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31/03/2008

Entretien La Croix

Une victoire de Barack Obama à la présidentielle permettrait des avancées dans le dialogue transatlantique.

Benoît Hamon, vice-président socialiste de la délégation pour les relations avec les États-Unis au Parlement européen.

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Quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, que représenterait pour l’Europe une victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine ?

Benoît Hamon : Ce serait bien sûr celle du premier président noir américain. Je ne vois aucun pays de l’Union européenne qui pourrait aujourd’hui paisiblement envisager d’élire un Noir à sa tête. En France, on en est à fêter comme un événement exceptionnel qu’un Noir présente le journal télévisé de 20 heures. Je ne prétends pas qu’une présidence Obama éliminerait d’un coup les démons racistes et nationalistes aux États-Unis, mais elle témoignerait d’une maturité à dépasser ses discriminations. Nous sommes au contraire confrontés à des crispations nationalistes fortes à travers l’Europe, à Chypre, dans les Balkans, entre la Grèce et la Turquie, à des malaises ailleurs face aux minorités.

La victoire de Barack Obama illustrerait à nouveau la capacité américaine à renouveler son personnel politique, à offrir des parcours professionnels différents tous les quatre ans. Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis montrent qu’on peut ne pas être un produit de l’appareil (avoir vendu des cacahuètes, comme Jimmy Carter ; avoir tenu les seconds rôles à Hollywood, comme Ronald Reagan) et accéder à l’investiture suprême. Certes d’autres présidents, dans l’histoire américaine, proviennent des grandes universités, des milieux aisés, mais il y a place aux trajectoires diverses. C’est une grande différence avec la démocratie française, où les profils politiques sortent surtout de l’ENA, où joue la prime au redoublement : celui qui a perdu à la dernière présidentielle devient le mieux placé à la suivante.

Au-delà de la France, on voit qu’ailleurs en Europe, le personnel politique se renouvelle peu : comme dans la Grèce des Papandréou. Oskar Lafontaine est toujours dans le jeu en Allemagne, Silvio Berlusconi risque de revenir en Italie. La Grande-Bretagne fait exception, avec un Tony Blair jeune à son arrivée au pouvoir, comme aujourd’hui Gordon Brown. À leur façon, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont aussi incarné cette rupture.

Le risque n’est-il pas que l’Europe ne retienne de Barack Obama que la force du symbole ?

La présidentielle aux États-Unis a une telle valeur d’exemple partout dans le monde qu’on peut aisément imaginer l’instrumentalisation de la victoire de Barack Obama. Chacun chercherait le profil d’un Obama français dans la politique hexagonale. Mais, au-delà, ce qui marquerait en effet la gauche en Europe serait la démonstration par Obama que restaurer la puissance publique, intervenir sur les marchés, apporter des restrictions au libre-échange pour protéger l’emploi, toutes choses considérées archaïques aujourd’hui dans l’Union européenne, reste moderne. Barack Obama montrerait aussi à l’Europe, en matière d’immigration, que la régularisation des clandestins est à envisager.

Mais lui s’intéresserait-il vraiment à l’Europe ?

L’importance de la relation transatlantique s’imposera à lui. Pour moi, Barack Obama est, des trois candidats, le meilleur partenaire pour l’Europe. John McCain mènerait une politique étrangère américaine de facture très classique visant à affaiblir la Russie. Même Hillary Clinton et ses conseillers suivraient les grands axes traditionnels, avec moins d’arrogance mais la même volonté d’hégémonie. Je crois qu’avec Obama, qui s’est positionné courageusement contre la guerre en Irak, s’opérerait plus de rupture. Il est davantage préoccupé par le sort de l’Afrique, par les questions de développement et par le changement climatique et Kyoto. Des thèmes qui trouvent une résonance dans l’Union européenne. Cette sensibilité partagée avec l’Europe sur ces questions faciliterait le dialogue transatlantique.

Posted by LeFIL on mars 31, 2008 at 12:26 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

France Info le 27 Mars

Débat sur les retraites face à Dominique Paillé

Posted by LeFIL on mars 31, 2008 at 10:30 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

BFM radio le 26 Mars

Invité d'Edwige Chevrillon

Posted by LeFIL on mars 31, 2008 at 10:19 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

28/03/2008

Crise financière : Pourquoi ? Quoi faire ?

Pervenche_beresPervenche BERES est Présidente de la commission affaires économiques et monétaires du Parlement Européen. Elle livre ici son analyse des origines et des conséquences de la crise financière et propose des voies pour y répondre dans un long article rédigé pour la revue "Politique".

"La crise financière qui s'est développée depuis l’été 2007 était, sous une forme ou une autre, attendue. Elle part du marché des sub-primes américaines et aurait pu partir d’ailleurs, mais ce qui impressionne  c’est l’amplitude de sa propagation, son impact sur les autres marchés, au premier titre le marché européen, et l’incertitude des conditions de son dénouement.

Comme toute crise financière, elle a une double origine. Elle traduit d’abord une situation économique réelle liée au mode de croissance des Etats-Unis dans le nouvel âge du capitalisme à l’heure de la globalisation, les déséquilibres mondiaux et les besoins d’ajustement massifs qui en résultent. Elle intervient dans un contexte marqué par la hausse du prix des “commodities“[1] à commencer par l’énergie et un taux de change du dollar historiquement bas. Elle est ensuite la matérialisation des dérives nées d’une confiance excessive dans la prise de risques pour stimuler le profit dans un système financier globalisé insuffisamment régulé ou supervisé. Elle sert de révélateur à un système qui avait atteint certaines limites.


