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29/10/2006

Lettre ouverte aux amis que je conserve à Rénover Maintenant.

FourasJe maintiens avec plusieurs d’entre vous, je crois, une relation solide bâtie sur le respect mutuel, la reconnaissance d’un engagement fondé sur de robustes convictions de gauche et le désir de servir notre camp.

Cela fait quelques temps que l’on ne s’est plus parlé. La direction de votre courant vient de m’en donner l’occasion. J’ai l’honneur de faire partie des cibles de la dernière saillie argumentaire de la lettre de Rénover Maintenant.

En cause, si je comprends bien, mon choix personnel de voter Laurent Fabius.

Qui m’accuse ? Sans doute les mêmes qui voulaient fusionner NPS et le courant de Laurent Fabius lors du congrès du Mans, processus auquel je m’étais opposé au nom de l’unité du NPS il y a deux ans.

Qui me met à l’index ? Sans doute ceux qui il y a quelques mois, me démarchaient personnellement pour empêcher la candidature de Ségolène Royal. « On ne peut pas laisser faire ça », me disaient ils. « Il faut que tu donnes tes signatures au CN pour parrainer la candidature d’Arnaud ».  Amusante conception de la vie politique qui consiste encore à croire que les uns et les autres disposent d’une rente politique qui les autorise à « balader leurs troupes » au gré de leur promenade personnelle sur l’échiquier du parti.

Qu’incrimine t'on ? Sans doute, mon aveuglement, mon cynisme ou mes calculs, dans le choix d’un candidat insincère et mollétiste. Vous conviendrez qu’au vu des sondages et des pronostics, je n’ai pas choisi le chemin le plus facile vers les ors et les gratifications. Vous conviendrez aussi qu’au moment du choix du oui ou du non au TCE, lui-même n’a pas écouté ce que « l’opinion que l’on mesure », l’invitait à répondre.

Que ça plaise ou non, et même si je n’aurai pas prédit qu’elle fût celle là, j’ai choisi la cohérence avec notre histoire depuis cinq ans. Je dis « notre histoire » car nous en avons partagé l’essentiel. Cette cohérence consiste à refuser la personnalisation du débat politique, à préférer la 6ème République aux slogans de la démocratie d’opinion, à conquérir les marges de manoeuvres politiques qui permettent à notre camp social de reprendre la maîtrise collective de son destin.

Ce qui me gêne n’est pas votre choix de soutenir Ségolène Royal, c’est la manière dont votre courant l’argumente.

Je ne reconnais plus l’esprit, le souffle et l’ardeur d’hier, dans ces consignes verticales qu’on demande à la base de réciter comme les évangiles d’une foi nouvelle.

Là où vous mettiez hier l’intelligence collective au service d’un nouveau projet et d’une nouvelle pratique socialistes, vous la mettez désormais au service, ô comble, d’une candidature providentielle.

Là où hier, on trouvait dans notre intelligence collective, l’écho de la demande sociale, des inquiétudes des plus faibles, ces argumentaires se résument désormais à fabriquer l’Histoire pour démontrer que le choix actuel du chef est cohérent avec ce qu’il a toujours dit, ce qu’il a toujours écrit et surtout avec une histoire collective qui promettait de tourner la page du 21 avril.

S’il faut à vos yeux, que je sois de ces archaïques qu’il faut débusquer et combattre. Et bien soit, je relève le gant.

Mais que dirait le militant 4 ans plus jeune, présent à la Sorbonne lors de la création du NPS, que tu étais ? Que dirait-il de ces procès en chaîne instruits aujourd’hui contre ceux qui veulent prolonger la vocation du NPS ?

En vérité, on instruit le procès de notre histoire collective et de notre culture politique commune.

En vérité on condamne le patrimoine politique que nous avions réussi à inscrire au coeur de l’orientation du Parti Socialiste.

Je le regrette mais ne m’y arrête pas. Je reste même convaincu qu’une immense majorité des militants du NPS et de RM se retrouveront au moment de soutenir et d’exiger de la gauche au pouvoir une rupture démocratique et sociale véritable. C’est à ces lendemains que je préfère penser plutôt qu’à ce présent où j’observe le zèle de certains à dilapider le meilleur de notre passé.

Bien à toi. Amitiés socialistes.

