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23/10/2005

Malentendu

Images_14La décision de nos camarades du SPD de choisir l’alliance avec leurs adversaires conservateurs de la CDU/CSU est l’origine d’un malentendu qui pourrait coûter cher à la sociale démocratie européenne et à l'avenir immédiat de l’Europe.

Vu de ce côté ci du Rhin, cette décision laisse interrogateur et inquiet. La première surprise aura été de constater que, si la gauche sort victorieuse du scrutin en remportant la majorité des sièges au Bundestag, la seule alliance qui n’ait jamais été envisagée soit celle de toute la gauche : Linkspartei + Verts  + SPD. Le SPD n’aura même pas consacré une réunion à discuter avec le Linkspartei, ne serait ce que pour vérifier leurs désaccords. A ce stade je précise afin d’éviter les procès en sorcellerie (fréquents en période de congrès socialiste) que je n’ai aucune attirance pour le Linkspartei et sa démarche. Je suis un fervent partisan du SPD, parti frère du Parti Socialiste français. Mais sa stratégie me déroute.

Bien sûr, le Linkspartei fort de son succès électoral posait des exigences difficiles à accepter pour le SPD : le retrait des troupes allemandes d’Afghanistan et surtout la remise en cause des réformes Hartz 4. Mais rien n’a été tenté pour que, confronté à la proposition d’une alliance unitaire de toute la gauche allemande pour s’opposer au programme ultra libéral d’Angela Merkel, le Linkspartei soit obligé de tempérer ses exigences. Aucune pression n’aura été faite en ce sens.

Au-delà même de ce scénario, un autre schéma existait : celui d’une coalition SPD/Verts minoritaire sur le papier. Une fois encore, la cinquantaine de députés du Linkspartei aurait été mise devant ses responsabilités au moment de voter au Bundestag pour ou contre une formule qui si elle l’excluait d’une participation gouvernementale, proposait une alternative de gauche à l'alliance contre nature entre les sociaux démocrates et les conservateurs. Le Linkspartei aurait dû assumer devant ses électeurs de faire perdre une coalition capable d’éviter la mise en œuvre de tout ou partie du programme ultra libéral de la droite allemande. Mais ce scénario n’a jamais été sérieusement envisagé.

Le SPD a choisi très tôt l’alliance avec la CDU/CSU. Ce choix désarme et désoriente. Il fera inévitablement prospérer le Linkspartei. Il conduira inévitablement à des compromissions politiques et idéologiques qui renforceront la confusion des esprits et nuiront aux intérêts des salariés. Il alimentera l’abstention et soutiendra les dérives extrémistes. Il pèsera sur le sort de plusieurs directives européennes déterminantes dont la directive services.

D’ailleurs, nombreux sont ceux qui s’interrogent déjà au sein du PSE sur l’attitude future des deux présidents des groupes PPE et PSE, tous deux allemands et désormais supporters du même gouvernement. Quel sera le point d’équilibre sur la directive "services" ? Nous l’ignorons encore mais redoutons un compromis très éloigné des positions jusqu’à présent défendues officiellement par la délégation socialiste allemande. Et les premiers signes de changement ne se sont pas fait attendre. Mardi, en réunion de groupe de travail du PSE sur la directive "services", quelle ne fut pas notre surprise d’entendre deux parlementaires socialistes allemandes, silencieuses jusqu’à présent sur ce dossier, intervenant soudainement pour critiquer la position de leur compatriote et rapporteure sur la directive services Evelyn Gebhardt. A suivre.

Posted by Benoit Hamon on octobre 23, 2005 at 07:08 PM dans Témoignages | Permalink

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Benoît Hamon s'étonne du refus réciproque de la part du SPD et du PDS de faire une coalition de gauche, il parle même de malentendu. Je suis content de lire une opinion qui est la mienne depuis les résultats des élections allemandes. Autant j'ai [Lire la suite]

Notifié le 25 oct 2005 11:24:54

Commentaires

Etrange alliance en effet... Les verts allemands sont pourtant très ouverts et disposent de vraies personalités crédibles. Peut-être ne voulaient-ils pas le pouvoir, pour se reconstituer une base électorale. Peut-être parce que la prise en main du discours écologiste par tous les partis leur fait craindre une disparition à moyen terme.
Mais surtout, nos "frères" allemands du SPD ont mené une politique de droite (de mon point de vue français), peut-être pour créer un parti centriste... on sait que le compromis est bien ancré chez eux, et il est clair que cette position a de l'avenir, électoralement.
Si la gauche française est malade, la gauche allemande a de la fièvre et commence à délirer.
Dis moi Benoit, n'y a-t-il pas un courant au SPD qui pourrait être "réformiste radical"?

Rédigé par : Boulgakof | 24 oct 2005 16:48:46

Salut Benoit,je crains fort que l'alliance SPD/CDU/CSU sonne le glas de la Social Démocratie en Europe, et provoque un sacré coup de frein à l'Europe sociale que nous voulons! Il nous faudra être attentif au 1er Congrès du GUE qui va avoir lieu à Athènes les 29 et 30 octobre prochains... En fait d'un "Malentendu", c'est plutôt d'un bien entendu libéral qu'il s'agit!
A Rousset le 5 novembre...non loin de micro-électronics.
Amitié, Gilbert de Pertuis en Luberon.

Rédigé par : Gilbert Soulet | 25 oct 2005 17:15:06

Salut Benoit,

Je n'ai pas raté une page de ton blog et à chaque fois, l'envie me prenait d'envoyer un petit commentaire.

Enfin, la réalisation est faite!

Parce que sur cette histoire allemande, cela m'a mis en colère que l'évidence de ton analyse (que je partage complétement, à la virgule près) soit si absente du débat public.

Comme quoi, bien irresponsable est celui qui n'a pas conscience de l'utilité d'une nouvelle gauche.

War Roag, comme ils disent à l'ouest!

bien à toi,
issam.

Rédigé par : issam | 28 oct 2005 19:49:29

A vous lire, il y a une diabolisation du Linkspartei, comme en France, celle de l’extrême gauche. Tous les sous-entendus (leur volonté de ne pas prendre des responsabilités gouvernementales ; des positions politiques qui rendent aussi bien leur discours qu’une entente de cette sociale-démocratie tant vantée ici, en France comme Outre-Rhin, avec eux, si inacceptables et pour les uns et pour les autres ; etc…) me semblent surprenants. La méthode de disqualification du discours adverse (et c’est tout de même les tenants de la sociale-démocratie qui décident et définissent ceux qui lui sont adversaires) est somme toute assez facile et fort peu constructive. Pourquoi tel discours serait-il plus disqualifié que tel autre ?

Il me semble, quant à moi, que cette alliance a quelque chose de symptomatique de la perte et décadence des idéologies. C’est-à-dire d’un discours politique qui n’assume pas ses propres orientations, ou encore une sorte de nivellement des idées parce qu’on a vu ce que, dans ce XXème siècle, comment l’Idéologie pouvait mener au Totalitarisme. C’est, sans le dire, le discours de Jospin.
Cette alliance est une caricature parce que, malheureusement, elle est dans l’air du temps.

Rédigé par : | 29 oct 2005 18:54:19

Le sens des réformes n'est pas la même entre l'extrême gauche et le SPD. Il y a plus d'opposition frontale dans le contenu entre Die Linke et le SPD, qu'entre le SPD et le parti d'Angela Merkel. En Allemagne de l'Ouest, je ne pense pas qu'on ait très envie de faire alliance avec les ex-communistes remis au gout du jour. Le modèle français de la gauche plurielle ne peut pas se reproduire partout. D'ailleurs je n'imagine pas une alliance EXG-PS en France sans parler du contenu. Rappellons qu'en Allemagne ils n'ont sans doute pas pu discuter du fond en si peu de temps avec cette situation inattendue...

Rédigé par : Laurent H | 7 nov 2005 17:39:16

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