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01/03/2007

Stiglitz s'attaque à la citadelle

Img_9993_1Passionnant débat hier au Parlement Européen. Comme chaque année à l'initiative de la commission affaires économique et monétaire du Parlement européen, les parlements nationaux des 27 états membres étaient invités à discuter deux jours durant. Au menu hier et aujourd'hui : "comment améliorer la convergence des économies dans la zone euro ?"

Etaient donc appelés à plancher, pour commencer, plusieurs économistes dont le prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz, sur le modèle de croissance européen. Devaient leur succéder, les architectes de ce modèle, le patron de la BCE, Jean Claude Trichet et le Commissaire en charge des affaires économiques, Joaquin Almunia.

Là où le débat devait être compartimenté et cloisonné, Pervenche Beres, Présidente de la commission improvisa en demandant à Joseph Stiglitz de rester débattre avec Jean Claude Trichet et Joaquin Almunia. Bien lui en a pris !

Le temps annoncé à la grisaille s’est soudain éclairci.

Après les récitations auto satisfaites d'usage de messieurs Trichet et Almunia, sur les mérites incomparables de la politique de stabilité des prix, la nécessité de poursuivre les réformes structurelles et d'amplifier la flexibilité du marché du travail, Stiglitz a pris la parole.

La forme tranchait. L’homme est rond, jovial, souriant et sait combiner rigueur de la démonstration et clarté du discours. En outre, l’homme d’action et de pouvoir qu’il été durant ses années d’économiste en chef de la Banque Mondiale ou de conseiller économique de Bill Clinton n’a rien perdu des qualités de pédagogue appréciées par ses étudiants de l’Université de Columbia.

Le fond a été à la hauteur de la forme. Joseph Stiglitz a rappelé que les gens ne mangeaient pas de "stabilité des prix". Il a rappelé que celle ci comme la politique de concurrence ne sont pas une fin en soi mais qu'il s'agit d'outils ou d'objectifs intermédiaires qui doivent servir les objectifs majeurs que sont la croissance, le plein emploi, le pouvoir d'achat et le bien être des citoyens. Puis il est revenu sur les excès de la politique européenne de libéralisation, sur les dégâts des politiques de privatisation de la protection sociale. Il a rappelé à Jean Claude Trichet cette phrase d'un de ses confrères ancien patron de la banque fédérale américaine à propos de l'indépendance des banque centrale : "le Congrès nous a fait, il peut nous défaire". Il a souligné le caractère politique des décisions liées à la politique de change ou à la définition des objectifs d'inflation.

Bref, son Nobel d'économie sur le dos il est venu rejoindre la liste de ceux que Mrs Trichet ou Almunia observent parfois, tels des hérétiques, dés qu'ils évoquent la nécessité d’une réforme du mandat de la BCE et critiquent les orientations économiques libérales proposées par la Commission.

J'ai eu la chance d'intervenir dans ce débat. J'y ai critiqué l'interprétation restrictive du mandat de la BCE et répété qu'il était éprouvant d'entendre le patron de celle-ci s'opposer systématiquement à toute politique de hausse des salaires dans la zone euro comme il venait deux jours plus tôt de le faire. J’ai relayé la demande de nombreux parlementaires d’une définition de la politique de change par des institutions politiques.

Stiglitz m’avait fait entendre une musique qui m’avait fait oublier le mur d’orgueil des patrons de l’économie européenne. Trichet m’a répliqué en répondant à une question que je n’avais pas posée. En trois phrases, Almunia m’a dit que le mandat de la BCE était le bon, qu’il y avait pas de raison de modifier les règles en matière de contrôle politique de la politique des changes et m’a remercié pour avoir ouvert ce grand débat trop important pour être réglé là, sur la redistribution des fruits de la croissance et la hausse des salaires. Fermez le ban.

Pepite72gJe vous livre cette ultime pépite : Jean Claude Trichet citait hier à l’appui des résultats de sa politique de stabilité des prix, un sondage commandé par la Commission qui montrait que les consommateurs européens étaient favorables à la stabilité des prix !!! Quand je lui indiquais dans mon intervention plus tard, qu’on avait rarement vu un consommateur souhaiter la hausse des prix, surtout quand son pouvoir d’achat n’augmentait pas depuis des années et ceci conformément aux recommandations de la BCE elle-même, Jean Claude Trichet n’a pas jugé utile de répondre.

