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30/11/2005

Rapport FMI

Nous y sommes. Mon rapport sur le FMI vient d'être publié. Ce rapport est en fait une résolution soumise au vote du parlement Européen. Il sera voté en plénière en février 2006. Mardi dernier, j'ai organisé une audition au Parlement Européen pour éclairer les enjeux d'une réforme des missions et de la gouvernance du Fonds Monétaire International. Participaient à cette rencontre avec le Parlement Européen, le directeur général adjoint du Fonds, Mr Agustin  Carstens, Mr Mario Cafiero, député argentin qui a démontré le lien entre l'intervention du FMI et la crise argentine, Mme Ngaire Woods économiste et spécialiste des phénomènes de globalisation et de développment et enfin Hetti Kovaks de l'ONG Eurodad.

Le Fonds a poliment accueilli mon rapport. La critique de la conditionnalité des prêts, et la dénonciation du consensus de Washington qu'il applique uniformément dans ses recommandatiosn aux PVD consitituent deux des points les plus critiqués par les économistes du Fonds et par la droite au sein du Parlement. Ce sont sur ces points que les principaux amendements seront déposés, à l'initiative du FMI lui même et par l'entremise de quelques parlementaires complices ou à l'initiative des groupes conservateurs et libéraux. Ci joint le texte du rapport.

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Posted by Benoit Hamon on novembre 30, 2005 at 06:25 PM | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack

22/11/2005

vote de la directive services en commission Marché Intérieur

Communiqué de presse

Lors de l’examen par la Commission du marché intérieur du Parlement Européen, ce mardi 22 novembre 2005, de la proposition de directive sur les services (directive Bolkestein), dernière et décisive étape du processus législatif avant l’adoption par la plénière du Parlement, la majorité PPE (conservateurs) et ALDE (libéraux) a voté un rapport qui soutient l’essentiel du projet de directive proposé par la Commission Européenne.

La droite européenne n'a pas raté son rendez-vous avec le démantèlement du modèle social européen. Elle a été unanime à inclure dans le champ d'application de la directive services les services d'intérêt économique général (SIEG). Elle a été homogène dans ses votes en faveur du principe du pays d'origine (PPO) et de l'encouragement au dumping social dans le marché intérieur. Elle a été fidèle à ses obsessions libérales en supprimant l'essentiel des dispositions d'intérêt général en Europe qui encadraient l'établissement et l'exercice des activités de service.

J'ai pour ma part voté l'amendement de rejet de la directive, en vain. Puis j'ai tenté avec le groupe PSE, GUE et Verts de limiter la casse. Le bilan est maigre. Et malgré les efforts de compromis remarquables de la rapporteure Evelyne Gebhardt, la droite européenne a engagé la mise aux normes libérales de l'économie des services dans le marché intérieur. Elle a souverainement ignoré des mois de mobilisation sociale, l'expression vigoureuse de rejet des politiques libérales des referenda français et néerlandais.

L'imposture du discours de Chirac au regard des actes de l'UMP et du PPE est totale, quelque soit l'urgence sociale, quelque soient les inquiétudes des plus fragiles. La droite française ne rate aucun de ses rendez-vous avec le démantèlement du modèle social français et européen. 

Posted by Benoit Hamon on novembre 22, 2005 at 08:16 PM | Permalink | Commentaires (68) | TrackBack

09/11/2005

digression

Cagr29a3_1Lundi au Parlement Européen, j’ai bouclé la rédaction de mon rapport sur le FMI.

Commence maintenant la phase la plus cruciale, celle de l’examen par mes collègues de la Commission Affaires Economiques et Monétaires de mon texte.

Ecrire un rapport de cette sorte est un exercice à la fois utile et frustrant.

- Frustrant car la partie « dure » du rapport qui exclue l’exposé des motifs ne pouvait pas dépasser 6000 signes. J’ai obtenu une rallonge de « 2000 signes » après négociation avec mon groupe politique. Si le règlement intérieur du parlement européen encadre strictement la longueur des rapports, il octroie cependant à chaque groupe politique un « rab global » de signes qu’il revient à chacun d‘entre eux  de redistribuer selon l’intérêt des sujets. Cette rallonge bienvenue m’a permis de répartir mes propositions en 8000 signes. Il demeure pourtant frustrant de balayer un sujet aussi vaste et important que la politique et la gouvernance du FMI en 3 pages de recommandations.

- Mais l’exercice n’en demeure pas moins intéressant et utile. Il oblige à la concision. Il exclue les digressions pour concentrer le contenu du rapport sur des points de résolutions brefs et clairs.

Dans un rapport du parlement Européen, tout est amendable sauf l’exposé des motifs qui appartient exclusivement au rapporteur. L’essentiel ne tient pas dans ce préambule mais dans la résolution soumise au débat et aux amendements des parlementaires. Le rapport porte votre nom. Cependant, si au terme des débats, la version adoptée par le Parlement en séance plénière heurte le rapporteur, celui-ci peut demander à ce que son nom soit retiré du rapport.

Le rapport est, depuis ce matin, entré dans la lourde tuyauterie des services de traduction et sera livré aux parlementaires dans 15 jours dans leur langues respectives. A suivre...

Posted by Benoit Hamon on novembre 9, 2005 at 10:58 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (34) | TrackBack

08/11/2005

Dessin_de_v_hugo

Vous trouverez ci dessous la tribune que j'ai écrite et que Libération a publiée hier.

« Les races supérieures, c'est-à-dire les sociétés occidentales parvenues à un haut degré de développement technique, scientifique et moral, ont à la fois des droits et des devoirs à l’égard des « races inférieures ». C’est par ces mots que Jules Ferry justifiait le 28 juillet 1885 à la tribune de la Chambre la nécessité de l’expansion coloniale. On aurait tort cependant de croire qu’à la fin du 19ème siècle, cette vision du monde faisait l’unanimité, puisque Clémenceau dès le 30 juillet 1885 s’emportait déjà contre ces velléités expansionnistes : « La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force (…) Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie. »

Depuis, 130 années se sont écoulées, le débat entre Ferry et Clemenceau semble tranché et cette page honteuse de l’histoire de la République tournée. Pourtant, le 23 février 2005, par le vote de la loi « Portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », dont l’article 4 dispose « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre mer, notamment en Afrique du nord », la droite Française a fait la démonstration des rapports ambigus qu’elle entretient avec le passé colonial de la France. En effet, cette entreprise négationniste menée par une poignée de parlementaires clientélistes nostalgiques du « temps béni des colonies », sous l’œil apparemment indifférent d’un gouvernement aux abonnés absents, impose une histoire officielle en ne retenant que le « rôle positif » de la colonisation et en jetant le voile sur les crimes, les massacres, l’esclavage, le racisme hérité de ce passé. Oubliés, les zoos humains, le régime de l’indigénat, le travail forcé, l’oppression économique, les déplacements de population, niées, la conquête sanglante, et la guerre de libération meurtrière marquée par la pratique généralisée de la torture : les manuels scolaires se devront de relayer le mensonge officiel et de mettre l’accent sur le « rôle positif » de la présence française.

Au-delà l’injonction éducative, la droite affirme par cette loi, la hiérarchie entre communautés qui structure à ses yeux, à la fois l’Histoire des hommes mais aussi le présent de la société française. En définitive, elle portraite, considère et juge d’une manière assez semblable « l’indigène » des colonies et la « racaille » des banlieues.

Il suffit de constater le silence médiatique assourdissant qui accompagne la condamnation de l’ancien président de France télévision Marc Tessier, du présentateur, du rédacteur en chef et de l’assistant d’une émission au cours de laquelle a été diffusé un SMS faisant référence aux « odeurs des blacks » , et au soutien appuyé que le ministre de la culture a apporté au présentateur mis en cause , ou de réfléchir aux propos du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy à Argenteuil, utilisant le terme de « racaille » pour qualifier les jeunes des banlieues, pour se convaincre que les stéréotypes issus du passé dictent les pratiques d’aujourd’hui.

De même, la politique de Nicolas Sarkozy, qui cherche à confessionnaliser les problèmes sociaux,  avec l’instrumentalisation du conseil français du culte musulman (CFCM), créé pour régler des questions cultuelles mais qui se voit de plus en plus fréquemment sollicité comme porte parole d’une « communauté », révèle une persistance des réflexes de l’administration coloniale, qui traitait avec les oulémas et définissait les indigènes par leur religion.

Enfin, lorsque l’on voit que à qualification égale, le taux de chômage des jeunes issus de l’immigration est deux fois supérieur, le déclassement deux fois plus fréquent des diplômés vers des tâches d’exécution, on ne peut que s’interroger sur une perpétuation de la hiérarchie des tâches issue de l’époque coloniale - ce sont toujours les mêmes qui construisent les routes et transportent les poubelles.

Le message est il alors qu’il faut que les communautés s’organisent afin de faire respecter leur droit à la dignité ? Le communautarisme est-il la seule solution face aux racismes, pour des citoyens à qui la République n’offre que discrimination à l’embauche, concentration dans les cités, invisibilité électorale, sous représentation médiatique, surexposition au zèle policier et judiciaire ?

Je refuse l’idée selon laquelle les communautés pourraient être un instrument de l’égalité, de même que l’idée selon laquelle les discriminations positives pourraient « réparer » les discriminations dont sont victimes nos concitoyens descendants d’immigrés africains ou asiatiques, les « minorités visibles ». De même que le racisme consiste d’une part dans la division du genre humain en catégories d’Hommes selon leurs appartenances, et d’autre part dans la hiérarchisation de ces catégories ainsi définies, le communautarisme commence par distinguer des communautés avant de les hiérarchiser, chacun défendant la primauté ou la supériorité de la sienne. Ces hiérarchies implicites deviennent ainsi un substitut de citoyenneté et le règlement des conflits sociaux se privatise : le résultat de cette stratégie, c’est l’abandon de la République, communauté de droit et de valeurs au profit d’une société dans laquelle la discrimination ou la violence qui frappent un citoyen en raison de ses origines, de sa foi, de ses convictions n’insultent plus la collectivité mais relève désormais du conflit particulier.

Hier, la République était le rempart des citoyens français face à la violence faite à un seul d’entre eux au nom de l’antisémitisme ou du racisme. Aujourd’hui le gouvernement privatise le règlement des conflits et décharge la République de sa mission protectrice et émancipatrice. La droite qui gouverne aujourd’hui n’est plus Républicaine, au sens où on l’entend ici, elle est Républicaine au sens où on l’entend Outre Atlantique.

Pour éviter la contagion de la violence, il est urgent de propager la dissidence.

Posted by Benoit Hamon on novembre 8, 2005 at 09:39 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (11) | TrackBack