[1] Terme anglais désignant un bien de consommation, en général des matières premières (produits agricoles, énergie) mais aussi transformés (électricité) dont la valeur ajoutée d’un producteur à l’autre est peu variable.

Mais comme toute crise financière, elle a ses caractéristiques propres qu’il faut identifier pour agir efficacement. Elle oblige à ré ouvrir des débats pendants entre partisans de l’autorégulation ou d’une attitude “business friendly“ et intervention d’une forme de puissance publique, entre mode d’organisation des pouvoirs et contre-pouvoirs.

Longtemps ce débat était quasiment interdit parce que les partisans d’une régulation des marchés étaient accusés de vouloir brider l’innovation financière utile au financement de l’économie et de prendre le risque de voir les capitaux fuir. En réalité aujourd’hui, chacun reconnaît que l’innovation financière de ces dernières années a permis un développement considérable des mécanismes de financement de l’économie. Mais elle s’est aussi accompagnée d’une financiarisation de l’économie qui dans une période d’argent bon marché n’a pas conduit à une optimisation de l’allocation du capital, celui-ci cherchant d’abord des rendements élevés plus que le financement des investissements à long terme nécessaires à l’adaptation de l’économie aux défis de la mondialisation. Quant au risque de fuite des capitaux, la seule fuite massive que l’on observe c’est celle des conséquences de la crise américaine des sub-primes au-delà de ce pays.

Pourquoi ? Quelles sont les principales caractéristiques de cette crise ?

Cette crise part de la diffusion à l'ensemble de la planète d'un risque américain, lié à une pratique laxiste, développée par des banques, mais aussi par des non banques, c’est à dire des établissements qui ne sont pas soumis au contrôle du superviseur bancaire, de crédits immobiliers sous forme d’hypothèques. En clair, en cas de défaut de paiement, l’établissement préteur récupère le bien immobilier. Ces crédits hypothécaires sont accordés sous forme de prêts à taux variables à des ménages aux revenus faibles affectés d’une prime de risque “sub-prime“. Les établissements qui proposent des crédits de ce type ont pu le faire grâce à une innovation financière, la titrisation. Cette technique permet à celui qui propose le produit à risque de s’en débarrasser et de le revendre par morceaux, par titres. Ceux-ci sont ensuite mélangés, reconditionnés avec des produits plus sûrs et deviennent des produits complexes où le risque est dispersé et donc à priori plus facile à amortir tant que tout va bien mais aussi moins identifiable. Ainsi, une petite banque allemande peut se retrouver exposée au risque de crédit des ménages américains sans être présente aux Etats-Unis. C'est ce qui est arrivé à la banque allemande IKB en août, dont la quasi-faillite a été un des facteurs déclencheurs de la crise.

Cette crise s'est développée du fait de l'incertitude sur le risque réel encouru par les intervenants de marché, fonds d'investissements (« private equity »), fonds alternatifs ("hedge funds") et banques. La complexité des pratiques de titrisation qui conduisent à des prises de risques que ne maîtrisent ni les investisseurs, ni les superviseurs est en cause. Une fois la crise révélée, l’opacité des mécanismes conduit à une rupture totale de la confiance, fondement même du fonctionnement de tout marché. Dans sa diffusion, elle fonctionne un peu comme le SIDA. Tout le monde sait que des agents sont affectés, mais personne ne sait où ils sont et ceux-ci ne veulent pas nécessairement révéler qu’ils sont porteurs du virus, alors qu’ils peuvent le diffuser. La maladie une fois révélée, le bon remède est mal connu et il est parfois trop tard. La solution passe par la découverte de nouveaux médicaments et des changements de comportements.

La baisse des marchés actions alors même que la profitabilité des entreprises atteint des niveaux records est une troisième caractéristique de cette crise. Elle s'explique par une aversion soudaine et accrue à la prise de risque, notamment à l'égard des actions du secteur financier, et à la disparition des perspectives de rapprochement d'entreprises entretenues jusqu'alors par l'activisme des fonds d'investissement, qui depuis cet été ont perdu la capacité d'emprunter auprès des banques devenues, enfin, plus prudentes à leur égard.

Cette crise née sur les marchés américains est en train de se propager à l’ensemble de la planète par deux canaux. Le premier,  direct, est celui des marchés financiers où les établissements financiers qui sont engagés sur des produits complexes ayant permis de reconditionner des sub-primes ou des produits similaires sont affectés. De ce point de vue, il est intéressant de relever que les pays émergeants, y compris les nouveaux Etats membres de l’Union européenne, ne semblent pas affectés. On peut émettre l’hypothèse que pour eux la crise est intervenue à temps, c’est-à-dire avant que la titrisation et le développement de produits sophistiqués à l’excès ne pénètrent leur marché et n’affectent en profondeur la pratique de prise de risque par leur système bancaire et financier. En revanche, le second canal de retransmission affecte l’ensemble de la planète, c’est celui des échanges et des conséquences sur le commerce international de la récession dans laquelle l’économie américaine est entrée.

Cependant, cette crise, puisque c’est bien ce dont il est question même si certains au départ ne voulaient parler que de turbulences ou de “corrections du marché“, n’affectera pas toutes les économies mondiales de la même manière. L’économie américaine est entrée en récession et la question qui se pose est celle de savoir si les autres économies pourront découpler leur croissance, être autonomes de la première puissance économique du monde. Certains rêvent que cette crise conduise les Chinois à réorienter leur modèle de croissance fondé sur l’exportation vers un développement de leur marché intérieur. Beaucoup d’experts imaginent qu’un découplage n’est pourtant pas possible même si la croissance chinoise devrait rester forte en dépit d’un léger ralentissement (8-10%). Pour l’Europe, certains pensent que, parce que les établissements bancaires européens paraissent jusqu’ici moins affectés et au regard du taux d’épargne des ménages ou de leur endettement, les fondamentaux de l’économie  sont meilleurs que ceux de l’économie américaine. Mais elle est affectée par le canal financier de la crise et la contraction des crédits en conséquence, par l’entrée en récession des Etats-Unis et par une dégradation du rapport de change entre l’euro et le dollar aggravée par la politique de baisse des taux d’intérêt engagée par la FED.

