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05/09/2007

Crise financière

Pp_064Saluez ce député conservateur espagnol! Il s'appelle Cristobal Montoro Romero. Il est un des quatre députés du PPE (conservateurs) qui ont assisté au débat sur la crise financière qui a eu lieu cet après midi en séance plénière. C'est mon collègue Alain Lipietz, qui me faisait remarquer la sociologie frappante de l'hémicycle à l'occasion de ces débats. A gauche, une cinquantaine d'élus européens, à droite une poignée d'élus conservateurs et libéraux. Pour les premiers cette crise financière appelle un commentaire et une réponse politique dés lors qu'elle affecte l'économie réelle et la croissance de l'économie mondiale (-0.1 à 0.2% de croissance en moins en Europe selon l'OCDE), pour les seconds, elle relève du fonctionnement souverain du marché, voire des préoccupations de leur chargé d'affaires peut être...

Il fallait entendre les observations du Commissaire (libéral) Mac Creevy tirant les leçons de cette crise. Il faut, affirmait-il, éduquer les consommateurs vis à vis du crédit. En l'espèce, il faut apprendre aux pauvres à arrêter d'emprunter de l'argent quand ils ne sont pas solvables.

Quelle est la réalité? Cette dernière crise financière est la troisième crise majeure en moins de 10 ans. Elle confirme l'instabilité chronique des marchés financiers. Celle ci, une fois de plus, n'a pas été prévenue.

Aurait-elle pu être évitée?

Les organismes de prêts hypothécaires à risques américains sont les acteurs centraux de cette crise. Pour augmenter leurs profits, ces organismes ont élargi les crédits, qu'ils accordaient jusqu'ici aux ménages à bas revenus mais solvables, à des ménages en grande difficultés financières. En 2006, la moitié des crédits accordés l'ont été sans vérification des revenus. Dés lors la crise était inévitable, puisque les bénéfices étaient réalisés grâce à des prêts qui n'auraient jamais du être accordés.

Ces établissements de crédit qui échappent à la loi bancaire ont été soutenus par leurs banques. Pourtant, celles ci sont contrôlées par leurs conseils d'administration, leurs commissaires aux comptes et les autorités de régulation. Malgré des règles prudentielles strictes, les banques ont continué à prêter de l'argent aux organismes de crédits ou de vendre à leurs clients des produits financiers rémunérateurs adossés à ces crédits hypothécaires. Ces titres appuyés sur le marché des sub-primes ont été massivement achetés par des hedge funds (fonds spéculatifs), dont la particularité est d'être domiciliés dans des paradis fiscaux qui par définition, échappent à toute règlementation.

Voilà pour les acteurs. Où sont les régulateurs sensés contrôler et prévenir les crises? Car, si les conséquences de ces crises ne concernaient que leurs responsables - spéculateurs, banquiers imprudents, investisseurs mal inspirés - cela ne serait somme toute pas un problème très grave. Malheureusement, c'est l'ensemble de l'économie qui doit ensuite payer le prix de ces crises boursières. L'impact de celle-ci sur l'économie européenne sera selon l'OCDE au minimum d'un à deux dixièmes de point de croissance.

Le bilan est cruel, car c'est l'ensemble de la chaine de contrôle et de surveillance qui a été défaillante. Les agences de notation ne sont pas en reste, elles qui ont tardé à allumer les signaux d'alarmes concernant la situation critique des établissements de crédits américains. Les Banques centrales ont joué les pompiers en injectant des liquidités considérables destinées à soulager les marchés. Nous verrons cependant si la Banque centrale européenne, prend la mesure de l'impact de cette crise sur la croissance européenne et interrompra sa politique de hausse des taux qui augmente le loyer de l'argent, affecte les conditions de crédit et pénalise la consommation intérieure.

Revenons à la crise financière. Les règles actuelles ne suffisent plus, car la finance invente sans cesse de nouveaux instruments, qui prennent de vitesse les systèmes régulateurs. En outre, ces systèmes nationaux sont bien souvent dérisoires face à des marchés financiers mondiaux, menacés en permanence par les déséquilibres macroéconomiques, et rendus opaques grâce aux trous noirs des centres offs shore.

Ce qui est en jeu est considérable, il s'agit de trouver les moyens de contrôler plus sérieusement la logique actuelle des marchés financiers. Elle les porte à se concentrer successivement sur certains actifs : bourse, immobiliers, matières premières selon un processus très clairement expliqué par Michel Aglietta dans une interview au Monde : "Souvent les actifs élus par la spéculation sont ceux qui bénéficient d'innovations. Les opérateurs pensent qu'ils vont s'apprécier, lèvent avec facilité des fonds considérables pour les acheter et, en conséquence, les prix, en effet, montent. C'est un processus auto renforçant puisque les prix plus élevés permettent de réapprécier les risques à la baisse et donc d'emprunter encore plus pour acquérir encore plus. Ce processus qui lie l'expansion du crédit et la hausse du prix des actifs est caractéristique du capitalisme financier actuel, libéralisé et mondialisé. On passe de bulle en bulle puisque ce système n'est doté d'aucun frein interne. Il faudrait que des investisseurs, avec une vision de long terme, disent : "Stop, les prix ont perdu tout rapport avec les valeurs fondamentales", et revendent alors que les prix montent encore. Mais aucun des gestionnaires de fonds ne raisonne ainsi. Tous sont mobilisés sur des profits à trois mois et leurs rémunérations au bonus les poussent simultanément dans le même sens. Les banques se sont converties, elles aussi, à évaluer leurs risques en se référant soit aux agences de notations, soit à des modèles internes, mais de toute façon calés sur les valeurs de marché. Résultat : pas de mécanisme stabilisateur. C'est l'organisation même de la finance moderne qui cause les bulles successives." Jusqu'au Krach...

La compréhension de ce système et les leçons de cette crise commandent de renforcer sérieusement l'encadrement et la transparence des marchés financiers. Elle rappelle aussi la nécessité d'une action résolue pour lutter contre les paradis fiscaux. Elle rappelle enfin l'urgence d'une réforme de l'action du FMI, pour progressivement mettre un terme notamment à la spirale infernale de l'endettement américain financé par des exportateurs asiatiques à la monnaie dévaluée.

Posted by Benoit Hamon on septembre 5, 2007 at 07:36 PM dans Interventions au parlement | Permalink | Commentaires (45) | TrackBack

Le jeu de l'ego

Rénovation oblige, l'été fut fécond en focus sur la "génération montante socialiste". Je n'ai jusqu'ici pas souhaité publier ces portraits. Mais là, je ne résiste pas à diffuser le papier du Canard Enchainé de ce jour. Ce remarquable "exercice croisé" qui m'unit à Manuel Valls, nous livre à l'indignation vertueuse d'un journaliste. Remarquablement sourcé, drôle, sans méchanceté gratuite et surtout subtil et précis, j'y apparais dans la nudité de mes ambitions et de mes convictions (pour le peu qu'il me reste)... Pour ceux que cette lecture ravira, qu'ils le sachent quand même : pour Manuel je ne sais pas, mais moi en vrai, je suis bien pire.

Téléchargement canard.pdf

Posted by Benoit Hamon on septembre 5, 2007 at 05:32 PM dans Off | Permalink | Commentaires (31) | TrackBack