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05/10/2006

Portaits et autoportraits

Portraits J'ai accueilli mardi dernier au Parlement à Bruxelles une exposition de photos et de peintures, portraits et auto-portraits de personnes en situation de handicap mental.

Dans le cadre de groupes de paroles organisés par le Centre de la Gabrielle, œuvre sociale de la Mutualité Fonction Publique, des enfants, des adolescents et des adultes en situation de handicap mental ont fait savoir qu’une des plus grandes difficultés qu’ils rencontrent est certainement la façon dont les autres peuvent les regarder.
Cette exposition est le résultat de deux approches :
-    Un atelier de peintures pour permettre aux enfants et jeunes adultes de travailler l’autoportrait et d’exprimer ainsi leur vision d’eux-mêmes
-    Une coopération avec un photographe afin que les personnes choisissent et exposent l’image qu’elles souhaitent renvoyer aux autres

Cette exposition permet de rappeler que ce travail artistique et pédagogique a été rendu possible par une conception bien précise de ce que l’on nomme au niveau européen les services sociaux d’intérêt général. Ci après le texte de mon intervention. 

Pour commencer, je voudrai saluer les artistes. Je veux les remercier de nous avoir confié le temps de quelques heures le résultat de leur travail et de leur créativité. Vous pourrez vous attarder tout à l'heure sur leurs réalisations. Je veux remercier celle qui permet l'éclosion de toutes ces créations, grâce à l'encadrement qu'elle prodigue aux artistes de La Gabrielle.

A cet égard, cette exposition témoigne d'une réalité qu'on oublie ou qu'on ignore quand on aborde la question du handicap mental.

J'ai en mémoire ma visite au centre de La Gabrielle. J'y posais des questions à Bernadette Grosyeux et aux intervenants de centre de la façon suivante : que font-ils, comment réagissent-ils, que disent-ils ... Et ils me répondaient invariablement ça dépends qui. Là où nous voyons, où je voyais un groupe, les professionnels de La Gabrielle me répondaient simplement qu'à chaque individu correspondait un tempérament, des aptitudes, des qualités, des défauts.

La force, l'intérêt de cette exposition est aussi de rappeler la singularité de chaque individu là où nos codes, notre ignorance ou parfois l'intolérance réduit les individus à leur appartenance à un groupe, aujourd'hui en l'occurrence celui des personnes en situation de handicap mental.
Il y a dans cette exposition le témoignage de la richesse et de la diversité d'un groupe d'une vingtaine d'individus et de la richesse et de la complexité de chacun d'entre eux.

Je voudrai profiter de cette exposition pour rappeler le contexte dans lequel ces jeunes ont pu ainsi s’exprimer. Le centre de la Gabrielle est une œuvre sociale. Elle est née de la volonté des adhérents de la mutualité de la fonction publique d’aider les familles à prendre en charge les enfants et jeunes adultes qui souvent ne pouvaient être scolarisés :
-    faute de places au sein d’institutions spécialisées,
-    ou de rejet de l’éducation nationale par manque de moyens ou simplement par incompréhension.

Le Centre de La Gabrielle est leur œuvre. 

Il n’y a pas ici de volonté de remplacer les pouvoirs publics, au contraire. La Politique de prise en charge du handicap est encore insuffisante à répondre aux besoins des familles et des personnes handicapées elles-mêmes et ce malgré le plan d’action européen pour l’égalité des chances pour les personnes handicapées (2004-2010) proposé par la commission en 2003, ou encore en France la loi « pour l’égalité des droits et des chances, pour la participation et pour la citoyenneté des personnes » du 11 février 2005.

Ces programmes constituent des avancées qui permettent d’améliorer l’égalité d’accès face à l’école ou à l’emploi notamment.

Mais ces textes, tout aussi utiles soient-ils, n'ont aucune valeur s'ils ne sont pas concrètement relayés sur le terrain, si les institutions qui travaillent au quotidien n’ont plus les moyens de le faire.

C’es institutions quelles sont elles ? En grande majorité il s’agit de centres qui à l’image de La Gabrielle sont gérés par des associations et des mutuelles, quelquefois des institutions publiques, et très rarement des institutions à but lucratif.

Et je voudrai évoquer brièvement, comme député européen, ce que à mon sens doit être l’avenir de ce secteur social.

Je regrette l'approche doctrinale uniforme de la réalisation du marché intérieur des services privilégiée par la commission européenne, avec l'assentiment du Conseil et d'une partie du Parlement européen. On applique trop souvent la même équation à tous les secteurs fondée sur la mise en œuvre des principes de la concurrence et l’abandon de toute ambition en matière d’harmonisation d’une part et de clarification du périmètre des activités qui relèvent du marché et celles qui manifestement ne peuvent ni ne doivent relever du marché.