Cette crise marque un besoin d'ajustement global du système financier. La financiarisation de l'économie mondiale a produit un système instable, caractérisé par la quête d'une rentabilité toujours plus élevée, obtenue momentanément par des montages financiers complexes, prélude à des crises toujours plus fortes. La finance s'est historiquement caractérisée par des phases de grand optimisme, d'exubérance, auxquelles succèdent des phases soudaines d'aversion pour le risque, du fait de mouvements moutonniers.

Cette crise remet au gout du jour des principes sains que la "planète-finance" oublie régulièrement et que la planète politique n’ose pas toujours rappeler ou imposer, face à la puissance de la première, en particulier qu'une profitabilité élevée ne peut pas être sans risques. Or, la "planète-finance" ignore  de plus en plus fréquemment et dans des proportions de plus en plus fortes ces principes sains : après 30 ans de libéralisation financière à l'échelle mondiale et dix ans d’argent bon marché voulus par les décideurs politiques et promus par les institutions internationales, le système est devenu quasi incontrôlable. Ce ne serait pas si inquiétant si les difficultés du secteur financier demeuraient cantonnées à ce dernier, mais elles ont des répercussions rapides sur la croissance. Il est trop tôt pour tout savoir et certaines données ne seront disponibles que trop tard, mais la situation est trop préoccupante pour ne rien entreprendre dès aujourd’hui. Personne ne veut d’une législation type “Sarbanes-Oxley“[1], trop vite et trop mal ficelée, mais obligeons ceux qui ont trop longtemps plaidé “laissez faire, laissez passer, enrichissez vous“ à tirer les leçons de la situation présente.

Que faire ? Comment mieux réguler le système financier ?

En Europe, dès le 9 août 2007, la Banque centrale européenne a  réagi en injectant d’importantes liquidités sur le marché. En intervenant ainsi elle a permis à l’ensemble des établissements bancaires de se refinancer, sans distinction de passeport. En clair, alors que la Banque d’Angleterre refusait d’intervenir, les grandes banques d’investissement installées à Londres se sont refinancées auprès de la BCE. D’une certaine manière, la BCE a sauvé la City. C’est un élément important pour la suite du débat. La BCE a été critiquée à tort tant outre-manche qu’outre-atlantique alors que ces interventions massives ont permis au marché de continuer à fonctionner ; elle est aujourd’hui moins en première ligne que son homologue américaine, la FED. Mais, compte tenu de la nature de la crise, quelle est l’efficacité de la seule politique monétaire pour rétablir la confiance des marchés et orienter ou relancer l’économie ? Les taux longtemps bas n’ont pas toujours conduit à un financement des investissements à long terme nécessaires et ont alimenté les activités hautement spéculatives des “hedge funds et private equity“. Aujourd’hui les interventions massives de la FED, notamment par la baisse des taux d’intérêt, ne suffisent pas à rétablir la confiance et à empêcher l’entrée en récession de l’économie américaine.

Que faire alors ? Certaines réponses dépendent bien sûr des Etats-Unis et de leur capacité à effacer la dette des ménages et pour le futur à se doter d’une législation plus protectrice des consommateurs. Mais c’est leur problème, nous pouvons le dire, pas le faire à leur place.

Pour l’Europe, des propositions sont sur la table qui fondent la feuille de route adoptée par le Conseil Ecofin d’octobre 2007, que l’on retrouve dans le communiqué de presse des quatre ministres des finances membres du G7 (Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni) et du Conseil européen de mars 2008. Quelles sont ces propositions et que faut-il en penser ?

1) Beaucoup plaident aujourd’hui à juste titre pour la transparence et c’est notamment Joseph Ackermann, le président de la Deutsche Bank qui dès le mois de septembre a demandé à ses homologues de rendre publiques leurs pertes. Si l’on veut rétablir les mécanismes de fonctionnement du marché, c’est-à-dire notamment la confiance, c’est indispensable. Simplement, une telle demande se heurte à deux écueils. D’abord dans un monde concurrentiel où les établissements sont  déterminés par leur profit mais aussi par leur réputation, il est peu probable qu’ils divulguent des pertes avant qu’elles ne soient réalisées. Quant à informer sur les risques pris, sur lesquels de plus on ne sait pas comment le marché réagira, il n’y a pas d’incitation à le faire. De plus, certains plaideront qu’une transparence trop grande risque d’accélérer des effets indésirables. Tout ceci explique sans doute que plus de huit mois après les premiers appels à la transparence, on soit toujours dans le brouillard. Cela confirme que si un marché pour bien fonctionner doit être transparent, il ne le fait pas naturellement, bien au contraire, d’où l’importance pour le régulateur de trouver des incitations.

2) Il faut aussi porter plus d'attention au rôle des agences de notation[2], en position d’oligopole. Elles ne peuvent servir de seul bouc émissaire de la crise, on ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir évalué les risques de liquidités qui n’étaient pas dans leur mandat. Elles ne sont pas non plus responsables de l’utilisation que les investisseurs ou les superviseurs ont faite de ces notations sans contre-expertise. Mais elles jouent un rôle clé dans l'élaboration des titrisations, vecteur de la crise actuelle qu’elles évaluent par ailleurs. Leur conflit d'intérêt est patent ainsi que le manque de transparence et il est permis d’émettre des doutes sur la pertinence du code de conduite adopté en 2004 qui prétend résoudre le problème dans ce domaine et que certains pensent aujourd’hui suffisant de réviser.