Benoît Hamon

Député Européen

Porte Parole du NPS

Posted by Benoit Hamon on octobre 29, 2006 at 05:46 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (77) | TrackBack

25/10/2006

1ère sélection

Rugby"Un courrier vous le confirmera dans quelques jours", nous a t'il dit avec cet accent inimitable du sud ouest.

C'était à la sortie du Bureau national hier. Germinal Peiro, député de Dordogne et secrétaire national l'Agriculture du Parti Socialiste venait de me prendre à part dans la cour de Solférino. Comme il vit Kader Arif, député européen, il lui demanda de nous rejoindre et lui annonça aussi le premier rendez vous. Ce sera le 18 novembre à Paris. "Et ensuite on passe aux choses sérieuses". Dublin en Février. Londres en mars. En fait de choses sérieuses, c'est Lansdowne Road en février et Twickenham en Mars.

France "parlementaires" de Rugby contre Irlande "parlementaires" de Rugby chez les Irlandais. Et à suivre France "Parlementaires" contre Angleterre "Parlementaires" chez les Anglais. D'ici là, le 18 novembre Germinal Peiro, manager de l'équipe de France de rugby "parlementaire" nous a préparé une mise en bouche : match contre ses "copains" de Sarlat. "Sûr, qu'ils vont vous malaxer comme il faut..."

Posted by Benoit Hamon on octobre 25, 2006 at 11:47 AM dans Off | Permalink | Commentaires (12) | TrackBack

Gauche Italienne

Democratici_di_sinistra_1 Intéressante évolution que celle du "Parti de la Gauche" Italien. En 1989, Achille Occhetto propose la mutation du parti Communiste Italien. Un an plus tard le PCI se transforme en PDS et demande son adhésion au PSE et à l'Internationale Socialiste (Parti des Démocrates de Gauche) au prix d'une scission et de la création de "Rifondazione Comunista". Depuis, l'eau a coulé sous les ponts.

Le PDS, qui s'appelle désormais DS, privilégie aujourd'hui une stratégie d'alliance avec La Margherita, le centre italien. Le rapprochement s'accélère puisque les deux partis ont fait une assemblée commune lançant un processus d'unification en deux temps. Première étape, chaque parti fait son congrès et vote l'unification. A l'automne, congrès constituant du nouveau parti, qui pourrait s'appeler "parti démocrate". Ce mouvement ne se fait pas sans difficultés au sein de la formation de gauche italienne, où beaucoup annoncent et redoutent la disparation de la seule formation sociale démocrate italienne au profit d'un grand parti démocrate et centriste.

Se pose la question de l'affiliation européenne et internationale du nouveau parti. Aujourd'hui les membres de la Margherita appartiennent au groupe libéral européen. Les membres de DS appartiennent au PSE. Selon la rumeur, le compromis pourrait tenir à la modification du nom du Parti Socialiste européen qui deviendrait le "Parti des socialistes et des démocrates européens" !!!

Ce mouvement, qui fait écho aux rapprochements entre libéraux et travaillistes en Angleterre, est appelé par Denis Mac Shane, la quatrième voie : la constitution d'un grand pôle démocrate centre-centre gauche en lieu et place de la sociale démocratie européenne traditionnelle. La situation italienne reste, par plusieurs aspects, incertaine. Elle est cependant significative d'un mouvement contant de recentrage de l'orientation politique du PSE et de ses formations membres.

Je crois ce processus d'indifférenciation progressive entre la droite et la gauche européenne, ce processus de rapprochement des libéraux et des sociaux démocrates significatif du déclin de la sociale démocratie, de sa défaite idéologique, indépendamment de l'échec pourtant éclatant des politiques libérales dans toute l'Europe. Suite au congrès du PSE le 9 décembre...

Posted by Benoit Hamon on octobre 25, 2006 at 11:29 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

21/10/2006

What European Policy under Gordon Brown?

Chatham_house_Invité hier par la fondation Friedrich Ebert Stiftung et la Chatham House de Londres, je suis intervenu dans un séminaire consacré à ce que l'Europe peut attendre de la prise de pouvoir de Gordon Brown. J'étais attendu sur nos positions en cas de victoire à l'élection présdientielle et dans la persective de la Présidence Française de l'Union en 2008. Le speech ci joint. Désolé, il est en anglais.

"Ladies and gentlemen,

Let me first of all thank the London office of the Friedrich Ebert Stiftung and the Chatham House for inviting me here today to speak in this prestigious House.

