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20/12/2005

L’opinion publique européenne divisée sur la question turque

EurobaroVu de France, on peut souvent avoir l’impression que le projet d’adhésion de la Turquie à l’Union suscite dans toute l’Europe une solide résistance. Pourtant, la réalité dessinée par le dernier eurobaromètre est plus nuancée, plus complexe aussi, en révèlant de profonds clivages entre les opinions publiques européennes.

Certes, au niveau des 25 Etats-membres, une opposition claire et majoritaire à l’entrée de la Turquie se dégage : seuls 35% des Européens y sont favorables, 52% y étant hostiles et 13% n’exprimant pas d’opinion. De tous les pays candidats, la Turquie est bien sûr le pays cristallisant le plus d’opposition. Mais la surprise n’est pas là : elle réside bien plutôt dans le clivage entre les anciens pays de l’Union et les nouveaux membres, issus de l’élargissement de 2004.

De manière générale, les opinions publiques de ces nouveaux membres sont très largement plus favorables au principe même de l’élargissement de l’Union : 72% des citoyens de ces dix nouveaux pays s’y disent favorables pour seulement 45% des citoyens des quinze pays anciens membres. Et ce qui vaut sur le principe vaut aussi pour la question turque : 48% des citoyens des nouveaux pays sont favorables à son adhésion, pour 32% de ceux des anciens. Dans la détail, l’adhésion de la Turquie suscite la plus forte hostilité en Autriche (80%), en Allemagne (74%), au Luxembourg (72%) en Grèce (70%), en France (70%), au Danemark (62%) et en Belgique (61%). Il a y à l’inverse, et ce que peu de Français savent, des opinions majoritairement acquises à l’adhésion turque : 50% des Suédois, 51% des Hongrois, 53% des Slovènes, et 54% des Polonais y sont favorables. Il y a enfin des pays où l’adhésion turque suscite une majorité relative d’approbation : c’est le cas de l’Espagne (42% contre 33%), du Portugal (43% contre 33%), de l’Irlande (38% contre 34%) et de la Lithuanie (42% contre 32%).

Le degré d’ancienneté à l’Union joue bien plus dans ces attitudes que les valeurs culturelles nationales, puisque, on le voit, les pays à plus forte tradition catholique sont aussi les plus favorables, ou les moins opposés à l’adhésion turque. On touche là au second grand enseignement de l’Eurobaromètre : l’argument de la différence culturelle et/ou religieuse, si souvent invoqué en France, est moins décisif quand on l’appréhende à l’échelle européenne. D’abord parce que 55% des Européens estiment que « par sa géographie, la Turquie appartient à l’Europe ». Ensuite parce que si 54% des Européens jugent que « les différences culturelles sont trop importantes pour permettre l’adhésion », ce chiffre s’explique pour beaucoup par la force du noyau dur d’opposition que constituent notamment la France, l’Allemagne et l’Autriche. Et cela ne doit pas masquer que dans 9 Pays de l’Union déjà une majorité estime à l’inverse ces différences surmontables.

Dit autrement, ce tableau d’opinion dessine bien, et quoi qu’on en dise en France, des possibilités politiques d’entrée de la Turquie dans l’Union. A condition qu’elle progresse dans son respect des droits de l’homme. Parce qu’on touche probablement là à un des fondements de l’Union, l’opinion publique européenne est sur ce point parfaitement consensuelle. 84% des Européennes jugent que pour pouvoir adhérer la Turquie devra respecter systématiquement les droits de l’Homme. Mais si Ankara est capable de donner des garanties suffisantes sur le respect de la démocratie, des minorités, et de progresser sur la question de la reconnaissance du génocide arménien, alors elle renforcera à l’évidence les soutiens d’opinion dont elle peut disposer en Europe. D’autant plus que la Turquie peut compter sur un autre atout pour modifier les rapports de force : l’entrée de pays comme la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, dont les populations, sondées par cet eurobaromètre, sont déjà majoritairement favorables à la cause turque.

Dans les dix ans qui viennent, et à condition de se trouver une exemplarité nouvelle sur les questions démocratiques, la Turquie a les moyens de mobiliser des soutiens au sein des opinions publiques européennes et de créer les conditions politiques de son adhésion. Faire croire l’inverse est tout simplement une négation des nouvelles réalités européennes, issues de l’élargissement.

L’enquête : Eurobaromètre Standard 63 (terrain : mai-juin 2005)

Posted by LeFIL on décembre 20, 2005 at 08:02 PM dans Opinions | Permalink

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Commentaires

Comme quoi rien n'est perdu.

En espérant que la Turquie avance rapidement vers une vraie démocratie et qu'on arrivera à aller plus loin que les arguments à la sarko (pour mémoire : "la Turquie, si c'était en Europe, ça se saurait")pour convaincre nos concitoyens de l'intérêt de l'intégration de la Turquie.

Quelle est la température sur le sujet au sein du Parlement ?

Rédigé par : V. | 22 déc 2005 23:49:04

Bonjour à tous,


Un nouveau forum de gauche à tendance socialiste vient d'ouvrir ses portes

http://forumsocialiste.free.fr

Un espace est d'ailleur dédié au MJS, organisation que tu connais bien benoit.

N'hésitez pas à venir nombreux échanger, débattre et défendre vos idées.

J'espère d'ailleur avoir un jour l'honneur d'accueuilir Benoit sur ce site.

Amitiés socialistes,

Arnaud, le webmaster du forum socialiste.

Rédigé par : Arnaud | 23 déc 2005 14:23:23

Meilleurs voeux pour 2006 :-)

Rédigé par : Helder | 31 déc 2005 12:20:05

L'Europe existe à peine, les 25 sont déjà incapables de se mettre d'accord sur un budget, certains pays ont des politiques étrangères radicalement opposées, d'autres n'ont même pas adopté l'euro, il y a un manque flagrant de démocratie (au bénéfice de la Commission), etc... L'Europe doit d'abord se trouver une réelle cohérence avant d'accueillir une Turquie elle aussi ambiguë ou schizophrène. Si cette intégration se fait trop rapidement, nous saurons que les partisans d'une Europe marché et atlantiste auront gagné.

Rédigé par : Choupi | 14 jan 2006 02:15:59

si l'integration de la turquie veut dire dans le sens français du mot, c.a.d sous forme d'une assimilation culturelle plutot que d'etre la conservation du multiculturlisme qui est la vrai identité de l'union européenne, tous les turcs sont contres cet adhésion. en parlant de la loi de 1915 concernant la migration forcée de la population arménienne, les français et les allemands doivent etre les plus prudents de la terre entiere car les massacres de l'armée française en algérie et ceux de l'armée allemande en namibie sont beaucoup plus affreux que les événements qui ont eu lieu en hiver de 1915. pour pouvoir etre une civilisation exemplaire pour le reste du monde, l'europe doit tout d'abord se sauver de l'orgueillisme français.

Rédigé par : omur gursoy | 15 jan 2006 22:14:24

Bonjour Omur. Tu mélanges un peu de tout dans ton message, mais qu'importe.

Je suis profondément pour une adhésion de la Turquie à l'UE. Quand on dit cela, sela implique une intégration de la culture Turque (que je connais bien pour des raisons personnelles), pas une assimilation d'une surface géographique. C'est d'ailleurs ce qui choque l'extrême-droite et une très large majorité de la droite, ainsi qu'une partie de la gauche !
Qu'importe, nous avons quelques années pour convaincre.

Mais que l'on parle de Turquie ou de Croatie, la question de l'élargissement soulevée par Choupi reste fondamentale.
Nous avons dénoncé l'élargissement, non pas parce que nous voulions garder notre richesse et ne pas la partager avec 10 nouveaux pays moins riches, mais parce qu'il n'est politiquement plus possible de gouverner l'europe.

Enfin, concernant les crimes que tu évoques, je te trouve plutôt de mauvaise foi.
Effectivement la France ne s'est pas excusée officielement des crimes commis en Algérie et c'est honteux. Je ne connais pas la position de l'Allemagne sur la Namibie, mais je fais confiance a ce que tu avances. Est-ce que pour autant il n'est pas tout autant honteux que la Turquie ne fournisse pas des excuses pour ce qu'elle a fait subir à des civils Arméniens ? Est-ce que le problème est de savoir qui a tué le plus de monde ? Et comment verifie-t-on cela ?
Il est tout de même édifiant de voir que se sont les insultes et les coups qui accueillent en Turquie toute évocation - même neutre ! - de la question Arménienne.

Les Turques ont raison d'être déçu de la position des français vis à vis de leur futur adhésion. Mais ne mélangeons pas tout lorsque nous discutons de cette question.

Amitiés,
Emmanuel

Rédigé par : Emmanuel P. | 17 jan 2006 11:41:59

EUROPE ET TURQUIE

- Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d’incompréhension, de confusion …
Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !

- Alors, ce pays, européen ou pas ?

- Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant…

- Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?

- Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.

-Commençons par les géographiques.
La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?
Evident, non…

- Frontières culturelles.
Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement…
Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe…
- Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ?
- A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie…
- Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée…
- Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.
Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire !
Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les Juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance…
- Fermons la parenthèse.
- Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin ! (l’alphabet grec et l’alphabet latin sont « frères » comme l’est l’alphabet hébreu avec l’alphabet arabe).

- Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !

- Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...

- Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.

- Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :
Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien).
A l’ouest, évidement l’atlantique.
Au nord/est le Rhin et le Danube.
Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-)
Au sud/est le Tigre et l’Euphrate.
Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire).
Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne !
Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors.
Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche…
Relativité des concepts, disions-nous…
Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…

- Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !
Mais cela était il y a « deux milles ans »…

- Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?

- Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas…
Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.

COLPIN Didier

Rédigé par : COLPIN Didier | 8 avr 2008 10:03:49

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