3) Des propositions seront élaborées pour modifier les accords de Bâle 2 qui définissent les conditions dans lesquelles les banques doivent organiser leurs fonds propres pour mettre davantage l’accent sur les risques en termes de liquidités et modifier la façon dont les banques prennent en compte dans leur bilan les produits complexes, titrisés, …Elles sont les bienvenues, mais cela ne peut pas être l’arbre qui cache la forêt.

4) Des initiatives pour revoir les systèmes de dépôt de garantie pour les adapter à la réalité de l’intégration financière et au développement d’établissements financiers intervenant dans plusieurs Etats sont avancées. Nous le demandions avec insistance et jusqu’ici la Commission considérait qu’il était urgent d’attendre.                                                                             

5) Sur les fonds souverains[3], une réflexion est engagée qui pourrait conduire à l’adoption là aussi d’un code de conduite. En attendant, après les inquiétudes manifestées au regard des secteurs stratégiques que ces fonds pourraient détenir, certains oublient la stratégie de conquête des entreprises occidentales dans les  réseaux d’eau ou d’électricité de pays en développement et que les grandes banques d’investissement aux abois les appellent à la rescousse !

6) Il est proposé de renforcer les mécanismes d’alerte précoce d’abord au niveau du FMI mais aussi de la coordination des superviseurs européens (CEBS, CEIOPS et CESR). L’efficacité de tels mécanismes qui reviennent à mettre sur un paquet de cigarettes “fumer tue“ reste limitée. Cela dit, si des progrès peuvent êtres accomplis dans ce domaine, il n’y a pas de raison de les refuser. Pour autant, ces propositions ne doivent pas servir d’alibi à ceux qui ne veulent pas sérieusement traiter le problème là où il doit l’être, c’est-à-dire dans les structures de supervision des marchés que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. La réalité de ces dernières années c’est que le développement de l’intégration et de la sophistication des marchés financiers ne s’est pas accompagné d’une adaptation parallèle des structures de supervision.

Au-delà de ces pistes qui font aujourd’hui consensus mais dont on vient d’examiner les limites, il est vraisemblable que le marché répondra assez naturellement par un retour à des produits plus standard et à une re-intermédiation, mais d’autres chantiers doivent également être ouverts.

Certains plaident pour un retour à une stricte séparation des banques en fonction de la nature principale de leurs activités, commerciale ou d’investissement. En réalité, le retour à la situation antérieure n’est pas souhaitable car le système a utilement élargi le champ des modes de financement possibles de l’activité non financière. Ce qui doit être réexaminé et corrigé, ce sont les incitations qui existent dans l’utilisation de ces facilités supplémentaires, la façon dont ces entités ont organisé leur contrôle interne, l’équilibre des pouvoirs qui y prévaut et l’intervention des superviseurs.

1) La transparence et la régulation d’entités engagées dans la prise de risque excessive, tels que les fonds alternatifs et les fonds de capital investissement doivent être organisées. Ces fonds peuvent dégager des rentabilités très élevées, durant certaines périodes, grâce à un endettement élevé qui accroît la rentabilité du capital investi. Mais, dans des configurations de marché qui surviennent nécessairement à un moment ou à un autre, l'endettement accentue leurs pertes. Une intervention publique peut même être nécessaire car leur chute pourrait entraîner celle de l'ensemble du système financier (cas de LTCM en 1998).

2) Les normes comptables qui favorisent l'évaluation à la valeur de marché ne doivent pas être généralisées alors même que le marché peut disparaître à tout moment par manque d'acheteurs comme on l'a vu au cours de l’été 2007.

3) La question de politique fiscale d’incitation à l’endettement doit être examinée, de la même manière qu’une action internationale déterminée à l’égard des paradis fiscaux qui servent de refuge aux montages financiers les plus opaques et les plus risqués devrait être engagée. De plus, des actions devront être entreprises à propos des modes de rémunération des intermédiaires qui interviennent aux différents stades du conditionnement de produits financiers ou des gestionnaires de “hedge funds et private equity“.

4) Beaucoup plaident aujourd’hui pour que les citoyens reçoivent une éducation financière leur permettant d’appréhender la complexité des produits offerts par le marché. Personne ne peut nier le besoin d’information des citoyens sur les enjeux de l’épargne, mais cela ne peut pas se substituer à la responsabilité de ceux qui proposent des produits financiers de l’obligation qui devraient être la leur de tenir compte du profil de leur clientèle. Dans le même esprit, il faudrait revenir sur la distinction entretenue ces dernières années entre investisseurs professionnels ou non. La crise récente démontre qu’un produit qui peut momentanément être traité entre professionnels finit par se retrouver dans le portefeuille de monsieur ou madame “tout le monde“.

5) Les enjeux en termes de concurrence doivent également être examinés. Est-il normal que la Commission européenne s’acharne à découpler les activités de grands groupes industriels dont le modèle économique a fait ses preuves, alors que ce découplage désavantagera l’Union vis-à-vis de l’un de ses principaux interlocuteurs, Gazprom, et qu’en revanche, elle refuse d’engager la moindre action à l’égard des agences de notation, des sociétés d’audit ou des grandes banques d’investissement ?

