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24/01/2008
Contre expertise au rapport Attali
Il existe aujourd’hui une tendance lourde qui vise à soustraire des sujets toujours plus nombreux à l’examen critique, au crible du débat contradictoire et à conclure à l’archaïsme du clivage gauche/droite.
On finit par se convaincre qu’il existe une réalité objective, décrite par ceux qui savent, les experts. Conséquence de ce « diagnostic unanime », les solutions (les politiques) peuvent différer sur le dosage ou le rythme, pas sur leur nature.
En 250 pages et plus de 300 propositions, le rapport Attali énumère sans hiérarchie véritable, souvent des poncifs, quelquefois de solides préjugés idéologiques, mais parfois aussi des mesures utiles. Ce bloc où selon son architecte principal « tout se tient », décrit-il la seule politique efficace possible ou une option parmi plusieurs ?
Le rapport Attali doit être lu pour ce qu’il est : un rapport politique, un parti pris évident en faveur des recettes libérales classiques. Cela le rend-il moins sérieux ? À l’évidence non. Cela le rend-il moins légitime ? À l’évidence oui.
D’autres experts réunis par la Forge font à partir des mêmes chiffes, des constats différents. Ils en déduiront d’autres politiques. Ils proposeront d’autres stratégies. Le champ économique même mondialisé propose des options radicalement différentes au choix des citoyens. Notre rôle est de rappeler par cette contre-expertise que ce choix existe.
La contre expertise de la Forge
Posted by Benoit Hamon on janvier 24, 2008 at 04:44 PM dans Opinions | Permalink | Commentaires (23) | TrackBack
22/01/2008
Un président qui parle de Dieu est-ce contraire à la laïcité ?
Benoît Hamon sur BFM TV 2
Vidéo envoyée par Nouveau-PS
Débat entre Benoît Hamon, Eurodéputé socialiste et Jérôme Chartier, Député UMP, sur la laïcité.
Posted by Benoit Hamon on janvier 22, 2008 at 12:00 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack
Chute des places boursières
Je mets en ligne cette contribution de Pascal Cherki, publiée sur son blog le 15 janvier à propos des caractéristiques de la crise actuelle des marchés financiers. Une semaine plus tard, les nuages sont plus nombreux encore.
Les indices des principales bourses mondiales chutent ce mardi 15 janvier 2008 redoutant une récession aux Etats-Unis. L’indice Dow Jones a perdu en deux jours l’ensemble de ses gains annuel de 2007. Cette situation fait dire à Alan Greenspan - ancien président de la FED (la banque centrale américaine) - que si l’économie américaine n’était pas encore entrée en récession "tous les symptômes sont là". En juillet 2007 sur son blog notre camarade Pascal Cherki analysait déjà la situation créée par les subprimes aux Etats-Unis et les mécanismes qui nous conduisaient vers une crise majeure. A l’heure de la crise nous vous proposons la relecture de cette analyse d’une ardente actualité.
L’économie américaine est-elle à la veille d’une crise majeure d’une ampleur comparable à celle qu’elle a connue en 1929 ? La question est moins iconoclaste qu’il y paraît à première vue.
Tout d’abord, il n’est pas interdit de se souvenir que le crash de 1929 avait été précédé d’une période d’euphorie spéculative boursière sur les nouvelles technologies de l’époque qu’étaient l’automobile, les nouveaux médias de communications comme la radio ou le cinéma. Bien sûr les leçons de la crise de 1929 ont été partiellement retenues. Notamment la faute commise par le gouvernement américain qui avait plongé le pays dans la récession par une politique monétaire restrictive qui avait asséché l’offre de crédit et amplifié la crise bancaire.
C’est pourquoi quand en 1998 le fond LTCM avait été acculé à la faillite après avoir perdu 5 milliards de dollars dans une spéculation hasardeuse menaçant la stabilité de Wall Street, le gouvernement américain était intervenu pour convaincre les 15 principales banques américaines de le recapitaliser.
