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31/03/2008

Entretien La Croix

Une victoire de Barack Obama à la présidentielle permettrait des avancées dans le dialogue transatlantique.

Benoît Hamon, vice-président socialiste de la délégation pour les relations avec les États-Unis au Parlement européen.

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Quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, que représenterait pour l’Europe une victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine ?

Benoît Hamon : Ce serait bien sûr celle du premier président noir américain. Je ne vois aucun pays de l’Union européenne qui pourrait aujourd’hui paisiblement envisager d’élire un Noir à sa tête. En France, on en est à fêter comme un événement exceptionnel qu’un Noir présente le journal télévisé de 20 heures. Je ne prétends pas qu’une présidence Obama éliminerait d’un coup les démons racistes et nationalistes aux États-Unis, mais elle témoignerait d’une maturité à dépasser ses discriminations. Nous sommes au contraire confrontés à des crispations nationalistes fortes à travers l’Europe, à Chypre, dans les Balkans, entre la Grèce et la Turquie, à des malaises ailleurs face aux minorités.

La victoire de Barack Obama illustrerait à nouveau la capacité américaine à renouveler son personnel politique, à offrir des parcours professionnels différents tous les quatre ans. Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis montrent qu’on peut ne pas être un produit de l’appareil (avoir vendu des cacahuètes, comme Jimmy Carter ; avoir tenu les seconds rôles à Hollywood, comme Ronald Reagan) et accéder à l’investiture suprême. Certes d’autres présidents, dans l’histoire américaine, proviennent des grandes universités, des milieux aisés, mais il y a place aux trajectoires diverses. C’est une grande différence avec la démocratie française, où les profils politiques sortent surtout de l’ENA, où joue la prime au redoublement : celui qui a perdu à la dernière présidentielle devient le mieux placé à la suivante.

Au-delà de la France, on voit qu’ailleurs en Europe, le personnel politique se renouvelle peu : comme dans la Grèce des Papandréou. Oskar Lafontaine est toujours dans le jeu en Allemagne, Silvio Berlusconi risque de revenir en Italie. La Grande-Bretagne fait exception, avec un Tony Blair jeune à son arrivée au pouvoir, comme aujourd’hui Gordon Brown. À leur façon, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont aussi incarné cette rupture.

Le risque n’est-il pas que l’Europe ne retienne de Barack Obama que la force du symbole ?

La présidentielle aux États-Unis a une telle valeur d’exemple partout dans le monde qu’on peut aisément imaginer l’instrumentalisation de la victoire de Barack Obama. Chacun chercherait le profil d’un Obama français dans la politique hexagonale. Mais, au-delà, ce qui marquerait en effet la gauche en Europe serait la démonstration par Obama que restaurer la puissance publique, intervenir sur les marchés, apporter des restrictions au libre-échange pour protéger l’emploi, toutes choses considérées archaïques aujourd’hui dans l’Union européenne, reste moderne. Barack Obama montrerait aussi à l’Europe, en matière d’immigration, que la régularisation des clandestins est à envisager.

Mais lui s’intéresserait-il vraiment à l’Europe ?

L’importance de la relation transatlantique s’imposera à lui. Pour moi, Barack Obama est, des trois candidats, le meilleur partenaire pour l’Europe. John McCain mènerait une politique étrangère américaine de facture très classique visant à affaiblir la Russie. Même Hillary Clinton et ses conseillers suivraient les grands axes traditionnels, avec moins d’arrogance mais la même volonté d’hégémonie. Je crois qu’avec Obama, qui s’est positionné courageusement contre la guerre en Irak, s’opérerait plus de rupture. Il est davantage préoccupé par le sort de l’Afrique, par les questions de développement et par le changement climatique et Kyoto. Des thèmes qui trouvent une résonance dans l’Union européenne. Cette sensibilité partagée avec l’Europe sur ces questions faciliterait le dialogue transatlantique.

Posted by LeFIL on mars 31, 2008 at 12:26 PM dans Médias | Permalink

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