6) L’essentiel réside dans l’organisation de contre-pouvoirs et donc d’une régulation mais aussi d’une supervision adaptées qui permettent notamment une meilleure prévention et gestion des crises. Si l’on regarde pourquoi Goldman Sachs a pu se retirer des segments les plus risqués du marché à temps ou ce qui s’est passé à la Société Générale, la réponse est la même. Chez Goldman Sachs, l’une des plus anciennes et plus importantes banques d’investissement, le responsable des études avait d’abord une vision globale des marchés, disposant de davantage d’information que les superviseurs et surtout de l’oreille du PDG de la banque dont il est très proche. À la Société Générale, au-delà de la fraude, les alertes n’ont pas été assez fortes au regard des enjeux de profit. Dans les éléments, qui, en Europe, sont sur la table, tout ce qui permettra d’avancer doit être pris. Il reste qu’à terme, on imagine mal comment la question du rôle de la BCE en tant que superviseur des grandes banques pour la zone euro pourrait ne pas être posée alors qu’elle intervient de fait comme préteur de dernier ressort mais que ce sont les autorités nationales qui collectent les informations des établissements avec des structures et des exigences totalement variables. En attendant, il faut renforcer les moyens de coordination des superviseurs nationaux, harmoniser les données qui doivent être collectées par eux et donner à leur coordination des pouvoirs autonomes. Il faut aussi progresser pragmatiquement dans la supervision des acteurs trans-frontières en prenant garde de maintenir l’objectif d’une optimisation du dispositif sans attendre la prochaine crise, lorsque la pression de l’urgence liée à la crise actuelle sera retombée et que les principaux acteurs de marché trans-frontières auront obtenu ce dont ils ont besoin, mais qui ne clôturera pas le débat du point de vue de l’intérêt général.

Qui peut agir ?

L’action pour être efficace devrait articuler une maîtrise de la triple dimension des enjeux : macro-économique, de politique monétaire et de fonctionnement des marchés financiers. Elle devra aussi faire intervenir les niveaux tant international, qu’européen ou national. L’autorégulation ayant clairement montré ses limites, et les questions en jeu étant d’intérêt public, rien de tout cela ne sera possible sans un engagement fort des responsables politiques. De ce point de vue, il faut relever les enjeux d’une discussion sur ces questions à l’Eurogroupe alors que la BCE intervient comme préteur de dernier ressort et de la présidence française à venir de l’Union européenne. La question de l’achèvement du marché financier par l’élaboration d’un dispositif de supervision cohérent et adapté à la réalité du développement du marché européen était déjà sur la table avant le déclenchement de la crise de l’été 2007, puisque cela n’avait pas fait parti du mandat du Baron Lamfalussy lorsqu’il avait, en 2000, été chargé d’élaborer le plan d’action des services financiers. La crise rend cet agenda d’autant plus important. Il a des chances d’aboutir que s’il est porté au niveau politique le plus haut comme l’Allemagne a su au cours de sa présidence porter le sujet de l’énergie.

Mais dans un système financier international de libre circulation des capitaux, l'action doit aussi être internationale. Or, en la matière, il y a deux acteurs principaux, l'Union européenne et les Etats-Unis. Traditionnellement rétifs à une meilleure maîtrise de la sphère financière, du fait du lobbying des banques d'investissement de Wall Street, les Etats-Unis vont y être plus sensibles sous la pression de la crise actuelle. Il faut profiter de cette occasion pour les convaincre d'agir. Pour cela, la position européenne doit être claire et forte. Or la réglementation des services financiers est de compétence européenne. Il est temps de mettre sous pression le Commissaire responsable de ces questions et que la Commission européenne, qui a le droit d'initiative, assume ses responsabilités en la matière et fasse évoluer, au-delà de ce qui relève de la responsabilité des Etats, la réglementation selon les axes évoqués ici.

Conclusion

Le dénouement de cette crise n’est pas encore connu. Ce qui paraît pourtant déjà certain, c’est qu’elle marque un nouvel âge de la globalisation où l’inflation, du fait du prix des “commodities“ sera de retour alors qu’au cours des dix ans qui viennent de s’écouler elle a conduit à une baisse des prix. Cela va obliger les banquiers centraux à arbitrer entre taux de change et inflation, rendant leur vie plus difficile. Cela devrait conduire à de vrais ajustements et en particulier à : une baisse de la consommation des ménages américains, question difficile à résoudre sans traiter la question de la pauvreté dans ce pays ; un modèle chinois de consommation qui ne soit pas le modèle américain ; un regain de régulation et de supervision. L’une des questions que nous devons nous poser est celle de savoir si nous sommes capables de susciter l’invention des outils financiers permettant d’utiliser utilement la bulle financière qui est en train de se constituer autour des  « commodities », produits agricoles et énergétiques, au service du plus grand nombre, des emplois et du développement durable, pour lesquels des investissements importants doivent être réalisés. Saurons-nous trouver le niveau de régulation et de supervision adapté pour corriger le marché ? Saurons-nous optimiser cette prochaine bulle financière pour la mettre au service du financement de l’économie non financière ?


[1] Loi votée aux Etats-Unis en 2002 portant réforme, dans l’urgence, de la comptabilité des sociétés cotées et de la responsabilité des investisseurs après différents scandales financiers (Enron, Worldcom,...)

[2] Entreprises chargées de la notation d’entreprises ou de collectivités (Etats,...) en fonction de critères définis par une réglementation ou par les acteurs de marchés. Cette notation est un critère clé dans l’évaluation de la qualité du risque pour l’investisseur. Elles sont rémunérées par ceux qui souhaitent faire évaluer leurs produits pour les vendre sur le marché.