C’est pourquoi surtout, lors de l’éclatement de la bulle internet en 2000, les autorités monétaires avaient inondé l’économie américaine des liquidités nécessaires au prix il est vrai d’un creusement sans précédent de leur déficit budgétaire.
Néanmoins la FED en avait tiré comme conclusion que le mieux à faire lors de la formation d’une bulle était de ne rien faire et de la laisser éclater et après que le mieux encore était de laisser voir venir. Ce fut l’objet d’un discours retentissant d’Allan Greenspan en 2002 quand il exerçait les responsabilités de Prédisent de la Réserve fédérale américaine. Aussi la plupart des analystes financiers et des apôtres de la financiarisation de l’économie étaient ressortis rassurés de la gestion de l’éclatement de la bulle internet.
Depuis lors la spéculation est repartie de plus belle. Pourtant de trop rares voix se sont élevés pour s’inquiéter de la formation d’une bulle plus puissante et beaucoup plus dangereuse, la bulle immobilière. Et certains de prédire que son éclatement serait beaucoup plus difficile à régler que la bulle internet. En effet, la bulle internet avait éclaté sur un marché segmenté, celui des nouvelles technologies et dont la croissance industrielle n’en est qu’à ses débuts.
Selon une analyse empruntée à la fois à Kondratieff et Schumpeter, nous ne serions qu’au commencement d’une nouvelle révolution industrielle dont le pic devrait se situer aux alentours années 2040-2050. L’éclatement de la bulle serait donc intervenue au début d’un processus de diffusion de ces nouvelles technologies dans la sphère de la production et donc n’aurait finalement fait que corriger un mécanisme spéculatif issu d’une anticipation trop exagérée des potentialités de croissance des entreprises de ce secteur. Un simple mécanisme correctif en quelque sorte, qui plus est de nature à favoriser une concentration des acteurs dans le secteur.
Depuis lors le marché aurait acquis une certaine maturité et serait mieux en mesure d’apprécier à leur juste valeur les potentialités de ce secteur. Rien n’est moins sûr quand on voit les mécanismes boursie rs à l’œuvre dans les entreprises de NTIC et la course haussière que leurs titres ont recommencé à effectuer quelques années après l’éclatement de la bulle. La bulle immobilière est d’une toute autre nature et son éclatement risquerait d’affecter l’ensemble du système financier américain, puis se diffuser au reste des places boursières mondiales et affecterait très fortement l’équilibre instable de l’économie américaine.
Pourquoi ? Tout simplement parce que l’immobilier joue un rôle essentiel dans l’économie américaine connu sous le vocable d’effet de richesse. La croissance durable de l’économie américaine repose principalement sur la consommation des ménages.
Or, aux Etats-Unis, les ménages sont très fortement endettés, le taux d’épargne aux Etats-Unis étant négatif. Cela veut dire que les ménages comme le pays vit à crédit du reste du monde qui fait semblant d’y trouver son compte, les Etats-Unis représentant encore le principal débouché commercial de leurs exportations. Pour que la consommation des ménages ne diminue pas, il faut donc qu’ils aient un accès constant à un crédit et un crédit bon marché de surcroît.
Or, les prêts que sollicitent des ménages américains endettés doivent être garantis.
Or, la garantie la plus recherchée est celle de l’immobilier, du gage hypothécaire sur l’emprunt.
Or, l’immobilier ne cessant de monter les ménages, par anticipation d’une hausse régulière de leurs biens immobiliers, n’hésitent pas à s’endetter auprès de banques disposées à leur prêter. C’est ce qu’on nomme l’effet de richesse.
Or, que se passe-t-il actuellement ? La bulle spéculative immobilière américaine qui a démesurément grossie est menacée d’éclatement. Récemment deux fonds dépendants de la banque d’investissement Bear Stearns ont cessé leur activité en affichant des pertes cumulées d’un montant d’un milliard de dollars. La fébrilité et le doute commence à gagner les marchés financiers puisque l’agence de notation Standard and Poor’s vient d’annoncer qu’elle envisageait de baisser la notation de 612 obligations émises par des banques et adossées à des prêts immobiliers souscrits par les ménages plus endettés, les fameux « subprime ». Il n’en faut pas plus pour que l’inquiétude commence à gagner les marchés financiers d’autant que les chiffes commencent à circuler.
