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10/04/2006

L'espoir et la gravité

Stopcpe_1Maintenant que le CPE est retiré, nous sommes partagés entre deux sentiments : l’espoir et la gravité.

L’espoir parce que cette ultime offensive des libéraux s’est conclue par un échec et met fin à l’entreprise de thatcherisation de la société française, thatcherisation par la mise aux normes libérales du modèle social français et à la volonté de briser le syndicalisme en France.

Espoir encore parce que la jeunesse et tout le mouvement social ont montré leur disponibilité pour le combat collectif et pour la solidarité plutôt que pour le repli sur les trajectoires individuelles ou corporatistes. Et espoir toujours parce que la société française confirme après le 29 mai 2005 et son rejet du projet de Traité constitutionnel européen qu’elle n’est pas dupe des objectifs des politiques libérales et qu’elle a compris que c’est notre capacité à vivre ensemble qui est mise en cause par la politique libérale et sécuritaire du gouvernement.

Mais gravité aussi parce qu’on mesure combien la violence de la politique gouvernementale a créé de tentions dans la société. Gravité parce que, même si cette fois-ci le combat collectif et la solidarité ont prévalu, nous voyons combien cette société peut être tenté par les dérives autoritaires  si aucun débouché politique n’est donné demain à ses aspirations et à ses revendications.

Gravité encore, car la demande sociale est si élevée qu’elle appelle de la gauche qu’elle soit demain outillée pour préparer une alternative économique, sociale et démocratique à la droite.

Que démontre le mouvement contre le CPE si ce n'est la nécessité d'une rupture fondamentale avec les institutions actuelles et la recherche d'un nouvel ordre public social. Que suppose pour les socialistes de répondre réellement à cette demande ?

Cela suppose de promouvoir un nouveau partage de la valeur ajoutée entre le capital et le travail qui permette de financer de nouvelles marges de manœuvres budgétaires, qui soutienne la croissance et l'emploi par la hausse des salaires et qui garantisse la pérennité du financement de nos système sociaux.

Cela suppose parallèlement de défendre une nouvelle règle du jeu démocratique fondée sur l'enracinement de la négociation sociale au cœur d'une VIème République parlementaire.

Posted by Benoit Hamon on avril 10, 2006 at 04:31 PM dans Témoignages | Permalink

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de l'Atlantique à l'Oural

Appel à réveiller l'Europe

L'avenir de l'Europe passera par l'Ukraine! Le pays de la révolution orange devient un point de jonction entre Bruxelles et Moscou. C'est une chance pour les peuples d'accélérer l'histoire en créant une Grande Europe citoyenne!

L'Ukraine aujourd'hui se retrouve dans une drôle de position: ni à l'Est, ni à l'Ouest. Le résultat des élections législatives du 26 mars semble avoir confirmé la politique d'ouverture née de la révolution orange. La société civile ukrainienne a pris sa destinée en main. Même divisés, les principaux acteurs de la révolution d'il y a un an peuvent prétendre à conserver le contrôle du pays face à des adversaires pro-russes ayant pourtant réalisé les meilleurs scores individuellement. Une alliance Timochenko, Iouchtchenko et socialistes leur procurerait la majorité absolue au parlement (Rada). Les désillusions de nombre de citoyens ukrainiens de ces derniers mois ne sont donc pas suffisantes pour les pousser à se réfugier dans les bras du voisin moscovite. L'histoire est en marche et rien en semble devoir désormais entraver l'émergence d'une nouvelle voie dans cette partie du monde, logée dans un espace qu'il reste à créer entre Bruxelles et Moscou. Le prochain gouvernement aura à défricher une partition tout à fait inédite sur la scène internationale et l'on peut compter sur la pugnacité de Ioulia Timochenko pour revendiquer une identité propre. Avec toutes ses disparités et ses contrastes, la nation ukrainienne va maintenant en finir avec son apprentissage accéléré de l'histoire du XXe siècle et - malgré la profonde casse que cette transition engendre dans tout le pays - inciter l'Europe à se propulser enfin dans le XXIe siècle en bousculant l'organisation moribonde du continent.