Ainsi sur les mutuelles, la transposition en droit français des directives assurances a conduit à séparer l’activité d’assurance d’une part, et les œuvres sociale de l’autre en oubliant que ces œuvres participaient à l’activité d’assurance.

Il ne faudrait pas aujourd’hui que ces activités sociales soient considérées comme de simples activités de service, en omettant leur spécificité, en considérant que n’importe quel prestataire peut assurer ces prises en charge, en leur appliquant une forme d’équation universelle du succès selon laquelle le marché par nature régule au mieux des intérêts de chacun l’offre et la demande de services. Il ne faut pas non plus avoir une approche uniforme et généralisatrice des politiques sociales

La Commission a, dans une communication du 26 avril 2004 reconnu la spécificité des services sociaux d’intérêt général et c’est en soit à signaler : l’action sociale, sa mission de solidarité n’est pas rangée dans le même sac que le dépannage autoroutier ou la vente de services bancaires. Mais cette même communication rappelle que c’est activités sociales, indépendamment de leur spécificité et de leurs contraintes propres doivent rester compatible avec les règles d’accès au marché.

La Commission reste donc évasive dans sa reconnaissance des services sociaux, refusant de proposer une directive sur le sujet, et continue à faire peser une insécurité juridique sur le secteur.

Que se passera-t-il demain, lorsqu’une entreprise d’espace vert, en demandant l’application du principe de libre concurrence, remettra en cause les subventions d’un Conseil général à un CAT ? Que se passera-t-il demain lorsqu’une multinationale de restauration remettra en cause les prestations d’une entreprise d’insertion à une collectivité locale ?

Ces questions demandes des réponses et inquiètent les professionnels comme les familles.
L’exposition que nous découvrons aujourd’hui nous rappelle une chose : que derrière ces tableaux et ces photos il y a, à la fois une création, mais aussi un travail pédagogique et d’accompagnement sans comparaison avec ce que pourrait faire une simple entreprise de services. Elle démontre la nécessité de donner demain les moyens à des institutions comme la Gabrielle d’exister, et de considérer que la prise en charge du handicap n’est pas une simple activité de service ordinaire, une niche dans le grand marché intérieur, mais bien une activité singulière dont le mérite et les résultats se jugent avant tout dans le bien être des femmes et des hommes qu’elle sert.

(Inauguration de l'exposition en présence de Maurice Duranton, Président Mutualité de la Fonction publique; Jean Pierre Leheutre, Président du comité de gestion du Centre La Gabrielle; Bernadette Grosyeux, Directrice Générale du centre de La Gabrielle; Joël Hasse Ferreira, député européen, rapporteur sur les SSIG)

Posted by Benoit Hamon on octobre 5, 2006 at 05:31 PM dans Invités | Permalink

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Commentaires

"On ne conçoit guère le fonctionnement de l’assurance sociale contre la maladie sous la forme bureaucratique. Seules les mutualités locales pourront, par l’esprit fraternel insinué dans tout le mécanisme légal, donner à l’assurance sociale et universalisée contre la maladie toute l’efficacité, toute la justice et toute la bonté qu’exige cette forme de secours à l’humaine détresse."

Jean Jaurès.

Rédigé par : Valerio | 6 oct 2006 11:55:06

Bonjour,

Mon blog, intitulé "Vive la République" propose des réflexions, des analyses et des commentaires sur la sitution politique de la France. Il vise à aborder les véritables questions de fond à l'approche des échéances de 2007. Loin de la superficialité de la politique-spectacle et de la peoplisation des candidats, il propose de formuler des propositions concrètes qui suscitent le débat chez les internautes.

Voici l'adresse : http://vivelarepublik.blogspot.com

Venez nombreux pour débattre...

Rédigé par : Politic Man | 8 oct 2006 01:33:54

Voilà un discours qui fait plaisir à entendre, ou plutôt à lire, et qui vient rappeller que non, définitivement non, il y a des secteurs qui ne doivent pas devenir marchand, qui ne doivent pas être régis par l'impératif de faire des bénéfices ou d'être rentable, mais qui doivent être soutenus, portés, par une volonté politique. Il en va du champ du handicap comme de celui de la petite enfance.

Il est beau et noble le travail que nous avons tous à faire pour regarder autrement les personnes porteuses de handicap, car enfin ce n'est pas tant des individus qui ne sont pas adaptés à la société, que la société qui ne sait pas s'adapter aux personnes différentes. Quelque part c'est la société qui est handicapée. Il est long le travail, sans doute, mais il est nécessaire...

Bien à vous.

Rédigé par : Le Medjnoun | 12 oct 2006 20:45:33

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