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23/01/2007

Foot pro ou foot business?

FootbusinessCi dessous l'entretien que j'ai donné au journal l'Humanité à propos de l'avenir du football professionnel à l'occasion d'un débat auquel je participe jeudi prochain à Lille.

Où en est la rédaction du rapport ?

Benoît Hamon. Nous en sommes au vote dans les commissions. Il y a un intense lobbying des partisans d'une libéralisation du foot professionnel, relayé par le G14 qui pense que le foot est une activité économique comme une autre. L’UEFA ayant un monopole (l’organisation de tournoi continentale lui appartient - NDLR), les libéraux estiment qu’il faut le combattre, ainsi que toutes les aides versées par les États. Dans cette logique, l’utilisation par un club de foot d’un stade appartenant à la ville peut être considérée comme une distorsion de concurrence. Tout cela pousse à la libéralisation du secteur, à l’émergence d’une super ligue européenne qui est contraire à l’éthique sportive et au modèle actuel, fondé sur le lien entre la base et l’élite, avec la possibilité pour une équipe de monter ou de descendre de niveau. D’autres sujets sont en discussion. Comme la transparence des transferts, la création d’une agence de centralisation des flux financiers qu’ils génèrent. Comme une directive européenne réglementant la profession d’agent de joueur. Comme la création d’un organe indépendant du sport pro, encadrant ce secteur jusqu’à présent uniquement régi par les avis de la Cour européenne de justice. Enfin, il y a le problème de la libéralisation des paris, souhaitée par la Commission européenne.

Entre libéraux et défenseurs de la spécificité sportive, qui tient la corde ?

Benoît Hamon. Le Parlement rendra une copie pondérée entre les différents groupes. Mais la volonté est forte de libéraliser le sport professionnel et d’obliger les fédérations à plus de transparence. L’UEFA est d’ail- leurs ambiguë. Elle soutient le modèle sportif européen, donc les opposants aux lois du marché. Mais elle s’inquiète de l’émergence d’un organe de contrôle du sport pro. N’étant pas un modèle de démocratie, elle n’a pas envie de donner des signes de transparence.

Quel impact aura le rapport du Parlement ?

Benoît Hamon. Il s’agit d’un rapport d’initiative, non d’une directive européenne. Mais il va donner le la pour de futures décisions. Tous les acteurs du football européen se sentent concernés. L’UEFA effectue un intense lobbying. La fédération française la suit. Mais je suis frappé par la vacuité du ministère des Sports français. Heureusement que des eurodéputés français participent aux débats. Le ministre des Sports ne m’a jamais répondu lorsque je lui ai demandé sa position dans ce débat. Il ne mesure pas que c’est au niveau européen que tout se joue. La plainte de Charleroi devant la Cour européenne ou la demande de Manchester United de ne plus payer ses joueurs lorsqu’ils sont en sélection peuvent mettre en cause l’existence des équipes nationales.

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans ces débats ?

Benoît Hamon. Je combats pour mettre de l’ordre dans les dérives mafieuses du foot pro. Certains clubs ont pour vocation de blanchir de l’argent. Ils présentent des déficits abyssaux. Cela ne dérange pas les libéraux, alors qu’ils sont contre les déficits dans les autres secteurs économiques. Cela ne les dérange pas qu’on autorise le foot à présenter des comptes dont 80 % correspondent à de la masse salariale. Moi, je propose un seuil maximal pour les salaires, ou un "salary cap" à l’américaine, avec un forfait de transfert pour chaque club. D’autre part, je demande un arsenal antidopage renforcé. Il faut aussi lutter contre la corruption liée aux paris sportifs, dont on a vu les effets en Italie ou aux Pays-Bas. Je comprends que le football veuille s’autoréguler. Mais l’UEFA est en position de juge et partie. Les transferts ou les protections des salariés doivent relever de quelqu’un d’autre. Le grand mérite d’une agence européenne du sport professionnel serait de mieux réguler ces secteurs. On doit encadrer les dérives liées à la surenchère économique, préserver le modèle du sport européen. Il y a d’autres aspects, comme la protection du jeune joueur en formation, en obligeant les clubs à aligner un pourcentage de footballeurs formés en interne. Il faut en finir avec ces équipes de mercenaires assemblées par des clubs assis sur un argent qui ne relève pas de sa puissance financière.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard

Posted by Benoit Hamon on janvier 23, 2007 at 01:09 PM dans Interventions au parlement | Permalink

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Commentaires

Entre libéraux et défenseurs de la spécificité des services d'intérêt général...

Le Parti socialiste européen soutient la pétition pour des services publics de qualité accessibles à tous: http://www.socialeurope.info/

Pourriez-vous relayer ce soutien sur votre blog?

Cordialement,

Aurélien

Rédigé par : Aurélien | 14 fév 2007 15:04:17

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