Cela a été dit haut et fort, comme pour mieux se bercer dans l'illusion d'un choix courageux et raisonnable. L'Union européenne n'est pas prête à tracer une feuille de route à l'Ukraine et préparer son adhésion. C'est déplorable à plusieurs titres. D'abord parce que les élites de Bruxelles n'ont de cesse à comparer la situation ukrainienne à la question turque, aussi absurde que cela puisse être. Ces deux pays entretiennent certes des relations fortes d'échanges, mais il n'existe aucun motif pour subordonner l'avenir de l'un à celui de l'autre, si ce n'est une pure question de calendrier diplomatique. La population des pays de l'Union est favorable à une adhésion de l'Ukraine, pays dont le caractère européen ne souffre d'aucune contestation possible. Dès lors, l'on ne peut qu'amèrement regretter la position effrayée de l'Union européenne qui n'est qu'une démonstration supplémentaire des technocrates et même des députés de l'UE de leur totale incompréhension de l'aspiration des peuples. Désorientés par le refus du projet de constitution, ils semblent être saisis d'une sorte de paralysie. Incapables de comprendre la volonté de la population, ils se recroquevillent ainsi avec détermination sur l'idée de devoir reconstruire l'organisation même de l'UE avant de se projeter dans tout nouveau débat d'avenir. Les problèmatiques de gestion à vingt-cinq après l'intégration des PECO prennent l'ascendant sur les questions politiques alors que c'est justement ce que réclament les citoyens! L'Europe se trouve en panne sèche du fait d'une déconnection absolue entre les peuples et ses élites. Et cette fracture ne fait que s'accentuer, neutralisant tout espoir d'initiative. Finalement, la question de l'Ukraine n'est rien de plus qu'un cruel révéltateur car elle exige de savoir rebondir en imaginant l'avenir, en considérant enfin cette Europe comme étant un espace de vie citoyenne et non seulement un marché.

Une formidable opportunité s'offre donc, par défaut, à l'Ukraine. Le pays est en passe d'occuper une place centrale au niveau géopolitique sur le continent européen. Ses liens étroits hérité du passé avec la Russie et son rapprochement de l'Union euroépenne lui confèrent une position extrêmement enviable en n'étant finalement rien de moins que l'Etat fédérateur d'une nouvelle entité qu'il faudra de toute façon songer à bâtir dans les prochaines décennies: la grande Europe. L'Union européenne seule ne pourra résister à la pression internationale avec la poursuite du développement des nations émergentes telles que la Chine et l'Inde. Malmenée par la puissance économique américaine, l'essor technologique nippon puis la vitalité de l'économie coréenne, l'Union européenne devra se trouver de nouveaux alliés pour atteindre une dimension susceptible de lui préserver une identité. A ce titre, l'intégration des PECO était nécessaire mais ne suffira pas.

De son côté, la Russie devra également compenser la perte de ses territoires satellites. Le cas de la Bélarussie a permis de démontrer que Moscou préserve son influence à ses frontières, mais les vélléités de liberté exprimées par le peuple bélarusse lors des présidentielles de mars finiront tôt ou tard à faire tomber cette dictature anachronique, vestige d'un autre temps. Ce n'est qu'une question de temps. Viendra alors le moment d'effectuer un rapprochement franc entre Moscou et Bruxelles, idée qui a d'ailleurs déjà été amorcée puisque les initiatives de collaboration se multiplient dans les discours.

Les générations actuelles ne verront peut-être pas ce grand dessein se réaliser, faute à l'homme de savoir dépasser l'horizon de sa propre existence pour se projeter dans le sens de l'histoire. De tout temps il a fallu des leaders d'exception pour oser bousculer l'ordre établi des choses et proposer un projet visionnaire. La grande Europe n'est pourtant pas une idée récente. C'est celle de l'Atlantique à l'Oural. Peu d'acteurs réussissent pourtant outrepasser la bienséance diplomatique pour défendre sur la place publique une telle ambition, certes vaste mais terriblement humaine. Sauf que cette utopie est devenue nécessaire à l'heure de la mondialisation. Il est peut-être temps de réveiller l'Europe et sa jeunesse pour entreprendre cette construction d'avenir.

J'en appelle à toutes les personnes de bonne volonté, jeunes et anciens, habitant des pays de l'Union européenne et de l'extérieur, pour réaliser ensemble ce vaste projet de vie...
http://www.europ.canalblog.com

Rédigé par : olivier | 12 avr 2006 01:41:02

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