About the subject of this conference, of course, I do not have any personal information about Mr Brown's intentions regarding European and foreign policy. Should we expect nuance in the special relationship between UK and US? Should we expect a different pragmatic policy of engagement with EU? We don’t know yet."

Téléchargement speaking_notes_chatham_house.doc

Posted by Benoit Hamon on octobre 21, 2006 at 12:02 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack

16/10/2006

L'Europe « par la preuve » doit être l'Europe d'un traité social...

Bosphore Ci après, l'interview donnée au Figaro le 14 octobre 2006

LE FIGARO. - Ségolène Royal pourrait ne pas participer à tous les débats de la campagne interne. Comprenez-vous sa position ?
Benoît HAMON. - Honnêtement, je ne pense pas que ce soit une bonne ligne de conduite. Le débat véritable commence maintenant. Il sera utile. Ils sont des milliers de militants à n'avoir pas fait leur choix. Et on peut les comprendre. Le débat par médias ­interposés, outre qu'il n'est pas équitable, n'épuise pas toutes les questions que se posent les militants qui sont appelés à voter. Là, sur un terrain identique et à armes égales, chacun pourra juger quel est le président de la République le plus crédible et le réformateur le plus ardent. Les candidats ont tous intérêt à cette clarification.

Ses propositions sur l'Europe vous ont-elles convaincu ?
Plusieurs d'entre elles, oui. Ségolène Royal part d'un bon diagnostic : la difficulté de gouverner à 25 pays et le sentiment des citoyens que les politiques européennes les rendent plus vulnérables. Je soutiens ses propositions sur la révision du pacte de stabilité, la modification des statuts de la banque centrale ou sur le renforcement du contrôle démocratique. Mais j'y aurais ajouté ce qui figure aussi dans le projet socialiste. L'Europe « par la preuve » doit être l'Europe d'un traité social et d'une directive sur les services d'intérêt général pour garantir un haut niveau de service public. Nous ne devons pas être en deçà de ce que nous avons obtenu au sein du PS européen, sur la convergence des minima sociaux par exemple. La prochaine présidence française de l'UE est attendue. ­Notre discours doit être à la hauteur des enjeux : construire un ­modèle social européen.

 

Et sur les institutions...
Ségolène Royal propose à la présidence allemande, au début de l'année prochaine, de prendre une initiative. Je suis d'accord. C'est ce que le Conseil européen invite les présidences allemande puis française à faire. Pour que le couple franco-allemand réussisse à relever ce défi, il faut que nos partenaires allemands puissent compter sur un partenaire français qui ne varie pas et qui ait une vision claire de l'avenir politique de l'Europe.

 

Sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, sa position sera, dit-elle, celle du peuple français »...
Le problème n'est pas de s'aligner sur l'opinion, mais de construire une opinion majoritaire. C'est le rôle d'un parti politique. J'attends des candidats qu'ils aient un avis sur une question qui commande que l'on engage la France par des actes dès le lendemain de l'élection présidentielle. Le PS a été favorable à l'ouverture des négociations et nous demandons maintenant à la Turquie de satisfaire aux critères de Copenhague. À ­propos de la reconnaissance du génocide arménien, elle doit aussi faire le geste nécessaire.

Posted by Benoit Hamon on octobre 16, 2006 at 10:39 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (6) | TrackBack

10/10/2006

Conseil National du PS

Cn_061009Ci dessous, l'intervention que j'ai faite au CN du PS consacrée au lancement de la campagne d'investiture pour les prochaines élections présidentielles.

"Mes chers camarades, d’abord je voudrais commencer par souhaiter, je ne sais pas si c’est un bon anniversaire, mais l’anniversaire d’une dame qui a eu 48 ans cette semaine, la Ve République, dont j’espère que c’est la dernière fois que nous plaçons nos débats, comme le sort des Français, sous les mauvais auspices. Je souhaite dans tous les cas que nous gagnions la prochaine élection présidentielle pour changer en profondeur, comme nous nous y sommes engagés dans notre projet, le régime politique et démocratique dans lequel nous sommes, pour faire le choix d’une nouvelle République parlementaire.

...