Ainsi Mathilde Lemoine, Directrice des études économiques à Hong Kong Shanghai Banking Corporation France, évaluait ce jour dans les Echos les subprime à 14% du marché américain des emprunts hypothécaires d’un montant total de 10 000 milliards de dollars. Et d’ajouter qu’à ce jour au moins 20% de ces subprime risquaient d’être mis en défaut d’ici à la fin de l’année soit un montant astronomique de 300 milliards de dollars qui représente 60 fois le mentant des pertes du fonds LTCM.
Du coup un risque de contagion de la crise existe parce que les ménages aux revenus les plus bas risquent de se voir d’un coup refuser l’accès au crédit et assécher les liquidités de l’ensemble du système financier américain si d’autres fonds connaissaient d’autres mésaventures du type de ceux de Bear Stearns. Cela obligerait le gouvernement américain et la FED à intervenir vigoureusement en baissant substantiellement ses taux d’intérêts. Y sont-ils disposés rien n’est moins sûr d’autant que le dollar ne cesse déjà de chuter.
Sommes-nous à l’aube d’un crash boursier majeur comme celui-ci survenu en 1929 ? Je ne suis pas en mesure de l’affirmer mais ce qui est acquis c’est qu’une économie fonctionnant sous la répétition de la formation et de l’éclatement de bulles boursières finit par connaître un méga crash. Il est temps de reposer sérieusement la question de la lutte contre la financiarisation de l’économie et du comportement rentier qu’elle génère.
Il est temps de relire Marx et son chapitre du livre III du Capital sur le Capital fictif. Il est temps de relire Keynes et d’en tirer à nouveau les conclusions qui s’imposent. Toutes mes excuses aux libéraux et sociaux libéraux de tout poil, ce sont eux qui ont actuellement un sérieux et dangereux train de retard.
Posted by Benoit Hamon on janvier 22, 2008 at 11:47 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Le "plan banlieue" de Fadela Amara est-il innovant ?
Benoît Hamon sur BFM TV 1
Vidéo envoyée par Nouveau-PS
Débat entre Benoît Hamon, Eurodéputé socialiste et Jérôme Chartier, Député UMP du Val d'Oise, sur le plan banlieue de Fadela Amara.
Posted by Benoit Hamon on janvier 22, 2008 at 11:34 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack
«Un mélange de laisser- faire et d’incompétence»
Je vous recommande la lecture de l'interview de Michel Aglietta parue ce jour dans Libération à propos des prolongements de la crise des subprimes.
Que raconte ce «lundi noir» ?
L’approfondissement d’une crise, extrêmement grave, à l’intérieur du système financier. Et en dehors. D’abord, la contagion de la crise financière se fait de marché à marché. Les crédits immobiliers alloués hors système bancaire dans des structures elles-mêmes endettées, comme les hedge funds, n’arrivent plus à se refinancer. Et vendent, en détresse, leurs actifs liquides (comme des actions), alimentant la spirale baissière. Ensuite, la communauté financière mondiale connaît une perte de confiance généralisée dans le système américain. Elle le pensait immunisé, jurait qu’il pouvait s’endetter indéfiniment. Mais le mélange de laisser-faire, d’incompétence et de sous-évaluation du risque l’a ramenée à la réalité.
La suite : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/305388.FR.php
Posted by Benoit Hamon on janvier 22, 2008 at 11:33 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
20/01/2008
Forum les socialistes et l'individu
J’ai choisi d’évoquer la question du rapport des socialistes à l’individu en restant dans l’actualité des déclarations récentes du chef de l’Etat sur sa vision du partage des rôles entre le curé et l’instituteur.
Dans cette déclaration de Nicolas Sarkozy au Vatican, se noue la conviction intime du chef de l’Etat sur les rôles respectifs de la République et de la religion, plus précisément sur le champ que la République doit céder aux Eglises. Je vous la remémore : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance».
