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19/03/2008

Pourquoi les entreprises du CAC 40 confisquent leurs profits records?

Palais_brognardLa semaine dernière, les entreprises du CAC 40 annonçaient des profits cumulés en 2007 de plus de 95 milliards d'euros. C'est un record et comme le souligne le Figaro du 13 mars dernier, si Jérôme Kerviel n'était pas passé par là (si tant est que ce soit lui le responsable), la barre des 100 milliards d'euros de profits aurait été dépassée.

Il est très instructif de lire la communication qui accompagne la publication de ces chiffres. Des commentaires inquiets voire alarmés ont immédiatement prolongé l’annonce de ces résultats. L’ensemble des dirigeants des entreprises concernées insistent pour rappeler le contexte incertain de 2008 et s’inquiéter de la chute du dollar, la hausse du prix des matières premières, et des menaces de récession de l’économie américaine. 2007 fut un cru exceptionnel pour les entreprises du CAC40 mais elles s’accordent à doucher immédiatement les appétits que pourraient soulever de tels profits records, chez les salariés, les pouvoir publics et plus généralement chez les français confrontés aux affres d’un pouvoir d’achat en baisse.

P3230015On recourt à la recette classique qui consiste à dire que pour préparer les lendemains difficiles, il convient de ne pas jouer les cigales, par exemple en augmentant les salaires. Les promesses de lendemains meilleurs, la perspective d’une croissance plus soutenue demain, jouent leurs rôles classiques de sédatif à l’égard de l’opinion publique pour qu’elle accepte les restrictions du présent.

Et pourtant, à y regarder de plus près on découvre que les signaux adressés par ces entreprises à l’opinion publique et à leurs salariés disent le contraire des informations qu’elles adressent aux marchés financiers. L’immense majorité des entreprises du CAC40 affichent dans leur communication financière des prévisions de croissance de leurs chiffres d’affaires et de leurs marges opérationnelles pour 2008. Elles anticipent toutes une résistance exceptionnelle aux aléas économiques et rassurent les marchés en rivalisant de prévisions de profit prometteuses.

Contradiction ? Évidemment non.

Il y a dans cette apparente contradiction, une logique implacable. Les exigences de rentabilité du capital formulées par les actionnaires propriétaires de ces entreprises sont telles qu’elles exigent pour être satisfaites une rétractation des investissements et une compression de la masse salariale souvent mortelles à court et moyen terme pour les entreprises.

Ces 100 milliards de profits sont donc à resituer dans leur contexte. Celui d'une économie morose dont les deux moteurs de la demande (l'investissement et la consommation) sont en panne en raison notamment de la destination des profits réalisés par les entreprises. Au cœur des années 70, 25% des profits étaient distribués sous forme de dividendes aux actionnaires. Aujourd'hui cette part a augmenté pour absorber 65 % des profits (source comptabilité nationale/ comptes des sociétés non financières).

Les marchés financiers ne financent plus l’économie réelle, ils la ponctionnent (la richesse mondiale a produit 32 300 milliards de dollars quand, dans le même temps, les transactions des marchés dérivés se montent, elles, à 699 000 milliards de dollars en 2002).

Tax_free_2Les banques sont au centre des dernières crises financières, mais il ne faut pas oublier qu'à côté de ces opérateurs traditionnels, d'autres acteurs nouveaux se sont taillé une part importante du marché, et que si l'encadrement légal des activités bancaires s'est révélé lacunaire et inadapté, les Hedge Funds, Private Equity Funds, Fund of Funds et autres fonds souverains brassent des centaines de milliards de dollars dans un no man's land réglementaire absolu. (70% de ces fonds ont leur siège dans des paradis fiscaux). Des opérations aussi risquées et délétères que les LBO, les rachats d'entreprises par des fonds d'investissement financées à 80% par l'emprunt, dont l'objectif est de produire un bénéfice maximal en deux ou trois ans par la réalisation des actifs, se développent impunément. Les agences de notation demeurent la référence absolue des marchés alors même que rien ne garantit leur fiabilité ni leur intégrité.

Vouloir mieux redistribuer la richesse demain commence par lutter efficacement contre les désordres qui menacent la stabilité macroéconomique mondiale. L'instabilité des marchés financiers n'est pas une fatalité.

