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22/03/2007

Pas de pause pour le double langage

KyotoRapporteur au Parlement Européen d'un avis de la Commission des affaires économique et monétaires sur la question de la nouvelle politique commerciale de l'Union Européenne, je viens de faire voter mon rapport au terme d’un débat très éclairant sur les choix politiques fondamentaux de la gauche et de la droite au sein du parlement Européen. Je vous donnerai dans une note à suivre, les acquis de ce débat mais je tenais à revisiter ce débat à l’aune des discours du candidat Sarkozy.

Les négociations et les votes autour de ce texte m'ont permis de constater quelques contradictions majeures entre les positions affichées dans le cadre de la campagne présidentielle française par le candidat de l'UMP, et la pratique politique quotidienne du groupe PPE au parlement Européen, pourtant présidé depuis peu par Joseph Daul, issu lui-même de l'UMP.

Ainsi, dans cet avis, je proposais de faire le lien entre la politique commerciale de l'UE et les préoccupations environnementales. Constatant que nombre de nos partenaires commerciaux ne partagent pas le haut niveau des standards et normes environnementales de l'UE, par exemple en refusant de se plier à la discipline du protocole de Kyoto, j'ai repris la proposition de créer une taxe carbone sur l'importation de produits issus de pays ne respectant pas l'accord de Kyoto. Cela aurait l'avantage de protéger notre industrie contre le dumping environnemental. Bien entendu, en France la droite prétend dans son programme faire de la question écologique une priorité, pourtant son premier amendement a consisté à supprimer cette proposition.

SalarisDe même, mon projet émettait cette considération de simple bon sens que la politique commerciale européenne ne doit pas aboutir à un appui à l'externalisation et aux délocalisations. C'est bien la moindre des choses, la politique commerciale européenne devrait défendre la production européenne, et donc l'emploi des travailleurs européens. Encore une fois : amendement de suppression du PPE. Le programme de l'UMP annonce pourtant une lutte déterminée contre les délocalisations, notamment par des exonérations fiscales pour les entreprises qui ne délocalisent pas. Le choix du cadeau fiscal aux entreprises est symptomatique de la vision de la droite sur la régulation du marché. Au lieu d'édicter des règles commerciales communes et de sanctionner les entreprises qui délocalisent et dégagent simultanément des profits comme le propose Ségolène Royal. En outre, la droite en Europe refuse d'utiliser l'instrument de la politique commerciale pour lutter contre l'hémorragie d'emplois industriels en Europe. Faut-il vraiment s'en étonner ? Peut-être pas, lorsque l'on considère qu'aujourd'hui les délocalisations et autres externalisations ne font pas que des malheureux dans l'Union Européenne. Les grandes entreprises européennes et françaises, par exemple, ont tout intérêt à pouvoir délocaliser leur production dans les pays à bas coûts salariaux, tout en gardant le bénéfice d'un label "made in France" ou "made in Europe"....

Transat_2Enfin, dernière illustration de ce double langage : le soutien à la création rapide d'une zone de libre échange avec les Etats Unis ! Sarkozy l'atlantiste appréciera. Qu'importe si cela doit coûter l'acceptation de tous les OGM et autres bœufs aux hormones sur nos marchés, qu'importe si désormais l'Union Européenne ne sera plus libre de ses choix, car toute réglementation ou législation publique constituera en l’espèce un obstacle inacceptable au bon fonctionnement du grand marché transatlantique !

Posted by Benoit Hamon on mars 22, 2007 at 06:45 PM dans Interventions au parlement | Permalink

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