Nicolas Sarkozy affirme dans cette phrase deux hiérarchies. La première explicite, dit la supériorité du spirituel sur le temporel, la supériorité du représentant de Dieu sur celui des hommes et de leurs préférences collectives, l‘instituteur.
La seconde est plus implicite. Elle affirme une hiérarchie entre les religions monothéistes et le primat de la chrétienté sinon pourquoi ne pas avoir cité l’imam ou le rabbin après le curé et le pasteur.
Dans une époque où les repères manquent, où il apparait plus difficile qu’hier de hiérarchiser et de départager l’essentiel et le secondaire, en cet instant où nous remettons ensemble l’ouvrage sur le métier, les socialistes doivent affirmer avec force et résolution, sans timidité ni frilosité, leur vision de l’homme - plutôt que de l’individu - et des moyens qu’ils envisagent pour participer et permettre son épanouissement et son émancipation.
Il y a fondamentalement deux façons d’envisager la question des rapports qu’entretiennent les hommes les uns avec les autres et des principes et valeurs qui les sous-tendent.
Seule l’une d’entre elles relève du politique.
Une première approche est totalisante. Cette approche ne départage pas forcément le croyant du non croyant. Elle procède simplement d’une vision figée et absolue du monde, et veut que toutes les questions, et en particulier la question du bien et du mal, doivent nécessairement avoir une réponse et une seule (les autres étant forcément fausses), et que l’ensemble de des réponses aux questions sont compatibles, nous éclairant par là sur « la vérité » ultime. Ces réponses procèdent d’une forme de transcendance. Comme personne n’a en fait jamais eu la chance de faire l’expérience d’une telle perfection systémique, il ne reste à ses thuriféraires que l’espérance qu’elle existe bel et bien au-delà du voile des apparences. Et que survienne une contestation, leur reste alors la radicalité (et la violence ?) du sacrifice pour forcer la croyance en sa réalité et son avènement futur : on est prêt à tout et plus rien n’a de coût quand on est sûr de contribuer à réaliser la vérité.
Une seconde approche admet qu’à la plupart des questions, en particulier éthiques, on peut apporter des réponses différentes, et qu’elles ne sont pas forcément compatibles entre elles. Les socialistes s’inscrivent dans cette tradition philosophique, morale, éthique. Deux morales peuvent être incompatibles et la vie est ainsi faite qu’il n’existe aucun critère supérieur qui permette de les départager. Cette approche ne débouche pas pour autant sur un relativisme absolu ou le conflit, mais envisage plutôt un monde pluriel, un monde fait de « diversité » pour reprendre un terme cher au Président. Tout en restant rationnels et capables de se comprendre les uns les autres, les hommes peuvent avoir développé des systèmes de valeurs différents puisque les mêmes questions peuvent appeler des réponses différentes et non moins valables. Ce qui caractérise l’homme est alors l’obligation de choisir. C’est vrai au niveau individuel (Camus affirmait qu’entre « la justice ou ma mère, je choisis ma mère », En effet que choisir et existe-t-il une réponse qui relève davantage du bien qu’une autre ?) l’obligation de choisir est aussi indispensable au niveau collectif (arbitrage égalité/liberté par exemple).
Nous sommes donc condamnés à choisir en définissant et en réorientant continuellement des priorités, qui ne seront jamais définitives ni absolues. Là réside la nécessité de la politique. Et comment choisit-on ? Sur la base d’intimes convictions et de valeurs qui peuvent certes avoir été transmises via un système de croyances, mais avant tout sur la base d’un ’échange, d’un dialogue raisonné, pour arriver à déterminer au mieux les modalités du vivre ensemble.
Cette pratique exige qu’on se donne les outils de l’échange. Et c’est là que nous retrouvons l’instituteur. L’instituteur est un des maillons de la chaîne de fabrique et de transmission de ces outils. (Tout comme la presse, la culture, etc.).