Cet anniversaire souhaité, puisque, à cette tribune certains ont cité François Mitterrand, d’autres Anatole France, moi, je me contenterai de citer Jean Gabin. Jean Gabin, que l’on félicitait pour une remarquable interprétation dans un film, répondait à la critique, la chose suivante. Il disait : « Il y a trois critères pour faire un bon film. En un, l’histoire, en deux, l’histoire et en trois l’histoire ». C’est pour cela que, au nouveau Parti socialiste, et peut-être certains n'y voient à tort qu'une figure tactique, une posture, une manière habile d’attendre, nous avons dit « nous pensons encore qu'il ya trois critères pour réussir l’élection présidentielle: en un, un bon projet, en deux, un bon projet, et en trois, un bon projet. »

Je dis cela parce que notre parti est attaché, depuis sa fondation en 71 à Epinay, mais au-delà, dans toute l’histoire du mouvement socialiste, nous sommes attachés et c’est un élément essentiel de notre identité politique, à la délibération collective. Alors je sais bien que ce n’est peut-être pas moderne, ou même que cela intrigue, ces rites étranges des socialistes qui délibèrent en commissions de résolution jusqu’à 7 h 00, qui considèrent qu’il faut faire des conventions nationales après d’autres conventions nationales, qui considèrent qu’il faut passer du temps dans une commission nationale du projet, et même dans l’élaboration collective, un temps qui est parfois laborieux, un temps dans lequel s’organise la confrontation politique, mais ce temps politique-là, que nous avons consacré au débat, ce temps que nous avons consacré à la délibération collective, fonde notre identité politique.

Je le rappelle, aujourd’hui, pourquoi ? Et je serai bref dans mon intervention : parce que nous rentrons dans une séquence où nous allons assister, forcément, à une confrontation d’individus, dans laquelle, peut-être pas nous, mais d’autres, jugeront les profils avant de juger, justement, ce que sont le fond du discours de ces hommes et de ces femmes, tous aussi respectables les uns que les autres. Au moment où nous allons rentrer dans cette confrontation d’individualités, je voudrais leur rappeler ceci, et seulement ceci : ils mettront des propositions en débat, devant l’opinion.

Qu’ils ne jugent pas la réaction de certains de leurs camarades socialistes comme une réaction sectaire quand ils ne sont pas d’accord avec les propositions décapantes qu’ils font. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, quand nous réagissons ou quand nous mettons ces sujets en débat dans le parti, c’est parce que nous savons que ces débats existent aussi dans la société.

Qu’ils ne s’inquiètent pas du fait que nous ayons le souci de cette délibération collective, c’est-à-dire la capacité à nous rassembler sur ce qui a toujours fait notre force, le fondement de notre identité, de choix de l’intelligence collective.

Mes chers camarades, quand nous perdons des élections, nous nous retournons vers le Parti, nous faisons un congrès et nous écrivons un texte. Cela montre que, à chaque fois, c’est dans la délibération collective, dans ce patrimoine politique commun que nous trouvons les ressources pour nous relever.

Eh bien, à l’occasion de ce débat qui va être celui de nos candidats, nous voudrions leur rappeler ce qui a été le fruit de notre intelligence collective, un projet voté par près de 200 000 militants socialistes. Ce projet doit structurer l'expression de chacun d'entre nous.

Je termine par ce rappel : NPS considère que la période qui s’ouvre est une période utile. Utile pour éclairer les militants, et nous poserons donc des exigences dans ce débat, les conditions et les moyens pour rassembler la gauche, parce que nous ne gagnerons pas sans la rassembler. Tout le monde l'affirme, il s’agira maintenant de dire comment.

L’agenda et les leviers pour augmenter le pouvoir d’achat et faire en sorte que, demain, nous ne confions pas simplement à la démocratie sociale, tout aussi importante soit-elle, le soin d’augmenter les salaires, mais que nous donnions les moyens à la démocratie sociale, mais aussi aux pouvoirs politiques de faire en sorte qu’il y ait bien une augmentation généralisée des salaires dans ce pays.

Troisième question : la relance européenne. Là encore, d’autres l’ont dit avant moi, il ne s’agira pas simplement de réconcilier le oui et le non socialiste, tout ceci a été fait lors de la synthèse du Mans. Il s’agira de dire comment, sur la question institutionnelle, mais pas seulement, sur la question des frontières de l’Union, sur la question du contenu des politiques européennes, comment voulons-nous, aujourd’hui, modifier le cours de ces politiques-là, et faire en sorte, aussi, de modifier, le centre de gravité de la sociale démocratie européenne.