Merci à Joseph Stiglitz. Pendant deux heures, l’économie parlait aux hommes et parlait des hommes, l’orateur ne gonflait pas d’orgueil devant des tableaux statistiques et l’auditoire souriait d’être devenu plus intelligent.

A lire notamment :

La grande désillusion (Plon et livre de poche)

Quand le capitalisme perd la tête (livre de poche)

Un autre Monde (fayard)

Posted by Benoit Hamon on mars 1, 2007 at 08:46 PM dans Interventions au parlement | Permalink

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Commentaires

M. Hamon, vous dites avoir critiqué l'interprétation restrictive du mandat de la BCE. Pourriez vous m'expliquer comment faire dire aux articles 8, 106 et suivants ainsi qu'au protocole autre chose que ce qu'ils disent. Alors, je sais, le PS a pris en grippe la banque centrale depuis quelques temps, comme s'il avait découvert le messi, ou le bouc émissaire le plus approprié (ben oui, c'est l'europe, une bnauqe, l'argent, bouhhh c'est sale..). mais ce discours est démagogique et non constructif. un jour, peut être, le PS est sa candidate aux élections présidentielle prendront conscience que l'europe ne se limite pas à l'avis que l'on peut avoir rue de solférino. Idem pour l'idée de relance de la constitution.
Le président de l'europgroupe a un vision critique également du fonctionnement de la bce, mais il ne se limite pas à des attaques sur les personnes. Une banque centrale, ca fait une politique de change et une politique monétaire et ca gère les risques financiers des établissemnts de crédits. faudra que les socialistes français s'en rendent compte... je sais, c'est dur.

Rédigé par : coco77 | 2 mar 2007 13:05:58

Coco77, Stiglitz n'est pas membre du Parti Socialiste français. Cessez de ramener le débat politique à une querelle de techno, à un débat franco français. Lisez donc l'article 111 du traité et revenez me voir. Vous lire fait désespérer de l'Europe. Vous n'avez rien à nous dire sur Bayrou aujourd'hui?

Rédigé par : Marie Pierre | 2 mar 2007 15:27:46

marie pierre, vos arguments de fond m'éclairent. je n'ai jamais prétendu que Stiglitz était socialiste, c'est la position de M. Hamon que je trouve caricaturale. Sinon, l'article 111 ? quel intérêt dans le débat ?
Enfin, quant à votre appréciation de mes propos, elle en dit long sur vos capacités d'ouverture et de débat. je reste néanmoins ouvert à la discussion, sur base d'éléments tangibles.

Rédigé par : coco77 | 2 mar 2007 15:49:29

Quel aveu!!!! l'article 111 stipule que le conseil définit la politique des changes, compétence qu'il n'exerce en réalité pas laissant le soin à la banque d'arrêter les orientations de change de l'euro, ce qui conduit certains à vouloir aujourd'hui externaliser la production d'airbus pour pouvoir la facturer en dollar et pas en euro!!!! Voilà l'intérêt dans le débat quand on parle de 10 000 suppressions d'emplois! Et cela vous en dit long sur mes capacités d'ouverture, vos messages nous en dise long sur votre incapacité.

Rédigé par : Marie Pierre | 2 mar 2007 16:14:20

merci Stiglitz de venir appuyer notre proposition d'une révision du mandat de la BCE. Dommage que les nobels soient si caricaturaux. Tout se perd merde!!!!

Rédigé par : Socialiste | 2 mar 2007 16:18:35

Peut être que coco prépare une thèse en éco. faut le présenter aux suédois. Malin comme il est.