Et c’est précisément ce que le Président de la République remet de facto en cause. L’instituteur n’apprend pas bien vs. mal « dans l’absolu », mais donne à ses élèves des outils pour qu’ils apprennent, en situation et non de façon définitive et abstraite, à concilier des aspirations, des principes … qui peuvent entrer en contradiction. Et s’il enseigne ce qui est bien ou mal, c’est par rapport aux valeurs centrales du système républicain qui sont les valeurs de liberté – de penser et d’agir ; d’égalité ; de respect, de laïcité, etc.
Nicolas Sarkozy en affirmant la supériorité de l’engagement du prêtre, « par la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance », outre qu’il fait l’éloge du kamikaze, outre qu’il ignore l’engagement et l’espérance que les enseignants sont souvent seuls à incarner et entretenir dans les quartiers les plus difficiles, il dilapide l’héritage des Lumières et escamote l’aspiration de la République à présider l’émancipation et la destinée des hommes.
A cet instant, notre rassemblement doit affirmer que la place des socialistes est aux côtés de ceux qui dans le respect des croyances et des préférences spirituelles, enseignent le libre arbitre et bâtissent ainsi tous les jours, les conditions du vivre ensemble.
Posted by Benoit Hamon on janvier 20, 2008 at 08:34 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (9) | TrackBack
15/01/2008
Benoit Hamon invité de I>Télé
Benoit Hamon invité de I>Télé
Vidéo envoyée par Nouveau-PS
Le 15 janvier, Benoît Hamon était l'invité de la matinale de I>Télé.
Posted by Benoit Hamon on janvier 15, 2008 at 11:50 AM dans Médias | Permalink | Commentaires (18) | TrackBack
13/01/2008
Sur I télé
Posted by Benoit Hamon on janvier 13, 2008 at 07:57 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack
08/01/2008
Conférence de presse de Nicolas Sarkozy
Du discours et des actes…
A l’occasion de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a implicitement reconnu l’échec de sa politique menée depuis maintenant 8 mois en développant un discours totalement à rebours de l’ensemble des politiques menées par le gouvernement de François Fillon. Sarkozy 2008 propose la rupture avec Sarkozy 2007.
En inscrivant sa politique en 2008 sous le chapeau d’une politique de civilisation, il prétend promouvoir un modèle de développement fondé sur une qualité de la vie qui ne se résume pas à la quantité de bien consommés.
C’est une inspiration judicieuse au moment où le pouvoir d’achat des français est en berne et que Nicolas Sarkozy annonce tout de go, la fin des 35 heures et en réalité la fin de la durée légale hebdomadaire de travail, le statu quo sur les salaires et l’augmentation prochaine de la TVA débaptisée de son qualificatif de « sociale ».
Au sujet de l’avenir de l’audiovisuel public,
Il faut bien sûr financer le service public audiovisuel par des fonds exclusivement publics et la création d’une taxe sur les recettes publicitaires du privé est une proposition qui figurait dans le projet des socialistes en 2007. Nicolas Sarkozy ne la complète pourtant pas de son corrolaire indispensable : la limitation de capital dans les groupres de l’audiovisuel privé. La conséquence immédiate de cette annonce est la valorisation du capital des grands groupes audiovisuels privés dont l’action s’envole depuis 10h30 ce matin. (Je vous renvoie à ce que j'écrivais sur le sujet en décembre 2004 dans le livre "au coeur de la gauche" publié aux éditions du Bord de l'Eau, également rapporté sur ce site dans un papier publié le 17 décembre et intitulé "médias : résistance ou soumission").
Enfin, il est dur d’entendre que tricher à une élection ne constitue plus aux yeux de la France une raison de protester. Poutine a triché mais le blesser inutilement en le lui rappelant est hypocrite parce qu’on négociera le lendemain à la même table que lui. Les dirigeants du monde entiers sont hypocrites sauf Nicolas Sarkozy. C’est ignorer que Poutine dépend davantage de nous et l’économie russe davantage de l’Union Européenne que l’inverse (7% des exportations de l’UE vont vers la Russie alors que la Russie dépend de l’UE pour 52% de ses exportations). C’est céder au chantage de la Russie et au passage chercher à conquérir une forme de leadership européen aux yeux des russes, en passant par pertes et profits , démocratie et droits de l’Homme.
