS arrive trop tard pour avoir une influence sur le débat communiste.
Mais si au moins Mélenchon-Dolez-Filoche, le NPS et quelques autres déposaient une motion commune on y verrait plus clair. Ensuite on verra. j'ai l'impression que tout le monde attend. Mais je ne sais pas quoi...

Rédigé par : Matthias | 23 avr 2008 22:21:32

C'est vrai, les différents courants de la gauche du PS ne sont déjà pas bien capables d'unir leurs forces, alors rêver qu'ils vont prendre conscience de la nécessité d'un rapprochement avec le PC, c'est sans doute très naïf. J'espère moi aussi qu'ils déposeront une motion commune.
Parce que franchement, vouloir un grand rassemblement de toute le gauche quand on n'est déjà pas capable de se rassembler avec ses proches, ça ne fait pas très sérieux.

Alors tout le monde attend. Pendant ce temps-là, les conséquences de la mondialisation, de la politique européenne et sarkozienne se font sentir de plus en plus cruellement. Mais on attend. Ou on désespère. En tout cas les réactions ne sont pas à la hauteur de la situation, c'est le moins qu'on puisse dire.

Rédigé par : Suzon | 24 avr 2008 11:00:32

Le problème de la gauche n'est pas l'existence d'accords entre socialistes et communistes. Il y en a. On en trouve aussi entre le PS et la ligue. On peut toujours trouver des points d'accords entre deux partis quels qu'ils soient. En réalité, la difficulté vient des désaccords. Quand deux partis s'unissent, c'est sur leurs points d'accord. La rupture vient sur les désaccords.

S'il n'y a pas alliance sur un projet commun, en précisant bien, où chacun devra renoncer à ses ambitions propres, alors la rupture sera inéluctable. C'est la cause de la chute du gouvernement Prodi. C'est parce que les italiens ne voulaient plus d'une alliance de gauche dont les membres étaient parfaitement incapable d'avancer tous dans la même direction qu'ils les ont sanctionnés.

Je suis convaincu que la même chose s'est produite en France lors de la présidentielle. Le PS est en effet une alliance de socio-démocrates, de socio-libéraux, de post-trotskistes, de communistes et même... de socialistes où tous sont convaincu de détenir la vérité suprême, et où personne n'est prêt à renoncer à quelque parti que ce soit de son projet personnel au profit du projet commun.

Aussi longtemps que la nécessité d'un contrat de gouvernement n'aura pas été comprise, avec ce que cela implique pour chacun en terme de renoncement à des éléments de son projet propre, aussi longtemps la gauche restera dans l'opposition.

On dit souvent que la différence entre la gauche et la droite, c'est que la droite considère l'intérêt général comme la stricte somme des intérêts particuliers, quand la gauche considère que l'intérêt général est supérieur à la somme des intérêts particuliers. Dans les faits, les politiciens de gauche font trop souvent passer leurs intérêts perso avant l'intérêt général... autant dire que nombre de politiciens de gauche ont un rapport au pouvoir typiquement... de droite !

Rédigé par : patrice delgado | 24 avr 2008 12:40:09

Tu as raison, le PS, c'est un peu comme la Samaritaine autrefois, on y trouve de tout. Seulement, comme moi j'ai un faible pour les socialistes de gauche, je ne peux que m'attrister de leur manque de visibilité. D'où mon impression qu'ils devraient unir leurs forces et bosser ensemble pour élaborer un projet cohérent, social, qui nous redonnerait des raisons d'espérer. Qu'ils devraient aussi se rapprocher du PC, avec qui ils feraient de mon point de vue des choses plus intéressantes qu'avec Valls et consort. Et bien sûr participer aux mouvements sociaux.

Ce n'est pas tout de viser la prise de pouvoir, pour le moment, nous sommes dans l'opposition, et il faut aussi savoir assumer ce rôle. Les mouvements sociaux ont besoin d'un prolongement politique et le PS a cruellement manqué de ce point de vue. Il nous faut aujourd'hui des contre-pouvoirs, et des gens capables de se rassembler pour qu'ils soient efficaces.

Je suis par contre complètement d'accord avec ton dernier paragraphe (mais nos façons de nous représenter l'intérêt général présentent sans doute des nuances).

Rédigé par : Suzon | 24 avr 2008 16:49:38

@ suzon,

Le fait que nous ayons probablement des conceptions différentes de l'intérêt général me semble plus une bonne chose qu'autre chose... si nous acceptons d'écouter et de comprendre l'opinion de l'autre. Lorsqu'un parti en viens à confondre militants et militaires (origine commune) il perd tout contact avec le réel, devient incapable d'appréhender les réalités du monde et court à l'échec.

Le coté auberge espagnole du PS ne me gène qu'en ce que les différentes "tendances" (appelons un chat un chat) du PS refusent d'écouter les idées des autres. Je pense qu'il serait par certains cotés souhaitable que co-existent 2 partis : un parti socialiste sur les bases que tu décris, et un PSD plus au centre. Il serait plus facile de négocier sainement entre deux formations politiques avec des projets clairs et pleinement assumés plutôt qu'entre des courants où les tendances politiques cohérentes le disputent avec des écuries présidentielles à l'américaine.

Pour ce qui est de l'opposition entre conquête et exercice du pouvoir, si tu aimes les pavés soporifiques de quelques centaines de pages, tu peux jeter un œil au "long remord du pouvoir" d'Alain Bergougnoux et Gérard Grunberg. Ils explique que, pour eux, si Mitterrand a réussi à gagner la présidentielle, c'est parce qu'il visait l'exercice du pouvoir et non simplement sa conquête.

Rédigé par : patrice delgado | 2 mai 2008 19:33:18

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