Au niveau international, la lutte contre les paradis fiscaux et autres centres "off-shore" doit être hissée au rang de priorité numéro1. Les déséquilibres mondiaux alimentés par les déficits américains doivent être corrigés graduellement. Le FMI et d'autres organisations internationales doivent y contribuer en adoptant pour commencer à l’égard des doubles déficits américains la sévérité et la rigueur qu’en d’autre temps le FMI a adopté vis-à-vis des pays émergents ou en voie de développement.

Le premier marché mondial, l'Union Européenne, dispose des instruments et de la taille nécessaire pour imposer un peu d'ordre et de transparence aux marchés financiers. Le PSE, et son président Poul Nyrup Rasmussen, a proposé une série de mesures réglementaires et fiscales en ce sens. Des mesures peuvent et doivent être prises pour protéger certaines entreprises contre les OPA purement spéculatives et dépourvues de projet industriel.

SubprimeLe problème est la mauvaise volonté politique de la Commission Européenne et du Commissaire en charge, Charly Mc Creevy, qui dispose du monopole de l'initiative législative. Sentant le vent tourner suite à la crise des « subprimes », le Commissaire avait menacé les agences de notation, pour ne pas apparaître complètement passif. Aujourd'hui, il n'est plus question que de renforcer timidement le code de conduite de ces agences, qui de toute façon est dépourvu de toute capacité contraignante.

Le problème est essentiellement idéologique, et sépare ceux qui croient en la capacité des marchés à s'autoréguler et ceux qui croient que la puissance publique à vocation à réglementer les marchés financiers. Je parle de réglementer les marchés et pas de « moraliser le capitalisme » comme l’ambitionne le Président de la République. Car l'ambition de "moraliser" le capitalisme financier est une supercherie. La raison ultime du capitalisme, qu'il soit industriel et entrepreneurial ou financier et spéculatif, demeure le profit.

Bien sûr, les marchés finissent toujours tôt ou tard par sanctionner les bulles spéculatives et les autres comportements irresponsables. Mais c'est alors l'ensemble de l'économie réelle qui en paye le prix en entrant en régression, et ce sont les contribuables qui doivent souvent renflouer les caisses des banques imprudentes.

Ce qui nous importe, c’est donc l’efficacité économique au service du progrès social par la mise en oeuvre d’une régulation publique.

En assurant une transparence maximale, en faisant en sorte que les décideurs imprudents puissent voir leur responsabilité personnelle mise en cause, par des règles prudentielles suffisamment strictes, les crises financières peuvent être évitées, et les marchés financiers peuvent être reconduits vers leur rôle premier, le financement de l'économie réelle.

Posted by Benoit Hamon on mars 19, 2008 at 08:19 PM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

Je suis entièrement d'accord avec ces entreprises qui nous rappellent (à juste titres) qu'il leur faut adopter la tactique dite de la fourmis face à ces prétendus bénéfices.
D'ailleurs peut-on réellement parler de bénéfices ? Alors qu'il ne s'agit (tout au plus) que d'un léger surplus certes, peut etre exedentaire, de ce que les actionnaires n'ont pu ponctionner !
Il est si facile de critiquer ces patriotes éconnomiques qui font ce qu'ils peuvent je vous assure, avec un sens du devoir à "absorber" qui franchement les honnore.
Probablement ne feriez-vous, meme pas en une vie, ce qu'il font en quelques heures, alors du respect s'il vous plait.
Et puis je trouve mesquin de partir en corse ou à l'ile de Ré alors que (parce que son nom est peu engageant ?) seuls, mais avec courage ces actionnaires viennent aux iles cayman crier à la face du monde "oubliez nous".

Rédigé par : dedzep | 21 mar 2008 16:17:49

Je ne connaissais pas votre blog. J'ai voulu vous aider sur un autre billet en corrigeant quelques définitions pour ajouter un peu de crédit à vos propos.
Mais je me rends compte que ce n'était pas le premier de la série.

Je respecte votre point de vue et partage quelques points. Mais la quantité d'erreurs, amalgames,... lui fait perdre tout crédibilité (tout comme les autres posts). Le PS n'a pas besoin de ça en ce moment. Un de ses représentants qui prend position, discute des faits en faisant tant d'erreurs et en mélangeant tout, ça ne fait vraiment pas sérieux.

SVP, arrêter de discuter de finance ou faites un effort de formation avant. ça ne fait décidément pas sérieux.

Rédigé par : Lo. | 21 mar 2008 19:54:48

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