De 2007 à 2008, au delà des mots, c’est toujours un Président sans scrupule qui gouverne.
Posted by Benoit Hamon on janvier 8, 2008 at 03:11 PM dans Opinions | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack
05/01/2008
Raymond Forni
Je viens d’apprendre le décès de Raymond Forni.
Voilà un tempérament et une intelligence qui manqueront à sa région, la Franche Comté, à la France et à la gauche.
Je l’avais rarement croisé depuis qu’il avait quitté la présidence de l’Assemblée Nationale pour se consacrer à sa région. Je ne suis pas très à l’aise avec les hommages posthumes mais ce matin je veux dire que j’ai toujours été impressionné par l’éclat de l’intelligence, l’autorité des paroles et la grande culture de Raymond Forni. Il parlait toujours juste. Sa voix manque déjà.
Mes pensées vont aux siens et à tous les amis et militants Franc-comtois qui pleurent sa disparition.
Posted by Benoit Hamon on janvier 5, 2008 at 11:16 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack
04/01/2008
Interview LCI
J'étais ce matin l'invité de Christophe Barbier sur LCI. http://tf1.lci.fr/infos/podcast/invite_barbier/0,,3672510,00-benoit-hamon-est-invite-christophe-barbier-.html
Posted by Benoit Hamon on janvier 4, 2008 at 06:51 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (52) | TrackBack
Nicolas Sarkozy et "le bien et le mal"
Je reproduis ici une interview de Christian Terras par Karl Laske parue sur Libé.fr.
Dans une analyse du discours et de « l’adoubement » du président français au Vatican, Christian Terras, directeur de la revue Golias, estime que « Sarkozy réimplante quelque chose qu’on croyait d’un autre âge ». « Même s’il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905 », explique-t-il. Décryptant les emprunts idéologiques à Le Pen et Maurras, il estime que Sarkozy est porteur d'une «vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde». Christian Terras est l’auteur de Benoit XVI ; le pape intransigeant (2005), L’opus Dei, une église dans l’église (2006), Le retour des intégristes (2007) aux éditions Golias. Il dirige le site golias.fr et l’hebdomadaire Golias, dont un numéro consacré au discours de Sarkozy au Vatican doit paraitre jeudi 3 janvier.
Dans le prochain numéro de Golias, vous analysez la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican. Vous l’avez intitulé «Le sermon du Chanoine Sarkozy: catholique et français toujours?»…
Christian Terras. « "Catholique et français toujours" c’est une vieille rengaine qu’on reprenait dans les églises autrefois. La marque, proprement ahurissante, du discours de Nicolas Sarkozy, c’est de ne pas parler au nom de tous les français, mais à partir d’une vision catholique très traditionnelle qu’il assume comme la sienne et celle de l’Etat français. Dans ce discours à l’église, il ne tient aucun compte des apports spirituels, humanistes, culturels non seulement des religions non catholiques, mais des religions chrétiennes – comme la réforme -, sans parler des agnostiques et des athées. Il estime du reste que l’aspiration spirituelle qui est en tout homme ne trouve sa réalisation que dans la religion. C’est donc d’entrée de jeu un parti pris, sur la base d’une sensibilité, d’une vision catholique que l’on peut qualifier de traditionaliste qu’il présente comme celle de la France. Il met aussi gravement en cause l’exercice laïc de la fonction présidentielle puisqu’il identifie son engagement politique à une vocation sacerdotale. Pour parfaire son identification personnelle aux ministres de droit divin, il est allé jusqu’à dire «sachez que nous avons au moins une chose en commun, c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié on l’est dans toutes les dimensions de sa vie, croyez bien qu’on n’est pas Président de la République à moitié, je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi même, je sais ce que j’ai fait pour réaliser à la mienne». C’est à mes yeux incroyable. La réalisation de sa mission politique, les sacrifices personnels qu’il évoquait durant la campagne électorale, sont dans le droit fil d’une vocation sacerdotale.