Quatrième exigence : la réforme institutionnelle. Elle figure dans notre projet, nous nous sommes prononcés en faveur d’une nouvelle République parlementaire. Il n’y a pas d’autres feuilles de route en matière institutionnelle. Nous sommes pour une nouvelle République parlementaire et nous avons même dit que nous soumettrions par referendum, dans la première année où nous arriverions au pouvoir, cette question aux Français, droit de vote des étrangers, inclus. Là aussi, il faudra des engagements clairs des candidats.

Et enfin, dernière question qui rejoint mon introduction : nous serons attentifs, je le dis, à ce que les uns et les autres disent clairement comment ils entendent faire vivre collégialement un parti dans des institutions qui le permettent de moins en moins ? Comment ils entendent faire fonctionner un parti et lui redonner un rôle demain, surtout si nous gouvernons, pour faire en sorte qu’il soit un acteur démocratique reconnu et pas simplement un parti godillot, un acteur en capacité, non seulement de mobiliser le mouvement social, mais d’être reconnu pour ce qu’il est, celui où la délibération collective et le respect de celle ci fonde l’identité socialiste.

Je vous remercie.

Posted by Benoit Hamon on octobre 10, 2006 at 06:56 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack

05/10/2006

Portaits et autoportraits

Portraits J'ai accueilli mardi dernier au Parlement à Bruxelles une exposition de photos et de peintures, portraits et auto-portraits de personnes en situation de handicap mental.

Dans le cadre de groupes de paroles organisés par le Centre de la Gabrielle, œuvre sociale de la Mutualité Fonction Publique, des enfants, des adolescents et des adultes en situation de handicap mental ont fait savoir qu’une des plus grandes difficultés qu’ils rencontrent est certainement la façon dont les autres peuvent les regarder.
Cette exposition est le résultat de deux approches :
-    Un atelier de peintures pour permettre aux enfants et jeunes adultes de travailler l’autoportrait et d’exprimer ainsi leur vision d’eux-mêmes
-    Une coopération avec un photographe afin que les personnes choisissent et exposent l’image qu’elles souhaitent renvoyer aux autres

Cette exposition permet de rappeler que ce travail artistique et pédagogique a été rendu possible par une conception bien précise de ce que l’on nomme au niveau européen les services sociaux d’intérêt général. Ci après le texte de mon intervention. 

Pour commencer, je voudrai saluer les artistes. Je veux les remercier de nous avoir confié le temps de quelques heures le résultat de leur travail et de leur créativité. Vous pourrez vous attarder tout à l'heure sur leurs réalisations. Je veux remercier celle qui permet l'éclosion de toutes ces créations, grâce à l'encadrement qu'elle prodigue aux artistes de La Gabrielle.

A cet égard, cette exposition témoigne d'une réalité qu'on oublie ou qu'on ignore quand on aborde la question du handicap mental.

J'ai en mémoire ma visite au centre de La Gabrielle. J'y posais des questions à Bernadette Grosyeux et aux intervenants de centre de la façon suivante : que font-ils, comment réagissent-ils, que disent-ils ... Et ils me répondaient invariablement ça dépends qui. Là où nous voyons, où je voyais un groupe, les professionnels de La Gabrielle me répondaient simplement qu'à chaque individu correspondait un tempérament, des aptitudes, des qualités, des défauts.

La force, l'intérêt de cette exposition est aussi de rappeler la singularité de chaque individu là où nos codes, notre ignorance ou parfois l'intolérance réduit les individus à leur appartenance à un groupe, aujourd'hui en l'occurrence celui des personnes en situation de handicap mental.
Il y a dans cette exposition le témoignage de la richesse et de la diversité d'un groupe d'une vingtaine d'individus et de la richesse et de la complexité de chacun d'entre eux.

Je voudrai profiter de cette exposition pour rappeler le contexte dans lequel ces jeunes ont pu ainsi s’exprimer. Le centre de la Gabrielle est une œuvre sociale. Elle est née de la volonté des adhérents de la mutualité de la fonction publique d’aider les familles à prendre en charge les enfants et jeunes adultes qui souvent ne pouvaient être scolarisés :
-    faute de places au sein d’institutions spécialisées,
-    ou de rejet de l’éducation nationale par manque de moyens ou simplement par incompréhension.

Le Centre de La Gabrielle est leur œuvre. 