Rédigé par : David | 2 mar 2007 16:21:49

je comprends mal ce qu'il y a de caricatural à reprocher à la BCE une interprétation rigide d'un mandat qui place la stabilité des prix au sommet de ses missions. c'est curieux cet nervosité épidermique quand on demande simplement que la BCE dispose d'un mandat identique à celui de la fed Us qui place au même niveau, inflation, croissance et emploi. Il n'y a rien d'excessif à vouloir que les statuts de la BCE puissent être changés par un vote du parlement, (comme aux USA où les statuts de la Fed peuvent etre modifiés par un vote à majorité simple du Congrès) et pas comme c'est le cas aujourd'hui par une modification des Traités qui supposent 27 signatures puis 27 ratifications.
Amélie

Rédigé par : Amélie | 2 mar 2007 16:46:50

marie pierre, le conseil ne représente-t-il pas 27 etats membres qui doivent se mettre d'accord et pas seulement être d'accord avec Mme Royal ? quant à l'article 111, je maitien qu'il n'est pas pertinent (je vous renvois notamment à l'alinéa 2 et le "Ces orientations générales n'affectent pas l'objectif principal du SEBC, à savoir le maintien de la stabilité des prix."

votre agressivité est malsaine dans ce débat ; je m'en retire.

Rédigé par : coco77 | 2 mar 2007 17:06:50

1. Comme c'est dur de se mettre d'accord à 27, autant passer le bébé à la Banque? Vous avez raison. Autant arrêter d'élire des représentants. Coco, vous etes caricatural comme dirait, heeeuuuuu, coco77; Mon cher Coco a question est, le système américain est il mauvais?
2. vous dites ensuite : "quant à l'article 111, je maitien qu'il n'est pas pertinent (je vous renvois notamment à l'alinéa 2 et le "Ces orientations générales n'affectent pas l'objectif principal du SEBC, à savoir le maintien de la stabilité des prix.". ben oui est c'est pour ça qu'on souhaite changer le mandat et qu'il intègre la croissance et l'emploi.
3. la fuite vous va trés bien

Rédigé par : Marie Pierre | 2 mar 2007 17:54:14

L'agressivité des arguments de Marie Pierre n'a d'égale que ta mauvaise foi, Coco. Va t'en donc trouver beni oui oui de ton rang ailleurs.

Rédigé par : David | 2 mar 2007 17:58:11

Comment faire connaitre ces prises de position de Joseph Stiglitz? On a souvent le sentiment que cette question de l'indépendance de la banque centrale n'interroge qu'en France. C'est fou comme les réactions sur ce sujet sont dogmatiques et peu argumentées.

Rédigé par : Hector pas content | 2 mar 2007 18:05:50

ben alllons-y , je suis de mauvaise foi.... et demain ? un bouffeur d'enfant.
je suis d'accord sur le fond du prb, mais pas sur la manière de l'attaquer. ce n'est pas en critiquant trichet que vous ferez changer quoi que ce soit.

Rédigé par : coco77 | 2 mar 2007 18:12:00

Faute avouée, à moitié pardonnée. Trichet importe peu, c'est l'institution telle qu'elle a été pensée qui ne correspond plus aux besoin de souplesse de l'économie eruopéenne et particulièrement de la zone euro. Quand Trichet se fait l'avocat se l'institution au point de se confondre avec celle ci, il est logique qu'il soit au coeur des critiques. C'est quand même lui qui vient publiquement d'exprimer son désaccord avec toute politique de redistribution de la croissance sous la forme de hausse de salaires quand plusieurs ministres de l'eurogroupe suggéraient le contraire.

Rédigé par : Amélie | 2 mar 2007 18:26:22

voila marie pierre, une belle attitude, concernant la bce, celle de quelqu'un qui gouverne avec des socialistes meme s'il est de droite... et pourtant, je peux en témoigner, la bce comme elle fonctionne maintenant, il n'aime pas ca. mais mine de rien, le brave jean claude, il veut reprendre le dessus, par le politique et la coordination des politique, mais pas en critiquant dans le vide telle ou telle déclaration de la personne qui a été nommée pdt de la bce :

http://www.dailymotion.com/search/juncker/video/x1cbsi_juncker-et-bayrou

Rédigé par : coco77 | 2 mar 2007 20:32:36

en tout cas, le ps est pas aidé par sa candidate aux : elle vient de déclarer à Merkel qu'elle est pour une modification des statuts Banque centrale européenne « pour que son objectif ne soit pas seulement le taux de change ».

Je lui conseille de relire les statuts de la BCe et si on veut une modif, c'est justement pour que la BCE agisse plus sur le change !

Que faire...

Rédigé par : coco77 | 7 mar 2007 12:12:35

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