On a beaucoup remarqué les signes donnés au Vatican – le baise main au pape, l’allusion au baptême de Clovis…
Il donne des signes de ce qu’on appelait autrefois la chrétienté. Il s’est mis au passage à l’égal du Pape. Quand il dit «comme Benoît XVI je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique religieux spirituel de son histoire commet un crime», ou encore «je partage l’avis du pape quand il considère que l’espérance est une des questions les plus importantes de notre temps»… Non content d’être le premier personnage de la France, il se met à égalité avec le premier personnage de l’église catholique romaine. Ca va très loin puisqu’il se permet de souffrir avec ceux qui ont souffert ou qui souffrent encore des lois de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, dont il est théoriquement le gardien! Il dit «je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoqué en France chez les catholiques, les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905»… Dans une espèce d’exhortation urbi et orbi, il va aller jusqu’à pâtir avec les séminaristes du séminaire français comme jamais il ne l’a fait avec aucun sans papier ou autre insignifiant du pays. Il dit aux séminaristes «Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement ou la solitude. Je sais aussi que la qualité de votre formation, la fidélité au sacrement, la lecture de la bible et de la prière vous permettent de surmonter ces épreuves»...
C’est le premier chef d’Etat français qui prend cette position…
Absolument. Dans la tradition radicale socialiste, Chirac qui était un président de droite restait frappé du bon sens de la culture traditionnelle laïque française. Même de Gaulle qui était un catholique très pratiquant ne s’était jamais risqué avec les autorités pontificales romaines ou autres autorités hexagonales à un tel mélange de genre. Jamais. De Gaulle refusait de communier par exemple parce qu’il incarnait la France dans toutes ses composantes et qu’il ne pouvait pas donner un signe ostentatoire d’adhésion à une philosophie à un credo, fusse-t-il catholique, à la nation. Il le faisait en privé. Alors que Sarkozy s’exhibe. Tout en revendiquant, dans le même discours, «la liberté ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires». Il fait allusion à l’islam et au voile islamique. Mais on pourrait se poser des questions sur ses pratiques ostentatoires présidentielles et sa vision sur la religion. Le sommet, c’est la concurrence entre l’instituteur et le curé. Je cite: «dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance». C’est inimaginable d’entendre ça dans la bouche d’un président de la République. Les enseignants, les pédagos de la laïque, engagés dans les écoles difficiles par exemple dans la banlieue où ils donnent de leur vie, de leur temps, de leur exigence familiale, vont apprécier. C’est un discours qu’il n’a pas écrit. Pas plus qu'Henri Guaino. D’après notre enquête, c’est un dominicain qui s’appelle Philippe Verlin. Il pose une vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde. Au final, Nicolas Sarkozy nous en fait une religion à l’américaine. Les communautés avant la citoyenneté, au risque de favoriser le communautarisme.»
Est-ce que ce positionnement est lisible dans le parcours de Sarkozy?
Sarkozy n’est pas un intellectuel, c’est un pragmatique. Et sur la question religieuse, il en est à la religion de son enfance. Il n’y a pas d’évolution dans son intelligence de la foi par rapport à ce qu’on lui a transmis quand il était jeune. Il a sa propre géopolitique religieuse. Pour lui une société qui n’est pas référencée dans le sens ultime du christianisme et du catholicisme, c’est une société qui court à sa perte. Dans son livre sur la religion l’espérance et la république, c’est idéologiquement chevillé au cœur, c’est la conviction que la République ne peut pas avoir un sens ultime pour la cohésion sociale.