[3] Fonds de placement qui gèrent les biens financiers d’un Etat et les investissent dans des placements variés (actions, obligations, immobilier,...) qui sont en général de long terme.

Posted by Benoit Hamon on mars 28, 2008 at 04:43 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack

26/03/2008

JC Trichet ce jour à la Commission économique

Aujourd'hui à la Commission affaires économiques et monétaires du Parlement Européen, Jean Claude Trichet était entendu sur l'impact en cours en Europe de la crise financière et l'évaluation du rôle de la BCE face à ces "turbulences" et "corrections du marché" (JC Trichet dans le texte).

A la question du député luxembourgeois Robbert Goebbels qui l'interrogeait sur l'injection massive de liquidités  pour venir à la rescousse de banques négligentes, voire irresponsables plutôt que de baisser les taux directeurs à l'instar de la Fédéral Bank Us et ainsi de soutenir le pouvoir d'achat des ménages et de favoriser les capacités de refinancement des banques, Jean Claude Trichet a fait cette réponse " l'aléa moral eut été certain si la BCE avait baissé ses taux et par voie de conséquence fait payer aux consommateurs par l'inflation le secour au système bancaire européen."

Il a également sacrifié à la traditionnelle épreuve des prévisions pour l'économie européenne. Elles ne sont pas roses.

Infllation : entre 2.6 et  3.2% en 2008 (1) , entre 1.5 et 2.7% en 2009.

Croissance :entre 1.3 et 2.1% en 2008 (2), entre 1.3 et 2.3% en 2009

(1) : en 2008, on a la modération salariale et l'inflation quand la première est mise en oeuvre dans la zone euro sur recommandation de la BCE pour éviter l'inflation!

(2) : on voit mal comment la France mauvaise élève de la croissance de la zone euro peut continuer à prétendre, comme hier le Premier Ministre, qu'elle réalisera en 2008 une croissance entre 1.7 et 2%!

Posted by Benoit Hamon on mars 26, 2008 at 01:07 PM dans Interventions au parlement | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

Analyse du Conseil National du PS par Rue 89

Cn_ps_2En feuilletant la presse et en parcourant Internet, j'ai trouvé cette analyse du Conseil National du Parti Socialiste et de quelques enjeux du prochain congrès publiée sur le site de Rue89, intitulée "le parti socialiste se recentre sur sa gauche" avec des commentaires vidéo de Pierre Moscovici, Martine Aubry et moi même.

Posted by Benoit Hamon on mars 26, 2008 at 12:29 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Les électeurs veulent une gauche de gauche

Le Monde, le 26 Mars

Par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli

Tirer les leçons d’une consultation électorale est un devoir primordial pour une formation politique, a fortiori pour le Parti socialiste qui a été l’acteur majeur de la victoire de la gauche dimanche 16 mars.

La première leçon est simple. Elle se lit dans la sécheresse des résultats : la droite a subi une déroute lors de ces élections municipales. Les 58 villes de plus de 20 000 habitants conquises par la gauche traduisent l’ampleur de cette défaite. Il peut sembler banal de l’affirmer mais cela est nécessaire tant l’impudence, voire l’autisme des ministres et des dirigeants de l’UMP sur les plateaux de télévision confinait au déni de réalité. Le nombre de villes conquises donne une dimension incontestablement nationale à cette défaite.

La seconde leçon concerne le "rôle central" que prétendait exercer le MoDem au centre de notre échiquier politique. A force de vouloir être partout à la fois, le MoDem n’a fini nulle part. La plupart du temps il est resté dans le giron de ses alliés traditionnels de droite, sans lesquels il n’aurait pas conservé le peu de municipalités dont les électrices et les électeurs lui concèdent encore la gestion. En entendant François Bayrou, au soir du premier tour, appeler en vain les électeurs palois à faire barrage aux "socialo-communistes", il nous revenait en mémoire cette définition que François Mitterrand donnait du centre dont il affirmait, non sans humour, qu’il n’était "ni de gauche ni de gauche".

A CONTRESENS DE L’HISTOIRE

Nous serions donc bien avisés de stopper rapidement une inutile et grotesque "danse du centre" et de laisser François Bayrou à sa stratégie électorale narcissique. Le scrutin municipal a eu cette vertu de démontrer l’absence d’efficacité électorale de l’alliance avec le MoDem, ce qui ne signifie pas qu’il faille renoncer à parler à ses électeurs. Si le MoDem décide de rejoindre le camp de la gauche et ses valeurs progressistes, il sera le bienvenu. Cette décision lui appartient, mais n’appartient qu’à lui. En attendant, nous avons mieux à faire.

Ce que nous avons à faire, et cela sera notre troisième et dernière leçon provisoire, est de constater le glissement à gauche de notre électorat. Partout où la gauche était rassemblée, elle réalise de très bons scores. Quand elle était divisée de notre fait, alors communistes, écologistes ou extrême gauche réalisaient des scores qu’il serait absurde d’ignorer. Finalement nous sommes dans une figure classique de notre vie politique accompagnée d’une donnée nouvelle.

La figure classique est celle de la bipolarisation entre la gauche et la droite. Une bipolarisation dont nous n’hésitons pas à affirmer qu’elle est saine pour notre démocratie, qui a besoin d’options différenciées et de confrontations d’idées et de projets.

La nouveauté est celle d’une radicalisation d’une partie de notre électorat qui s’explique aisément par l’inquiétude croissante devant la dégradation des conditions de vie des classes populaires et, phénomène nouveau, des classes moyennes. Les socialistes risqueraient de passer à côté de l’essentiel s’ils ne tiraient pas rapidement les conséquences qui s’imposent de ce message adressé par les Françaises et les Français. Un message qui risque de s’amplifier tant les perspectives économiques mondiales sont inquiétantes. La crise de très grande ampleur que traverse le système financier international, et qui menace désormais d’entraîner l’économie mondiale dans la spirale de la récession, marque assurément la fin des illusions de la globalisation financière et de la libéralisation effrénée du commerce international.

