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30/04/2007

Sarko/Thatcher

MinersL’Humanité demande depuis une semaine à plusieurs responsables politiques, syndicaux associatifs, artistes, intellectuels de dire les raisons pour ne pas voter Sarkozy dimanche prochain. J’ai choisi d’évoquer l’agenda social promis par Nicolas Sarkozy.

« Nicolas Sarkozy élu, commencerait une véritable entreprise de démantèlement des droits sociaux. Nicolas Sarkozy ne le cache d’ailleurs pas, lui qui prétend achever son agenda social dés les premiers mois de son mandat selon la même stratégie que Margaret Thatcher : attaquer vite et fort, tordre les résistances sociales, affaiblir et soumettre durablement le front syndical.

A cet agenda figure trois réformes emblématiques, la restriction du droit de grève, l’allongement de la durée du travail et la remise en cause du contrat à durée indéterminée.

La remise en cause du droit de grève. Nicolas Sarkozy veut soulager « les salariés qui travaillent » des prises d’otage à répétition dont ils sont l’objet par les salariés qui « usent et abusent du droit de grève ». Dans un même souffle, Sarkozy se dit favorable au droit individuel de faire grève mais s’élève cependant contre conséquences de l’exercice collectif de ce droit. Cela justifie à ses yeux la création d’un service minimum dans les services publics. On mesure ici tout le cynisme du discours de Sarkozy, car où que ma mémoire me porte, je peine à trouver l’exemple d’un salarié ayant obtenu gain de cause en faisant grève tout seul. La valeur du droit de grève tient justement dans la capacité des salariés à décider de cesser le travail ensemble pour obtenir justice de ce qu’ils n’ont pas obtenu par la négociation. Nicolas Sarkozy sait parfaitement les conséquences d’une telle mesure par la brèche qu’elle ouvre dans les moyens dont disposent les salariés pour se défendre. La méthode annoncée est d’ailleurs aussi brutale que les objectifs recherchés. Il annonce une négociation en septembre sur le service minimum, mais prend soin d‘ajouter qu’en cas d’échec, le Parlement légifèrera dés décembre. Même s’il est légitime aujourd’hui de vouloir renforcer la négociation collective pour soulager les salariés du recours systématique à la grève, l’instauration de ce service minimum, de gré ou de force, est une restriction fondamentale du droit de grève.

L’exonération des heures supplémentaires. Sarkozy répond à la demande de pouvoir d’achat des français par la proposition de travailler plus pour gagner plus. L’imposture est magistrale. Il n’y a d’abord aucune liberté conquise par les salariés dans une telle mesure car la décision du recours aux heures supplémentaire appartient à l’employeur et pas au salarié. On pourra donc demain toujours vouloir travailler plus sans pour autant que les commandes de l’entreprise le permettent ou que l’employeur vous accorde ce « privilège ». Pour favoriser ce recours aux heures supplémentaires, celles-ci seraient exonérées à la fois de cotisations et d'impôt sur le revenu. D'où une baisse de leur coût pour les entreprises qui dés lors répondront à toute nouvelle demande de travail par une hausse de la durée hebdomadaire de travail plutôt que par des embauches. Face à toute nouvelle amélioration du carnet de commande, les entreprises seront incitées à arbitrer au détriment de l’emploi. Enfin cette mesure est un puissant encouragement à la modération  salariale étant donné que l’employeur, en raison du prix inférieur de l’heure supplémentaire par rapport à l’heure légale, a intérêt à adosser toute hausse de la rémunération de ses salariés sur l’augmentation du temps de travail plutôt que sur celle des salaires de base.

Le contrat de travail unique. C’est l’autre grande proposition de Nicolas Sarkozy qui propose tout simplement d’en finir avec le CDI pour instaurer un contrat de travail unique dont le principe tient en une seule phrase : assouplir les conditions dans lesquelles l’employeur et le salarié peuvent mettre fin à leur collaboration. Encouragé par les institutions européennes à améliorer la flexibilité du marché du travail, Nicolas Sarkozy entend appliquer à la France une mesure qui favorise l’allongement de la période d’essai et facilite les conditions de rupture du contrat.

La somme de ces réformes nous rapproche du moment où en France comme en Angleterre aujourd’hui, un salarié pourra renoncer « librement » à ses droits  au moment de la signature du contrat de travail pour permettre ainsi à l’employeur de déroger aux obligations du droit commun. C’est ce que permet la clause « d’opt out » prévue dans la directive européenne temps de travail qui autorise un employeur et un salarié à se soustraire à la durée maximale hebdomadaire de travail, en cas de « consentement mutuel ». Quand travailler est parfois si difficile, quand travailler est indispensable pour vivre, chacun mesure la valeur (l’hypocrisie) de ce « consentement mutuel » à l’instant de signer un contrat de travail. Ne consentons donc pas à nous soumettre et battons Sarkozy dimanche. »

Posted by Benoit Hamon on avril 30, 2007 at 06:40 PM dans Témoignages | Permalink

Commentaires

merci

Rédigé par : allez ségo | 30 avr 2007 20:22:54

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