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22/01/2008

Chute des places boursières

Je mets en ligne cette contribution de Pascal Cherki, publiée sur son blog le 15 janvier à propos des caractéristiques de la crise actuelle des marchés financiers. Une semaine plus tard, les nuages sont plus nombreux encore.

Cherki_thumbnail_2Les indices des principales bourses mondiales chutent ce mardi 15 janvier 2008 redoutant une récession aux Etats-Unis. L’indice Dow Jones a perdu en deux jours l’ensemble de ses gains annuel de 2007. Cette situation fait dire à Alan Greenspan - ancien président de la FED (la banque centrale américaine) - que si l’économie américaine n’était pas encore entrée en récession "tous les symptômes sont là". En juillet 2007 sur son blog notre camarade Pascal Cherki analysait déjà la situation créée par les subprimes aux Etats-Unis et les mécanismes qui nous conduisaient vers une crise majeure. A l’heure de la crise nous vous proposons la relecture de cette analyse d’une ardente actualité.

L’économie américaine est-elle à la veille d’une crise majeure d’une ampleur comparable à celle qu’elle a connue en 1929 ? La question est moins iconoclaste qu’il y paraît à première vue.

Tout d’abord, il n’est pas interdit de se souvenir que le crash de 1929 avait été précédé d’une période d’euphorie spéculative boursière sur les nouvelles technologies de l’époque qu’étaient l’automobile, les nouveaux médias de communications comme la radio ou le cinéma. Bien sûr les leçons de la crise de 1929 ont été partiellement retenues. Notamment la faute commise par le gouvernement américain qui avait plongé le pays dans la récession par une politique monétaire restrictive qui avait asséché l’offre de crédit et amplifié la crise bancaire.

C’est pourquoi quand en 1998 le fond LTCM avait été acculé à la faillite après avoir perdu 5 milliards de dollars dans une spéculation hasardeuse menaçant la stabilité de Wall Street, le gouvernement américain était intervenu pour convaincre les 15 principales banques américaines de le recapitaliser.

C’est pourquoi surtout, lors de l’éclatement de la bulle internet en 2000, les autorités monétaires avaient inondé l’économie américaine des liquidités nécessaires au prix il est vrai d’un creusement sans précédent de leur déficit budgétaire.

Néanmoins la FED en avait tiré comme conclusion que le mieux à faire lors de la formation d’une bulle était de ne rien faire et de la laisser éclater et après que le mieux encore était de laisser voir venir. Ce fut l’objet d’un discours retentissant d’Allan Greenspan en 2002 quand il exerçait les responsabilités de Prédisent de la Réserve fédérale américaine. Aussi la plupart des analystes financiers et des apôtres de la financiarisation de l’économie étaient ressortis rassurés de la gestion de l’éclatement de la bulle internet.

Depuis lors la spéculation est repartie de plus belle. Pourtant de trop rares voix se sont élevés pour s’inquiéter de la formation d’une bulle plus puissante et beaucoup plus dangereuse, la bulle immobilière. Et certains de prédire que son éclatement serait beaucoup plus difficile à régler que la bulle internet. En effet, la bulle internet avait éclaté sur un marché segmenté, celui des nouvelles technologies et dont la croissance industrielle n’en est qu’à ses débuts.

Selon une analyse empruntée à la fois à Kondratieff et Schumpeter, nous ne serions qu’au commencement d’une nouvelle révolution industrielle dont le pic devrait se situer aux alentours années 2040-2050. L’éclatement de la bulle serait donc intervenue au début d’un processus de diffusion de ces nouvelles technologies dans la sphère de la production et donc n’aurait finalement fait que corriger un mécanisme spéculatif issu d’une anticipation trop exagérée des potentialités de croissance des entreprises de ce secteur. Un simple mécanisme correctif en quelque sorte, qui plus est de nature à favoriser une concentration des acteurs dans le secteur.