Alors qu’aux Etats-Unis, en Angleterre et, demain, en France et en Europe les dirigeants seront soumis à la nécessité de prendre des mesures radicales de sauvetage du système bancaire et de se tourner vers des formes nouvelles de régulation publique de l’économie, il serait paradoxal que la gauche française, en quête d’une illusoire modernité, "mue" à contresens de l’histoire.

Nous assistons à la fin de la domination culturelle du libéralisme et du capitalisme financier. Cela constitue une opportunité sans précédent de faire avancer nos idées progressistes. C’est ce à quoi nous invitons le Parti socialiste et ce à quoi nous consacrerons notre énergie dans les semaines et les mois à venir, avec toutes celles et tous ceux qui le souhaitent.

Posted by LeFIL on mars 26, 2008 at 10:48 AM dans Opinions | Permalink | Commentaires (7) | TrackBack

Public Sénat "Bouge la France" le 27 Mars à 22H15

Posted by LeFIL on mars 26, 2008 at 10:28 AM dans Sur le terrain | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

20/03/2008

Qui sont ces nouveaux acteurs qui déstabilisent les marchés financiers ?

Hedge_funds_3Le marché financier mondial, dans un contexte de liberté de circulation absolue, de taux d'intérêts bas et d'explosion des liquidités, a vu l'émergence de phénomènes et d'acteurs nouveaux.

1) Hedge Funds (fonds alternatifs), Private equity (fonds de capital investissement), Funds of Funds (FOHFs), fonds souverains, LBO (leveraged buy-outs, rachat par effet de levier ou financement d'acquisition par emprunt) et agences de notation

- Les Hedge funds et Private Equity, sont des fonds d'investissements privés établis à 70% "off-shore", pour minimiser les contraintes fiscales et législatives, qui investissent à court terme sur l'ensemble des places financières mondiales.

- Les LBOs. Ces fonds lèvent par l'emprunt les ressources nécessaires au rachat d'entreprises cotées, avec l'objectif de maximiser leurs bénéfices à très court terme (deux ou trois ans), pour pouvoir à la fois payer les marges des fonds et de leurs managers, satisfaire les investisseurs et rembourser les emprunts, ce qui conduit normalement à la fin de l'entreprise cible.

2) Réglementation lacunaire et inadaptée

Cette nouvelle organisation des marchés financiers apparait nettement moins réglementée que celle qui l'a précédée.

Les places financières off-shore permettent aux opérateurs qui y sont établis d'intervenir sur les autres places financières, tout en se soustrayant à leur régime réglementaire et prudentiel.

Le modèle de surveillance classique, basé sur le rôle de superviseur des banques centrales sur les activités bancaires, sur les règles de transparence boursière et sur le droit des sociétés, est clairement inadapté face à cette nouvelle réalité.

Les fonds échappent à la fois au contrôle des activités bancaires et à la surveillance des marchés boursiers. En Europe, l'euro et le marché unique n'ont pas conduit à une unification de la supervision, qui reste donc fragmentée et inadaptée à la nouvelle réalité.

- Les fonds souverains naissent de la volonté des Etats qui accumulent les surplus commerciaux (pays producteurs de gaz et de pétrole, économies exportatrices asiatiques), de diversifier leurs investissements au delà des réserves monétaires. Ils deviennent alors des investisseurs sur les marchés financiers, ce qui pose des questions en termes notamment d'indépendance stratégique des pays européens.
- Les agences de notation sont un élément essentiel de ce nouveau système financier. Les stratégies d'investissement de l'ensemble des opérateurs sont basées sur les notes attribuées par ces agences. Le problème est que les évaluations de ces agences ne sont pas complètement fiables, elles sont par exemple passées à côté de la crise des "subprimes", notamment pour des raisons de conflits d'intérêts entre leur rôle d'évaluation indépendante et extérieure et leur activité de consultance au bénéfice souvent des entreprises qu'elles sont censées évaluer.

Posted by Benoit Hamon on mars 20, 2008 at 02:18 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (18) | TrackBack

19/03/2008

Pourquoi les entreprises du CAC 40 confisquent leurs profits records?

Palais_brognardLa semaine dernière, les entreprises du CAC 40 annonçaient des profits cumulés en 2007 de plus de 95 milliards d'euros. C'est un record et comme le souligne le Figaro du 13 mars dernier, si Jérôme Kerviel n'était pas passé par là (si tant est que ce soit lui le responsable), la barre des 100 milliards d'euros de profits aurait été dépassée.

Il est très instructif de lire la communication qui accompagne la publication de ces chiffres. Des commentaires inquiets voire alarmés ont immédiatement prolongé l’annonce de ces résultats. L’ensemble des dirigeants des entreprises concernées insistent pour rappeler le contexte incertain de 2008 et s’inquiéter de la chute du dollar, la hausse du prix des matières premières, et des menaces de récession de l’économie américaine. 2007 fut un cru exceptionnel pour les entreprises du CAC40 mais elles s’accordent à doucher immédiatement les appétits que pourraient soulever de tels profits records, chez les salariés, les pouvoir publics et plus généralement chez les français confrontés aux affres d’un pouvoir d’achat en baisse.