Il n’y a pas ici de volonté de remplacer les pouvoirs publics, au contraire. La Politique de prise en charge du handicap est encore insuffisante à répondre aux besoins des familles et des personnes handicapées elles-mêmes et ce malgré le plan d’action européen pour l’égalité des chances pour les personnes handicapées (2004-2010) proposé par la commission en 2003, ou encore en France la loi « pour l’égalité des droits et des chances, pour la participation et pour la citoyenneté des personnes » du 11 février 2005.

Ces programmes constituent des avancées qui permettent d’améliorer l’égalité d’accès face à l’école ou à l’emploi notamment.

Mais ces textes, tout aussi utiles soient-ils, n'ont aucune valeur s'ils ne sont pas concrètement relayés sur le terrain, si les institutions qui travaillent au quotidien n’ont plus les moyens de le faire.

C’es institutions quelles sont elles ? En grande majorité il s’agit de centres qui à l’image de La Gabrielle sont gérés par des associations et des mutuelles, quelquefois des institutions publiques, et très rarement des institutions à but lucratif.

Et je voudrai évoquer brièvement, comme député européen, ce que à mon sens doit être l’avenir de ce secteur social.

Je regrette l'approche doctrinale uniforme de la réalisation du marché intérieur des services privilégiée par la commission européenne, avec l'assentiment du Conseil et d'une partie du Parlement européen. On applique trop souvent la même équation à tous les secteurs fondée sur la mise en œuvre des principes de la concurrence et l’abandon de toute ambition en matière d’harmonisation d’une part et de clarification du périmètre des activités qui relèvent du marché et celles qui manifestement ne peuvent ni ne doivent relever du marché.

Ainsi sur les mutuelles, la transposition en droit français des directives assurances a conduit à séparer l’activité d’assurance d’une part, et les œuvres sociale de l’autre en oubliant que ces œuvres participaient à l’activité d’assurance.

Il ne faudrait pas aujourd’hui que ces activités sociales soient considérées comme de simples activités de service, en omettant leur spécificité, en considérant que n’importe quel prestataire peut assurer ces prises en charge, en leur appliquant une forme d’équation universelle du succès selon laquelle le marché par nature régule au mieux des intérêts de chacun l’offre et la demande de services. Il ne faut pas non plus avoir une approche uniforme et généralisatrice des politiques sociales

La Commission a, dans une communication du 26 avril 2004 reconnu la spécificité des services sociaux d’intérêt général et c’est en soit à signaler : l’action sociale, sa mission de solidarité n’est pas rangée dans le même sac que le dépannage autoroutier ou la vente de services bancaires. Mais cette même communication rappelle que c’est activités sociales, indépendamment de leur spécificité et de leurs contraintes propres doivent rester compatible avec les règles d’accès au marché.

La Commission reste donc évasive dans sa reconnaissance des services sociaux, refusant de proposer une directive sur le sujet, et continue à faire peser une insécurité juridique sur le secteur.

Que se passera-t-il demain, lorsqu’une entreprise d’espace vert, en demandant l’application du principe de libre concurrence, remettra en cause les subventions d’un Conseil général à un CAT ? Que se passera-t-il demain lorsqu’une multinationale de restauration remettra en cause les prestations d’une entreprise d’insertion à une collectivité locale ?

Ces questions demandes des réponses et inquiètent les professionnels comme les familles.
L’exposition que nous découvrons aujourd’hui nous rappelle une chose : que derrière ces tableaux et ces photos il y a, à la fois une création, mais aussi un travail pédagogique et d’accompagnement sans comparaison avec ce que pourrait faire une simple entreprise de services. Elle démontre la nécessité de donner demain les moyens à des institutions comme la Gabrielle d’exister, et de considérer que la prise en charge du handicap n’est pas une simple activité de service ordinaire, une niche dans le grand marché intérieur, mais bien une activité singulière dont le mérite et les résultats se jugent avant tout dans le bien être des femmes et des hommes qu’elle sert.

(Inauguration de l'exposition en présence de Maurice Duranton, Président Mutualité de la Fonction publique; Jean Pierre Leheutre, Président du comité de gestion du Centre La Gabrielle; Bernadette Grosyeux, Directrice Générale du centre de La Gabrielle; Joël Hasse Ferreira, député européen, rapporteur sur les SSIG)

Posted by Benoit Hamon on octobre 5, 2006 at 05:31 PM dans Invités | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack