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19/04/2006

Rapport sur le sport dans le marché intérieur

Foot_businessLa commission du Marché Intérieur examine un rapport d'initiative sur "le sport dans le marché intérieur" confié au libéral néerlandais Toine Manders. Je suis rapporteur shadow pour le PSE. Ci dessous le texte de mon intervention lors du premier échange de vue sur ce texte aux conséquences politiques redoutables :

"Je remercie M. le rapporteur pour son document de travail, qui permet de lancer le débat sur une base concrète.

Je veux tout de suite lui dire combien je me suis senti concerné à la lecture de son projet de rapport. Sachez le, monsieur le rapporteur, je suis un amateur de sport de haut niveau. Hier, j'ai apprécié comme des millions de téléspectateurs européens la demi finale de la Ligue des Champions entre le FC Barcelone et le Milan AC. J'ai apprécié la qualité du spectacle et la performance des joueurs.

Cela suffit-il à mon plaisir de spectateur et consommateur de football ? Non. Car, comme beaucoup d'amateurs de sport de haut niveau, je suis un peu plus complexe que cela, et en ce qui me concerne, je suis aussi un fan du football club de Brest qui joue en deuxième division française. Et je vibre presque tout autant pour ses résultats contre Lorient que pour un quart de finale de la ligue des champions. Et mon rêve, c'est qu'un jour Brest soit à la place de Barcelone ou du Milan en demi finale de la Ligue des Champions.

Champions_league_2Hélas, en privilégiant une approche exclusivement économique du sport professionnel en Europe, en laissant les forts s'organiser entre eux au nom de l'application au football pro des règles de la concurrence, vous interdisez à Brest d'espérer un jour figurer au sommet du football européen. Je ne sais pas si dans ces conditions, mon intérêt pour la ligue des champions, devenu le théâtre fermé d'une compétition entre grands d'Europe, serait le même. Votre rapport propose de briser mon rêve monsieur le rapporteur. Et comme des millions d'Européens, je n'aime pas quand le Parlement Européen ou la Commission Européenne, vient briser mon rêve au nom des sacro-saintes règles de la concurrence.

Deux rappels en guise d'introduction. Depuis l'arrêt Walrave de 1974, la Cour Européenne de Justice a décidé que le "sport relève du droit communautaire dans la mesure où il constitue une activité économique".

Mais en 1997, la Conférence intergouvernementale a annexé au traité d'Amsterdam une déclaration relative au sport, qui "souligne l'importance sociale du sport et en particulier son rôle de ferment de l'identité et de trait d'union entre les hommes."

Ceci démontre bien que l'on ne doit pas avoir une vision purement économique ou juridique du sport. Le sport est une activité humaine qui renvoie, en tant que pratiquant ou spectateur, à une réalité que l'approche marchande ne résume pas. Le sport professionnel lui même ne peut être réduit à une activité économique dont l'organisation relèverait d'une application exclusive des règles de la concurrence. Les obligations du sport professionnel vont au delà. Hooliganisme, racisme, dopage, corruption des arbitres ou des joueurs, blanchiment d'argent, pratique des dessous de table dans les transferts, sont autant de symptômes d'une activité, certes économique, mais dont les responsabilités dans le domaine de l'éducation, de la santé ou de la cohésion sociale sont incontestables. M. Manders semble l'ignorer totalement dans son rapport.

Je précise donc mes désaccords avec le document de travail sur quelques points particuliers.

Pour ce qui est du nouveau règlement de l'UEFA  sur le quota de "home grown players", (quota obligatoire de joueurs formés localement qui doivent prendre place dans l'effectif pro des clubs) qui devrait entrer en vigueur lors de la prochaine saison, j'estime que l'objectif de maintenir et de développer des structures de formation de jeunes athlètes mérite d'être préservé. J'y vois d'ailleurs là, l'instrument d'une concurrence plus loyale entre clubs qui ne peut que renforcer l'intérêt des différentes compétitions nationales et européennes.

Sur la question des aides d'état, c'est à dire les différents systèmes de soutien public (état et collectivités locales) au sport, les menaces de distorsion de concurrence ne doivent pas nous faire oublier l'obligation des pouvoirs publics de fournir aux citoyens, notamment aux jeunes, des infrastructures sportives de qualité pour la pratique du sport, mais également des infrastructures sûres et modernes pour les grands évènements sportifs.

Par ailleurs, je pense que ce document de travail n'aborde pas suffisamment un certain nombre de problèmes d'actualité dans le sport professionnel d'aujourd'hui.

Logo_bLa médiatisation et la financiarisation croissantes du sport professionnel ont conduit aujourd'hui certains grands clubs de football européens, réunis sous l'égide de G-14, à vouloir aller encore plus loin, et à s'organiser dans la perspective de créer une super-ligue de foot européen, organisée sur le modèle américain, sans possibilité de promotion ou de relégation sur base des performances sportives. L'objectif ne fait aucun doute : capter l'essentiel des recettes liées au football professionnel et se soustraire aux obligations des instances sportives internationales. La composition de cette élite autoproclamée du foot européen démontre qu'elle ne répond pas à des critères de performance sportive (actuelle ou passée), sinon comment comprendre que le PSG figure au rang de grand d'Europe quand le Benfica de Lisbonne, l'Etoile Rouge de Belgrade ou Galatazaraï n'y figurent pas. Le ticket d'entrée est exclusivement fondé sur le potentiel économique de chaque club et la taille du marché qu'il génère.

Oulmers_2L'affaire "Oulmers" où les intérêts du club de Charleroi ont été défendus par le G14 illustre leur ambition. Dans cette affaire, le Sporting de Charleroi s'est retourné contre le FIFA pour réclamer dédommagement du préjudice de la blessure de son joueur lors d'une sélection nationale avec l'équipe du Maroc. La logique du G14 est bien d'affirmer ses droits sur les joueurs sous contrat dans les clubs, le cas échéant pour les soustraire aux obligations d'une sélection nationale. C'était la  demande récente de Jean Michel Aulas patron de l'Olympique Lyonnais qui refusait la sélection d'Abidal en équipe de France par souci de préserver la forme du joueur.

Nous devons aussi affronter à bras le corps le problème du dopage, encouragé par l'obligation "économique" pour les sportifs d'enchainer de plus en plus vite des performances de haut niveau. Les décès précoces dans le cyclisme, l'athlétisme ou le football, démontrent que la recherche de la performance, qui dans le cas du sport professionnel, devient indissociable de la recherche du profit, conduit à sacrifier les exigences élémentaires de santé des athlètes.

La question de la violence et du racisme dans les stades doit aussi figurer au centre de nos Di_canio préoccupations, pour que cette école de vie, de discipline et de tolérance que représente le sport ne se transforme pas en son contraire, une école de la bêtise et de la violence. Dans ce domaine la timidité de certains grands clubs à l'égard des manifestations inqualifiables de racisme au sein de leurs groupes de supporters est intolérable.

Enfin, ultime symptôme d'une marchandisation excessive et incontrôlée du sport pro, le développement en Belgique, en Allemagne, en France notamment, des matchs truqués et de la corruption à cause de systèmes plus ou moins illicites de paris, souvent sur internet.

La situation n'est pas rose et une approche exclusivement marchande de l'avenir du sport professionnel ne me semble pas à même de faire face à la somme de tous ces enjeux.

Au contraire de cette logique, je pense que nous devons renforcer la solidarité au sein du sport et du football, pour que l'exposition médiatique et les bénéfices dégagés au sommet de la pyramide sportive puissent être d'avantage redistribués au bénéfice des centres de formation, des infrastructures locales, des petits clubs de quartier, des sports moins connus.

Je ne suis donc pas favorable à une règlementation européenne qui bouleverse le paysage et l'organisation actuelles du sport professionnel en substituant une approche essentiellement marchande et concurrentielle à l'équilibre recherché par les institutions sportives internationales entre loi du marché, lois du sport et intérêt général.

Posted by Benoit Hamon on avril 19, 2006 at 07:01 PM dans Interventions au parlement | Permalink

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C'est l'histoire d'un mec avec lequel je ne suis pas toujours d'accord sur la stratégie, quasi toujours d'accord avec lui sur le fond et sur le foot, on est supporter toujours du stade Brestois et là, il vous dissèque [Lire la suite]

Notifié le 21 avr 2006 23:49:50

Commentaires


Ah lalala, c'est vrai qu'ils vont nous manquer les petits brestois quand on sera en Ligue 1... :o)

Un supporter des merlus lorientais

Rédigé par : Ludo | 21 avr 2006 10:27:04

Bonjour Benoît

Nous aurons l'occasion de vibrer ensemble lorsque Strasbourg rencontrera Brest en seconde division.

Bravo pour votre prise de position. Je partage vos sentiments et conclusions avec les nuances suivantes: le dopage n'est pas nécessairement une conséquence de la loi du profit - ( le depassement de soi - la reconnaissance d'autrui sont des motivants puissants égals à celui de l'argent) .
Mon deuxième commentaire porte sur la valeur du football comme outil d'intégration européenne et de solidarité ( qui fait quoi pour rendre le football moins nationaliste et plus solidaire !).
LUEFA pourrait faire davantage en terme de redistribution et de solidarité avec les clubs moins importants. Les politiques devrait obtenir davantage de l'uefa qui à terme risque de se transformer en G 14 bis pour "intégrer" et accomoder les gros clubs sans contrepartie pour les autres.

Il y a peut être un milieu entre G 14 et UEFA - qu'en pensent des clubs commme Strasbourg et Brest, les PME du football européen ?

Rédigé par : kern philippe | 21 avr 2006 13:56:15

Allez allez allez le stade allez allez le stade brestois

Rédigé par : Sylvain | 21 avr 2006 23:40:07

Interdisons le sport professionnel! Et reversons tout aux clubs locaux!
Celui qui aura le courage de faire ça y perdra toute ses chances de carrières, mais quel beau geste.
Que les gens arretent de vivre par procuration!

Rédigé par : Boulgakof | 12 mai 2006 16:46:34

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