P3230015On recourt à la recette classique qui consiste à dire que pour préparer les lendemains difficiles, il convient de ne pas jouer les cigales, par exemple en augmentant les salaires. Les promesses de lendemains meilleurs, la perspective d’une croissance plus soutenue demain, jouent leurs rôles classiques de sédatif à l’égard de l’opinion publique pour qu’elle accepte les restrictions du présent.

Et pourtant, à y regarder de plus près on découvre que les signaux adressés par ces entreprises à l’opinion publique et à leurs salariés disent le contraire des informations qu’elles adressent aux marchés financiers. L’immense majorité des entreprises du CAC40 affichent dans leur communication financière des prévisions de croissance de leurs chiffres d’affaires et de leurs marges opérationnelles pour 2008. Elles anticipent toutes une résistance exceptionnelle aux aléas économiques et rassurent les marchés en rivalisant de prévisions de profit prometteuses.

Contradiction ? Évidemment non.

Il y a dans cette apparente contradiction, une logique implacable. Les exigences de rentabilité du capital formulées par les actionnaires propriétaires de ces entreprises sont telles qu’elles exigent pour être satisfaites une rétractation des investissements et une compression de la masse salariale souvent mortelles à court et moyen terme pour les entreprises.

Ces 100 milliards de profits sont donc à resituer dans leur contexte. Celui d'une économie morose dont les deux moteurs de la demande (l'investissement et la consommation) sont en panne en raison notamment de la destination des profits réalisés par les entreprises. Au cœur des années 70, 25% des profits étaient distribués sous forme de dividendes aux actionnaires. Aujourd'hui cette part a augmenté pour absorber 65 % des profits (source comptabilité nationale/ comptes des sociétés non financières).

Les marchés financiers ne financent plus l’économie réelle, ils la ponctionnent (la richesse mondiale a produit 32 300 milliards de dollars quand, dans le même temps, les transactions des marchés dérivés se montent, elles, à 699 000 milliards de dollars en 2002).

Tax_free_2Les banques sont au centre des dernières crises financières, mais il ne faut pas oublier qu'à côté de ces opérateurs traditionnels, d'autres acteurs nouveaux se sont taillé une part importante du marché, et que si l'encadrement légal des activités bancaires s'est révélé lacunaire et inadapté, les Hedge Funds, Private Equity Funds, Fund of Funds et autres fonds souverains brassent des centaines de milliards de dollars dans un no man's land réglementaire absolu. (70% de ces fonds ont leur siège dans des paradis fiscaux). Des opérations aussi risquées et délétères que les LBO, les rachats d'entreprises par des fonds d'investissement financées à 80% par l'emprunt, dont l'objectif est de produire un bénéfice maximal en deux ou trois ans par la réalisation des actifs, se développent impunément. Les agences de notation demeurent la référence absolue des marchés alors même que rien ne garantit leur fiabilité ni leur intégrité.

Vouloir mieux redistribuer la richesse demain commence par lutter efficacement contre les désordres qui menacent la stabilité macroéconomique mondiale. L'instabilité des marchés financiers n'est pas une fatalité.

Au niveau international, la lutte contre les paradis fiscaux et autres centres "off-shore" doit être hissée au rang de priorité numéro1. Les déséquilibres mondiaux alimentés par les déficits américains doivent être corrigés graduellement. Le FMI et d'autres organisations internationales doivent y contribuer en adoptant pour commencer à l’égard des doubles déficits américains la sévérité et la rigueur qu’en d’autre temps le FMI a adopté vis-à-vis des pays émergents ou en voie de développement.

Le premier marché mondial, l'Union Européenne, dispose des instruments et de la taille nécessaire pour imposer un peu d'ordre et de transparence aux marchés financiers. Le PSE, et son président Poul Nyrup Rasmussen, a proposé une série de mesures réglementaires et fiscales en ce sens. Des mesures peuvent et doivent être prises pour protéger certaines entreprises contre les OPA purement spéculatives et dépourvues de projet industriel.

SubprimeLe problème est la mauvaise volonté politique de la Commission Européenne et du Commissaire en charge, Charly Mc Creevy, qui dispose du monopole de l'initiative législative. Sentant le vent tourner suite à la crise des « subprimes », le Commissaire avait menacé les agences de notation, pour ne pas apparaître complètement passif. Aujourd'hui, il n'est plus question que de renforcer timidement le code de conduite de ces agences, qui de toute façon est dépourvu de toute capacité contraignante.

Le problème est essentiellement idéologique, et sépare ceux qui croient en la capacité des marchés à s'autoréguler et ceux qui croient que la puissance publique à vocation à réglementer les marchés financiers. Je parle de réglementer les marchés et pas de « moraliser le capitalisme » comme l’ambitionne le Président de la République. Car l'ambition de "moraliser" le capitalisme financier est une supercherie. La raison ultime du capitalisme, qu'il soit industriel et entrepreneurial ou financier et spéculatif, demeure le profit.

Bien sûr, les marchés finissent toujours tôt ou tard par sanctionner les bulles spéculatives et les autres comportements irresponsables. Mais c'est alors l'ensemble de l'économie réelle qui en paye le prix en entrant en régression, et ce sont les contribuables qui doivent souvent renflouer les caisses des banques imprudentes.

Ce qui nous importe, c’est donc l’efficacité économique au service du progrès social par la mise en oeuvre d’une régulation publique.

En assurant une transparence maximale, en faisant en sorte que les décideurs imprudents puissent voir leur responsabilité personnelle mise en cause, par des règles prudentielles suffisamment strictes, les crises financières peuvent être évitées, et les marchés financiers peuvent être reconduits vers leur rôle premier, le financement de l'économie réelle.

Posted by Benoit Hamon on mars 19, 2008 at 08:19 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack