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24/03/2007

Tribune dans l'Humanité

LogohumaLe journal l'Humanité m'a demandé une Tribune (4000 signes) sur le thème : "l'Europe fait elle obstacle aux changements en France?" Thierry Cornillet, député européen UDF, Francis Wurtz député européen PC et président du groupe de la GUE, Alain Hurstel, secrétaire du comité européen Alcatel-Lucent, syndicaliste CFDT et Jean Marie Harribey, économiste et co-président d'ATTAC répondent à la même question dans l'édition de ce samedi du journal de Jean Jaurès.

Ma tribune :

"L’Europe est en crise. Antonio Gramsci définissait la crise comme « la période qui caractérise le moment où le vieux est mort et le neuf hésite à naître ». Au moment où nous fêtons le cinquantième anniversaire du traité de Rome il est temps de nous pencher sur la raison d’être du projet européen...

L’adhésion des peuples est le seul ingrédient indispensable à la construction européenne. C’est pourtant ce soutien qui manque aujourd’hui. Ce qui grandit dans toute l’Europe, c’est le doute à l’égard de la construction européenne, l’incompréhension à l’égard de ses buts, le mécontentement à l’égard de ses politiques. Ce sentiment n’est pas encore majoritaire mais il grandit en raison des choix politiques réalisés au nom de l'Europe. Si ce soutien manque, c’est que la distance entre l’Europe affichée, l’Europe promise et l’Europe vécue ou perçue, s’est creusée.

Pourtant l’Europe peut être le moteur de changements positifs en France et dans tous les Etats membres.

Pour cela, l’Europe doit commencer par bien faire ce pourquoi elle a été créée: assurer la prospérité économique, promouvoir la croissance et l’emploi. Je me concentrerai sur ce point car il est la clé du progrès social.

L’Europe est mise en échec par les orientations macro-économiques mises en œuvre depuis plusieurs années. L'UE qui reste pourtant la première puissance économique mondiale, connaît une croissance moyenne inférieure d’un point à celle des Etats Unis et de 4 à celle de l’Asie sur les 20 dernières années. Il est donc essentiel de reprendre le contrôle des instruments de la politique économique européenne.

Je vois quatre priorités dans ce domaine :

Aujourd’hui la BCE continue au nom de la stabilité des prix à encourager la modération salariale, à recommander une plus grande flexibilité du marché du travail et encore récemment à signaler les conséquences négatives pour l’emploi de l’existence d’un salaire minimum. Simultanément, la politique de « l’euro fort » conduit nos entreprises comme Airbus à être moins compétitives que leurs concurrents qui facturent leur production en dollars. Résultat, on perd de tous les côtés : la modération salariale provoque un ralentissement de la demande intérieure et, parallèlement, la politique des changes entraîne baisse des exportations et pertes d’emplois. Il est donc devenu indispensable de modifier le mandat de la BCE et de renforcer le rôle des gouvernements dans les orientations de changes pour retrouver la maitrise des principaux instruments des politiques macroéconomiques européennes.

Si les Etats de la zone euro voulaient par l’investissement public prendre le relais d’une demande privée défaillante, ils ne le pourraient pas, ou si peu. En effet le pacte de stabilité surveille sévèrement les déficits publics et pénalise les Etats contrevenants. Seconde priorité, il est nécessaire de proposer une réforme durable du pacte qui favorise les dépenses d’avenir (la recherche, l’innovation, l’éducation) qui peuvent creuser provisoirement des déficits mais sont créatrices de richesses à moyen terme.

Mais pour soutenir la croissance en Europe, préparer l’avenir et assurer la solidarité entre les Etats membres, il est aussi indispensable d’augmenter le budget de l'UE. C’est la troisième priorité. Le budget annuel de l'UE équivaut au tiers du budget de la France. C'est risible. Il est donc urgent d’augmenter les moyens de la puissance publique européenne. Cela suppose une modification des Traités qui autorise l’Europe à réaliser des emprunts et à lever l’impôt. La relance du débat institutionnel doit être l’occasion d’exiger ces modifications, absentes du Traité constitutionnel soumis à la ratification des européens.

Enfin, il faut engager l’harmonisation de la fiscalité des entreprises dans la zone euro pour éviter les délocalisations et stopper la pression à la baisse des impôts sur les sociétés créée par la concurrence fiscale. Le dumping fiscal provoque la baisse des recettes publiques et donc la diminution des moyens pour financer les politiques sociales et les services publics à la charge des Etats membres. La France et l'Allemagne peuvent prendre l'initiative d'un mouvement d'harmonisation dans ce secteur.

Voilà quatre priorités pour changer l’orientation des politiques économiques européennes actuelles. Leur mise en oeuvre, même partielle améliorerait sensiblement la situation sociale en Europe.

Ce n’est pas l’Europe qui bloque le progrès, c’est la majorité qui la gouverne. Il revient à la gauche de proposer et de construire une alternative. Au cœur de celle ci, il faut exiger la mise en œuvre d’une nouvelle politique économique européenne.

Posted by Benoit Hamon on mars 24, 2007 at 07:25 PM dans Médias | Permalink

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Commentaires

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Rédigé par : Alcatel | 25 mar 2007 20:45:11

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