Depuis lors le marché aurait acquis une certaine maturité et serait mieux en mesure d’apprécier à leur juste valeur les potentialités de ce secteur. Rien n’est moins sûr quand on voit les mécanismes boursie rs à l’œuvre dans les entreprises de NTIC et la course haussière que leurs titres ont recommencé à effectuer quelques années après l’éclatement de la bulle. La bulle immobilière est d’une toute autre nature et son éclatement risquerait d’affecter l’ensemble du système financier américain, puis se diffuser au reste des places boursières mondiales et affecterait très fortement l’équilibre instable de l’économie américaine.

Pourquoi ? Tout simplement parce que l’immobilier joue un rôle essentiel dans l’économie américaine connu sous le vocable d’effet de richesse. La croissance durable de l’économie américaine repose principalement sur la consommation des ménages.

Or, aux Etats-Unis, les ménages sont très fortement endettés, le taux d’épargne aux Etats-Unis étant négatif. Cela veut dire que les ménages comme le pays vit à crédit du reste du monde qui fait semblant d’y trouver son compte, les Etats-Unis représentant encore le principal débouché commercial de leurs exportations. Pour que la consommation des ménages ne diminue pas, il faut donc qu’ils aient un accès constant à un crédit et un crédit bon marché de surcroît.

Or, les prêts que sollicitent des ménages américains endettés doivent être garantis.

Or, la garantie la plus recherchée est celle de l’immobilier, du gage hypothécaire sur l’emprunt.

Or, l’immobilier ne cessant de monter les ménages, par anticipation d’une hausse régulière de leurs biens immobiliers, n’hésitent pas à s’endetter auprès de banques disposées à leur prêter. C’est ce qu’on nomme l’effet de richesse.

Or, que se passe-t-il actuellement ? La bulle spéculative immobilière américaine qui a démesurément grossie est menacée d’éclatement. Récemment deux fonds dépendants de la banque d’investissement Bear Stearns ont cessé leur activité en affichant des pertes cumulées d’un montant d’un milliard de dollars. La fébrilité et le doute commence à gagner les marchés financiers puisque l’agence de notation Standard and Poor’s vient d’annoncer qu’elle envisageait de baisser la notation de 612 obligations émises par des banques et adossées à des prêts immobiliers souscrits par les ménages plus endettés, les fameux « subprime ». Il n’en faut pas plus pour que l’inquiétude commence à gagner les marchés financiers d’autant que les chiffes commencent à circuler.

Ainsi Mathilde Lemoine, Directrice des études économiques à Hong Kong Shanghai Banking Corporation France, évaluait ce jour dans les Echos les subprime à 14% du marché américain des emprunts hypothécaires d’un montant total de 10 000 milliards de dollars. Et d’ajouter qu’à ce jour au moins 20% de ces subprime risquaient d’être mis en défaut d’ici à la fin de l’année soit un montant astronomique de 300 milliards de dollars qui représente 60 fois le mentant des pertes du fonds LTCM.

Du coup un risque de contagion de la crise existe parce que les ménages aux revenus les plus bas risquent de se voir d’un coup refuser l’accès au crédit et assécher les liquidités de l’ensemble du système financier américain si d’autres fonds connaissaient d’autres mésaventures du type de ceux de Bear Stearns. Cela obligerait le gouvernement américain et la FED à intervenir vigoureusement en baissant substantiellement ses taux d’intérêts. Y sont-ils disposés rien n’est moins sûr d’autant que le dollar ne cesse déjà de chuter.

Sommes-nous à l’aube d’un crash boursier majeur comme celui-ci survenu en 1929 ? Je ne suis pas en mesure de l’affirmer mais ce qui est acquis c’est qu’une économie fonctionnant sous la répétition de la formation et de l’éclatement de bulles boursières finit par connaître un méga crash. Il est temps de reposer sérieusement la question de la lutte contre la financiarisation de l’économie et du comportement rentier qu’elle génère.

Il est temps de relire Marx et son chapitre du livre III du Capital sur le Capital fictif. Il est temps de relire Keynes et d’en tirer à nouveau les conclusions qui s’imposent. Toutes mes excuses aux libéraux et sociaux libéraux de tout poil, ce sont eux qui ont actuellement un sérieux et dangereux train de retard.

Posted by Benoit Hamon on janvier 22, 2008 at 11:47 AM dans Témoignages | Permalink

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