L’incursion de la religion en politique évoque beaucoup l’utilisation du catholicisme par Le Pen dans ses meetings…
Sans faire référence au décalogue, c’est la même chose. C’est Le Pen en plus soft. Mais cela rappelle historiquement Charles Maurras. Maurras ne croyait pas, mais il trouvait dans l’église catholique le système parachevé qui pouvait permettre à un Etat de trouver le sens de sa destinée sur terre, par rapport aux missions de Dieu, pour que les responsables politiques puissent vivre en bonne intelligence. Pour moi, Sarkozy emprunte au système maurassien. De l’utilité du système ecclésiastique pour cimenter la cohésion sociale. Je vous donne, je vous délègue, je décentralise la question du sens et cela me permet de gérer les affaires en fonction de mon programme politique. Cela veut dire aussi j’abdique ce que la République en elle même porte comme sens. La dangerosité de ce discours, c’est quelque chose qui est passé complètement sous silence pendant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy ne pouvait engager un débat sur la laïcité au moment des élections: cela mettait le feu aux poudres. Il ne peut le faire qu’en le distillant. C’est sa conception de la laïcité. Même s’il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905. C’est la première fois sous la cinquième République qu’un Président de la République écrit au pape - qui l’avait félicité pour son élection -, une lettre de quatre pages pour lui donner son programme politique à la lumière de l’éclairage de l’église et du sens spirituel. D’habitude les présidents font dix lignes.
Au sein du RPR ou de l’UMP, le discours religieux n’avait aucune place jusqu’à présent…
Sarkozy réimplante quelque chose qu’on croyait d’un autre âge. C’est sa propre vision des choses mais c’est aussi l’aspiration d’un certain nombre de catholiques de droite. Même dans un journal comme La Croix, qui conserve un certain pluralisme, on n’a pas trouvé une critique, ni même l’écho d’une critique du discours de Sarkozy. Parce que dans l’église catholique, ce discours porte. Il scelle une espèce de pacte avec les catholiques français de droite. Sarkozy met le curseur sur la religion majoritaire. Il leur promet ses faveurs. Et bien sûr, il attend un retour d’ascenseur. Il leur parle de «participer à la pacification» de l’hexagone. Il leur dit «Je vous soutiendrais pour participer au débat et à la mise en œuvre des lois sur la bio éthique». Et il espère un soutien pour «son grand dessein de la Méditerranée» qui rencontre l’intérêt du Saint Siège par exemple. Rien n’est gratuit. Ce n’est pas uniquement convictionnel. C’est aussi pour obtenir des cathos une alliance et une mobilisation sur les sujets sensibles. Dans certains sites cathos, non pas intégristes mais traditionalistes, Nicolas Sarkozy est présenté comme le personnage providentiel dont la France chrétienne avait besoin. A travers ce discours au Latran, il est perçu comme celui qui sur le plan sociétal et civilisationnel, va faire se rencontrer la République et l’Eglise. On n’est pas dans la théocratie, mais je crains qu’on ne s’oriente à terme à une remise en cause inquiétante de la laïcité française.
Quelle importance accordaient les autres présidents français au titre de chanoine de Latran?
L’insignifiance totale pour les précédents. Par contre, avec l’accueil du cardinal Vicaire de Rome Camillo Ruini à la basilique de Latran, Nicolas Sarkozy s’est glissé dans le lit du corps ecclésiastique. Comme chanoine de Saint-Jean-de-Latran, il a même remercié le cardinal Ruini de le recevoir en son chapitre – c’est la communauté des chanoines, le chapitre. En son chapitre! Il prend possession de Saint-Jean-de-Latran, compte tenu de ce que ce rite désuet lui donne symboliquement comme fonction. Mais de ce rite désuet et symbolique, il en tire un argument politique. Monseigneur Ruini, je vous reçois chez moi à Latran. Et chez moi, à Saint-Jean-de-Latran, je vais vous parler, au sein de mon chapitre, et je vais vous donner mon programme, sur les rapports entre la religion, la politique et l’espérance. Et ça c’est très fort, parce qu’il politise un symbole. Par cette solennité, cette prise de possession des lieux, il en a fait un adoubement. Avec Sarkozy, on a un président qui est missionné presque mystiquement aujourd’hui. La réaction des cardinaux présents montraient qu’il était adoubé pour être pour le Vatican l’un des grands hommes d’Etat de la planète qui portera les valeurs du catholicisme. Cet adoubement là n’a jamais eu lieu avec les autres présidents de la République.
Propos recueillis par Karl Laske
Posted by Benoit Hamon on janvier 4, 2008 at 09:26 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack