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31/07/2005

French Bush

Jogging1  « (…) Souvent, il m’arrive de me sentir étranger en mon propre pays (…)». C’est Nicolas Sarkozy, venu rencontrer un parterre d’étudiants américains  le 4 octobre 2004 à l’Université de Columbia (NY) qui s’est laissé aller à cette curieuse confidence. Il ne faut voir aucun hasard dans cette déclaration, aucune gaffe, aucune légèreté. Dans ce clin d‘oeil d’un candidat déclaré à la présidence de la République Française adressé sur le territoire américain à un public travaillé par le sentiment « anti-français », il n’y avait aucun hasard mais un signal et une promesse aux autorités américaines : « je suis des vôtres ».

Ainsi, Sarkozy a pu engranger et savourer les compliments complaisants de la presse conservatrice US sur ce Français si différent du reste de la classe politique hexagonale. L’Amérique victorieuse de Bush a choisi son interlocuteur. Il est libéral, communautariste et partage le dessein d’un monde ordonné selon une hiérarchie civilisationnelle qui place les valeurs de l’occident chrétien au sommet de l’axe du bien.

Aux plus belles heures de la querelle transatlantique on ne se souvient pas avoir entendu Nicolas Sarkozy soutenir le refus français de s’associer à une guerre tout aussi illégale que dangereuse pour les grands équilibres mondiaux. Respect des prérogatives du chef de l’Etat ? S’agissant de Nicolas Sarkozy, cette règle ne s’applique pas. En réalité, il est probable que le plus « aligné » des ministres de droite ait opportunément fait silence, l’œil rivé sur les courbes de l’opinion française, sur ses désaccords vis-à-vis de la position française dans le conflit irakien.

La France a son « good guy ». Son projet est simple : le marché, la communauté et le bâton. Le marché comme instrument et espace de régulation sociale et économique, la communauté comme lieu de citoyenneté et le bâton pour maintenir l’ensemble en ordre.

Reconnaissons que dans les faits il s’efforce de ressembler à ses maîtres outre atlantique. Les exemples pullulent. Je n’en prends que deux où l’anecdote révèle une pensée et une stratégie inquiétantes.

Tom Cruise fait la promo en France d’un de ses films en 2004. Il est reçu le 30 août par Nicolas Sarkozy alors Ministre de l’économie et des finances. Qu’il soit un missionnaire actif d’une organisation, reconnue comme une secte par l’Etat français et donc surveillée par le Ministère de l’Intérieur, ne l’a absolument pas gêné. Nicolas Sarkozy n’a pas eu à l’égard de l’Eglise de Scientologie, les mêmes préventions que l’ensemble des autorités publiques chargées de lutter contre l’entreprise de manipulation et d’extorsion dont cette secte s’est rendue plusieurs fois coupable. Il considère que ces communautés religieuses, jouent un rôle déterminant dans construction individuelle des consciences. Il attribue aux églises, communautés et médias les fonctions d’intellectuel métapolitique que Gramsci avait identifié comme moteurs de l’hégémonie culturelle préalable à la conquête du pouvoir politique réel. Il juge que la valorisation et la reconnaissance de leur place et de leur rôle est une clé essentielle d‘un système fondé sur la soumission des consciences. Il façonne et alimente cette société stigmatisée par Guy Debord où : « pour la première fois, les mêmes sont les maîtres de ce qu’on fait et les maîtres de ce qu’on en dit ».

Sarkozy organise le communautarisme. Simultanément il prépare le désengagement de l’Etat et l’effacement de la République. Sa stratégie est simple, favoriser l’organisation des communautés et leur pérennité. L’Etat leur offre la reconnaissance et leur garantit comme dans le cas de l’Islam à travers le conseil français du culte musulman un cadre légal pour assurer leur financement et leur développement.

La montée récente des violences antisémites a donné l’opportunité de mettre en application cette stratégie nouvelle des autorités publiques françaises. Observons la politique de Sarkozy à la lumière de ce cas d’école. Son diagnostic est simple : les juifs sont victimes d’agression répétées essentiellement du fait de jeunes issus de l’immigration. Ce constat réduit l’augmentation des profanations de cimetières perpétrées par de jeunes néo nazis et la relance par Bruno Gollnisch de polémiques négationnistes à des manifestations antisémites traditionnelles et finalement négligeables.

Pour régler le problème de la recrudescence des actes antisémites, il faut donc que les communautés se rencontrent et règlent leurs différents entre elles. A l’Etat, la charge du médiateur. Sarkozy organise donc une « rencontre secrète » entre Fouad Allaoui, président de l’UOIF et Roger Cuckiermann, président du CRIJF. Le lendemain cette rencontre est opportunément rendue publique. Aux communautés que le gouvernement met en face de leurs responsabilités en médiatisant leur dialogue, le devoir de mettre fin à leurs conflits. Le résultat de cette stratégie, c’est l’abandon de la République, communauté de droit et de valeurs au profit d’une société dans laquelle la discrimination ou la violence qui frappent un citoyen en raison de ses origines, de sa foi, de ses convictions n’insultent plus la collectivité mais relève désormais du conflit particulier.

Hier, la République était le rempart des citoyens français face à la violence faite à un seul d’entre eux au nom de l’antisémitisme ou du racisme. Aujourd’hui le gouvernement privatise le règlement des conflits et décharge la République de sa mission protectrice et émancipatrice. Nicolas Sarkozy n’est pas Républicain, au sens où on l’entend ici, il est Républicain au sens où on l’entend Outre Atlantique.

Bourdieu a écrit : « de toutes les forces de persuasion clandestine, la plus implacable est celle qui est exercée tout simplement par l’ordre des choses. » La force du néo libéralisme est d’obtenir le consentement de ses victimes. Pour parvenir à ce consentement, il faut l’intervention d’acteurs économiques, sociaux culturels qui affirment et démontrent davantage que la suprématie du système libéral : sa fatalité.

Il est urgent de propager la dissidence.

Posted by Benoit Hamon on juillet 31, 2005 at 01:31 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (13) | TrackBack

18/07/2005

L'application de la politique économique de l'Union dans les 25 Etats membres

Growth_2 En avril 2005, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen interrogeait par le biais d’un questionnaire les Parlements des Etats membres sur « la politique économique européenne : perspective nationale et perspective européenne ». Les réponses des Parlements nationaux permettent de mieux comprendre dans quelles proportions les gouvernements de chaque Etat membre relaient les politiques européennes de libéralisation et de privatisation.

Question du Parlement européen :

Quelles réformes structurelles sont en cours dans votre pays? Cette question concerne les réformes réclamées par l'Agenda de Lisbonne (*) et par les grandes orientations des politiques économiques (GOPE) ainsi que celles qui ont été lancées au niveau national. Y a-t-il d'autres secteurs où vous sentiez qu'urgence il y a de moderniser le système économique et social de votre pays ?

Résumé des réponses des Parlements nationaux

Pays

Chambre

Résumés des réponses

Portugal

Pas de réponse

Socialiste

Espagne

Congrès députés

Socialiste

100 mesures prévues dans un plan de dynamisation de l’économie.

Ce plan vise à stimuler la productivité et augmenter l’emploi (objectifs de compétitivité), à favoriser l’investissement privé et à augmenter l’efficacité du SP (amélioration du cadre réglementaire de la concurrence, transparence, qualité et efficience des dépenses publiques).

Sénat

PP

Pour le Sénat, aucune réforme structurelle n’est en cours (le plan de dynamisation de l’économie est insuffisant). Il regrette la tendance interventionniste du Gouvernement et souhaite une relance de la compétitivité (mise en place de la concurrence sur l’énergie, et le commerce), une mise en place d’un politique de l’emploi compétitive et d’augmenter l’investissement privé en R&D plutôt que public.

France

Assemblée nationale

UMP

Pas de réponse

Sénat

UMP+UDF

La commission des finances qui répond aux questions ne s’estime pas compétente.

Italie

Sénat

Centre droit

Réalisé : Retraites et marché du travail. En cours : Baisse des impôts et simplification du système fiscal. Réforme de l’éducation et de la recherche, réforme de la justice.

Projets de libéralisation du secteur public et de privatisations

Malte

Chambre représentants

Parti nationaliste (droite pro européenne)

Soutien à la croissance, à l’innovation, à la flexibilité, libéralisation du marché du travail :

Baisse du nombre de jours de congés, développement des infrastructures, réformes du service public, incitations fiscales à la recherche, privatisations,  lutte contre l’économie souterraine, incitation au travail des femmes, amélioration de l’efficacité du service public, réduction d’effectifs, hausse de l’age du départ en retraite

Slovénie

Parlement

Centre droit

Réformes structurelles : mise en place d’un environnement favorable à l’entreprise (dérégulation, simplification administrative). Amélioration SP et infrastructure de transport et communication, flexibilité marché du travail, réforme système de santé et budget de l’Etat.

Grèce

Parlement

Droite (nouvelle démocratie)

Réforme fiscale, privatisations et libéralisations,  réforme du système financier, simplification du licenciement, réorganisation du système public de santé.

Chypre

Chambre des représentants

Gauche

Amélioration qualitative du système scolaire et du service public (informatisation, formation), modernisation PME, renforcement économique sur certains pôles (financier, techno). Equipement technologique du pays.

Hongrie

Pas de réponse

Socialistes+centre gauche

Autriche

Conseil national

Alliance droite / extrême droite

Le conseil rappelle les politiques de la législature en cours : baisse du nombre de fonctionnaires, baisse du budget de l’administration, réforme des retraites, du système de santé, de l’assurance chômage et du marché du travail, baisse de l’intervention publique dans les chemins de fer, politiques de privatisations, libéralisation de l’énergie et des communications et enfin augmentation des budgets R&D

République Tchèque

Assemblée réunie

Majorité relative au Parlement pour les sociaux-démocrates

La majeure partie des réformes est en discussion. Réforme faite des finances publiques et débat sur le financement de la santé et des retraites. Hausse de la productivité des entreprises par une baisse de la charge fiscale et subventions à la recherche. Energie, télécommunications et finances en cours de libéralisation. Réforme en cours sur la formation et le R&D. Projets sur la flexibilité du marché du travail et amélioration de la distribution des allocations sociales pour éviter les abus. Création agences privées pour l’emploi. Sur l’environnement, programme de baisse des émissions et hausse des énergies renouvelables.

Slovaquie

Conseil national

Centre droit

Réformes faites du financement de la santé, des retraites et de la fiscalité. Réforme en débat : éducation (mise en concurrence), télécommunications (libéralisation), baisse des charges  des entreprises, réduction effectifs administration, assouplissement contrats de travail, réforme marché du travail (création d’emplois à forte VA).

Pologne

Sejm

Sociaux démocrates

Les réformes faites concernent l’assainissement des finances publiques, du marché du travail, la libéralisation du système économique, la sécurité sociale, l’administration et l’éducation. Un train de privatisation est en cours. Les réformes à faire dépendront du résultat des législatives.

Lituanie

Seimas

Coalition Gauche+populistes

Libéralisation des télécommunications, de tous les transports et de l’énergie. Privatisation de plus de 5000 entreprises. Programme de développement des hautes technologies en cours. Amélioration de la formation professionnelle,de la prise en charge socio économique du secteur de l’emploi, et aide à l’investissement pour les PME.

Lettonie

Parlement

Alliance verts / Chrétiens démocrates / Libéraux

Débats en cours entre le Gouvernement et le Parlement.

Estonie

Parlement

Alliance centre gauche / droite libérale et conservateurs

A part son accord global sur la stratégie de Lisbonne, Le parlement ne répond pas sur les réformes faites et à faire

Finlande

Parlement

Centre droit

Réforme des retraites faites. Pour le reste,

la Parlement

souhaite que les réformes structurelles sur la concurrence se fassent mais rappelle que la structure de son pays demande du temps

Suède

Pas de réponse

Sociaux-démocrates

Danemark

Pas de réponse

Alliance des libéraux et des conservateurs

Allemagne

Bundesrat

Opposition

Gouvernement : SPD+verts

Après avoir rappelé le contenu de l’agenda 2O1O, Le Bundesrat insiste sur la nécessité d’une réforme en profondeur de la politique de l’emploi, de l’Assurance maladie et sur la disparition de la bureaucratie qui empêche le développement économique

Luxembourg

Chambre des députés

Chrétiens sociaux

Des avancées et des retards dans la stratégie de Lisbonne. Réformes en cours sur l’administration, sur l’enseignement, la promotion de la recherche publique et privée et encouragement de l’entreprise par la baisse de la charge administrative.

Belgique

Sénat

Rappel des politiques augmentant le potentiel de croissance dans le cadre de la stratégie de Lisbonne : Politique de l’emploi (réduction des coûts salariaux, suivi des chômeurs, formation, temps de travail, fin de carrière), amélioration de la politique fiscale en faveur des entreprises, accomplissement de la mise en en concurrence du marché de l’énergie.

Pays Bas

Chambre des représentants

Coalition démocrates chrétiens / Libéraux

Rappel des dernières réformes et notamment : réforme du système de santé, nouvelle réglementation de la concurrence, allègement du « fardeau de l’administration », encouragement des initiatives privées en R&D (et transfert des connaissances du public vers les start-up), réforme du cadre légal des marchés publics.

Royaume Uni

Communes

Travaillistes

Rappel des priorités du budget 2005 : Lutte contre l’inflation. Soutien à la productivité par le soutien à l’entreprise, à la concurrence, à la flexibilité et à la recherche. Lutte contre les inégalités et la pauvreté des jeunes et des retraités. Efficacité des SP, amélioration de la qualité environnementale.

Lords

Pas de réponse

Eire

Dail Eireann

Centre droit

Pas de réponse

(*) La stratégie de Lisbonne consiste à faire de l’Union, d’ici à 2010, l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde. Elle est déclinée selon quatre principes directeurs :

-          une croissance économique durable

-          l'amélioration quantitative et qualitative de l'emploi

-          une plus grande cohésion sociale et

-          la prise en compte du principe du développement durable dans les politiques communautaires.

Focus sur les nouveaux Etats membres

Globalement les réformes faites par ces EM portent sur les régimes de protection sociale (retraites, santé, assurances chômage), sur le marché du travail, sur l’aide aux entreprises (et notamment les PME), sur les infrastructures, sur l’éducation et la formation professionnelle, et sur l’administration et les services publics.

La plupart des réformes ont été menées dans le but de pouvoir entrer dans l’Union, et l’objectif de celles ci a été la « modernisation » de l’économie et de l’appareil étatique pour permettre l’entrée définitive dans l’économie de marché.

Mise à part la Slovénie qui parle d’une amélioration des services publics et des infrastructures de transport et de communication (sans d’ailleurs préciser si cette amélioration est due à une intervention publique ou privée), Chypre qui a amélioré son système éducatif (même remarque que précédemment) et à la Lituanie qui engage des politiques publiques de formation professionnelle ;

Mise à part les politiques publiques de recherche et développement et d’accompagnement économique vers les hautes technologies (Malte, Chypre, République Tchèque, Lituanie) ; l’ensemble des autres réformes va dans un sens de libéralisation, de diminution de l’intervention publique et d’incitation à l’initiative privée. Ces réformes sont assumées, sauf dans le cas de renouvellement électoraux à venir comme pour la Pologne, et s’inscrivent dans le cadre de la stratégie de Lisbonne.

La flexibilité du marché du travail est la réforme qui revient le plus (Malte, Slovénie, République Tchèque et Pologne, en cours en Slovaquie), suivie par la simplification administrative (baisse des charges pour la Slovénie, la République Tchèque, la Pologne et la Slovaquie, baisse des effectifs de fonctionnaires pour Malte, la Slovaquie et la Pologne).

En général, les réformes sur la charge publique (réforme des finances publiques pour la République Tchèque, la Slovénie et la Slovaquie), concernent aussi les systèmes de protection sociale (réforme des retraites en Slovaquie et à Malte, mais en débat en République Tchèque, réforme du système de santé en Slovénie, Slovaquie et Pologne, réforme des allocations sociales en République Tchèque).

Enfin, la question du secteur privé est abordée par des incitations fiscales notamment pour les PME (Malte et la République Tchèque), les trains de privatisation (Pologne, Malte et Lituanie), et la libéralisation des secteurs des transports, énergie et télécommunications (République Tchèque, Lituanie, en cours pour la Slovaquie).

Posted by Benoit Hamon on juillet 18, 2005 at 02:21 PM dans Interventions au parlement | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack

Passage

Chapelle_saint_jeanVendredi 15 juillet, Claude Hamon est parti. Il était mon parrain. Discret, humble, breton de Plougastel Daoulas. Marin d’abord puis 20 ans d’Afrique et le retour au Dreff dans sa maison en bord de grève, à quelques champs de Saint Jean, berceau de notre famille.

Samedi, Clara est née, elle est ma filleule. J’irai lui montrer Kervern, Le Dreff, la grève, l’Elorn, Saint Jean, la chapelle et la maison des aïeux.

Posted by Benoit Hamon on juillet 18, 2005 at 02:01 PM | Permalink | TrackBack

15/07/2005

Négo...

Sahra_wagenknechtPiianoora_kauppi En face de moi, Sahra Wagenknecht, 35 ans, allemande, communiste (old school), rapporteure pour la commission affaires économiques et monétaires sur la directive Services (Bolkestein).

A ma droite, Piia Noora Kauppi, 30 ans, finlandaise, libérale (trés), « shadow » du groupe PPE sur le même dossier. Chacune d’elles est entourée d’un staff (assistant + administrateur) issu de son groupe politique. Au milieu, il y a moi, accompagné d’une administratrice allemande du groupe socialiste, Ute Muller, et de mon collaborateur italo-belge Antonio Gambini. A ma gauche, Alain Lipietz pour les Verts est venu seul.

La réunion a été convoquée par Sahra Wagenknecht. Elle réunit autour d’elle les « shadows » de chacun des groupes politiques de la commission « affaires économiques et monétaires » sur le dossier « directive services ». Trois ont répondu à l’appel. Verts (Lipietz), PPE (Kauppi) et PSE (moi). Manquent les libéraux du groupe ALDE, mais nous apprendrons par leur administrateur que Kauppi parle aussi en leur nom. UEN, IND/DEM et NI (droite, souverainistes, ext-D) sont également absents.

L’objet de la réunion est la recherche d’un accord sur des amendements de compromis à la directive service. Nous sommes là au cœur d’une des pratiques les plus importantes du parlement européen. C’est là que se nouent (ou pas) les accords qui font les majorités en commission puis en plénière. Mais avant de revenir à la « négo », un rappel de la procédure et du contexte s’impose.

La commission « affaires économiques et monétaires » n’est pas la commission qui examine au fond la directive Services. C’est la Commission « Marché Intérieur » (dont je suis aussi membre) qui a en charge le dossier. Plusieurs autres commissions sont saisies pour avis. Les commissions, « Environnement », « Emploi », « Industrie », « Juridique » et enfin « Economique ». Ces avis sont déterminants parce qu’ils couvrent une partie spécifique du champ de la directive. L’avis de la commission affaires économiques et monétaire compétente sur les SIG est particulièrement attendu au sujet du champ d’application de la directive. Grosso modo, l’enjeu pour les socialistes est d’exclure SIG et SIEG (services économiques d’intérêt général) du champ d’application de la présente directive qui entend achever la réalisation du marché intérieur des services (+ de 60% du PIB de l’UE pour mémoire) et d’obtenir une directive supplémentaire qui légifère sur les services publics (SIG) en Europe. Dans les faits, on peut amender toute la directive même sur les sujets qui ne sont pas du ressort de la commission à laquelle on appartient, mais il est clair que c’est sur les SIG que notre avis comptera.

La réunion des « shadows » trouve sa place au terme d’un long processus (plusieurs mois) de discussions en commission, d’auditions et de séminaires. La rapporteure a rendu son projet. Elle y taille en pièces la directive Services. Les députés de la commission ont ensuite déposé leurs amendements au texte de la directive (pas au rapport). La mission de la rapporteure est à partir de son propre rapport et des amendements des députés de dégager les compromis possibles sur lesquels une majorité peut être trouvée. Pour mémoire, le rapport de force gauche/droite est de 40/60 dans la commission affaires économiques et monétaires.

Revenons donc à la négociation. Cette réunion des « shadows » a lieu l’ultime semaine avant les vacances parlementaires. Nous voterons en commission lors de la première semaine de septembre. C’est donc maintenant ou jamais que nos allons savoir si nous pouvons tomber d’accord notamment sur l’épineux dossier des services d’intérêt général.

La réunion a lieu en anglais, faute d’interprétation, et même s’il n’y a pas un anglais autour de la table. Sahra Wagenknecht nous propose une vingtaine d’amendements de compromis réalisés à partir de la synthèse entre son rapport et nos amendements. Ses amendements de compromis cherchent, article par article de la directive, à intégrer le suggestions ou les formulations des uns et des autres mais conservent cependant l’empreinte de leur rédactrice. L’orientation politique n’est pas absente de cet exercice. Au résultat, si les amendements proposés par Sahra Wagenknecht sont plus modérés que sa propre opinion, ils constituent un ensemble homogène de modifications du texte qui désamorce les principales menaces que fait peser cette directive sur l’économie et le modèle social européens.

Je n’ai aucun mandat de négociation du PSE à l’exception de la feuille de route que j’ai soumise à mes collègues socialistes de la commission dans un document stratégique de travail. J’ai donc bien l’intention d'avancer sur des bases hautes.

C’est Sahra Wagenknecht qui commence et dit sa volonté d’arriver à un accord. Pia Nora Kauppi prend la parole immédiatement et indique que les propositions de compromis sont inacceptables et qu’elle n’a absolument pas l’intention de perdre son temps dans la réunion puisque qu‘elle a un mandat clair du PPE et de l’ALDE : « pas de négociation – pas de compromis ». Ca fait cinq minutes qu’on est là et ma première négociation importante tourne court. Je tente donc de faire durer un peu en interpellant Kauppi sur la nature et la signification de son mandat : « Tous les députés du PPE sont ils d’accord avec cette ligne (je pense notamment aux français de l’UMP en principe favorables à l’exclusion des SIG du champ d’application de la directive). Que signifie cette ruade de la droite en « Economique » alors qu’elle a signé des compromis en « Emploi », « Industrie » et « Environnement » ? »

Elle me dit que le tempérament du PPE dans notre commission est plus radical que dans les autres et qu’il n’y aura pas d’accord. Alors juste avant qu’elle se lève, je tente une dernière tentative en proposant qu’on ne parle que des SIG et pas du reste. Elle me répond poliment, me sourie gentiment, salue la rapporteure lui dit bonne chance et nous souhaite de bonnes vacances.

Sahra Wagenknecht est dépitée. Elle a compris qu’elle devra probablement retirer son nom du rapport quand la commission  aura amendé la directive dans un sens exactement inverse à sa proposition. On se donne rendez vous fin août pour faire le point sur l’homogénéité des troupes PPE. Lipietz lui claque une bise et on se quitte.

Jeudi, par téléphone mon assistant m’apprend que Kauppi n’avait semble t’il, aucun mandat formel du PPE. Elle aurait avancé sur ses propres bases, confiante dans sa capacité à convaincre ensuite ses collègues. Fort.

Posted by Benoit Hamon on juillet 15, 2005 at 03:45 PM dans Interventions au parlement | Permalink | Commentaires (7) | TrackBack

06/07/2005

Trés beau coup d'épée dans l'eau

DigueHier, en séance plénière, le parlement européen a rejeté la résolution du conservateur autrichien Kurt Joachim Lauk sur le bilan de la Banque centrale européenne par 296 voix contre 287.

Je ne sais pas encore bien quelle alchimie a permis une telle majorité mais c’est un succès inespéré.

Le sujet : le rapport annuel 2004 de la Banque Centrale Européenne.

L’histoire : ce rapport est issu de la commission économique et monétaire dont je suis membre. J’ai été nommé rapporteur shadow pour le PSE en dernière minute pour me substituer au collègue socialiste portugais initialement en charge. Nous avons déposé une série d’amendements au projet initial de résolution très libéral et conservateur. Lors de l’examen des compromis possibles, j’avais suggéré en tant que « shadow » au groupe socialiste qu’il était impossible de voter ce texte si devait toujours y figurer la référence à l’augmentation du temps de travail pour soutenir la croissance en Europe.

Voici la partie du texte que j’incriminais « se félicite de la politique de la BCE tendant à mettre l'accent sur l'objectif primordial du maintien de la stabilité des prix, contribuant ainsi à assurer une croissance économique soutenue; considère que la faiblesse relative de l'activité économique et la baisse de confiance du secteur privé de la zone euro en 2004 résultent de l'absence de réformes structurelles ainsi que du fait que l'on travaille moins d'heures en Europe que dans d'autres régions du monde; affirme qu'il faut accélérer la cadence des réformes structurelles pour renforcer le potentiel de croissance des États membres; reconnaît que la concurrence sur les marchés de l'UE constitue un moteur de la croissance économique et que ses effets en termes de gain d'efficience et d'innovation ne devraient pas être contrecarrés; »

Défaits en commission dans leurs tentatives de modifier ce texte, les socialistes ont donc voté contre.

Débattu lundi (voir mon intervention dans « obsessionnel ») et voté en plénière hier, le texte a été rejeté. C’est inédit, inattendu, positif mais.... sans conséquence. En effet, le Parlement, pas plus qu’aucune autre institution européenne ne commande à la Banque centrale Européenne. Mais, à voir les applaudissements nourris des bancs de gauches hier à l’annonce du résultat, il y avait outre la joie liée à la surprise de ce verdict, une satisfaction d’avoir battu la droite sur le sujet des orientations économiques de l’Union Européenne.

Parfois, même si la marée est plus forte, on prend pourtant plaisir à donner des coups d’épée dans l’eau. Prochaine étape : une digue !

Posted by Benoit Hamon on juillet 6, 2005 at 10:05 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack

05/07/2005

Vents porteurs

Vent2Ça n’est pas encore un gros vent arrière, pas tout à fait le moment de sortir le spi et de se laisser porter Éole et Neptune réunis mais c’est déjà une bonne risée.

Ce week-end, j’ai enchaîné trois réunions dans le Finistère et le Morbihan, toutes organisées à l’invitation de NPS. Les choses bougent. L’humeur et l’atmosphère qui entourent nos réunions aussi. Les salles sont plus nombreuses. On y rencontre des partisans du Non et du Oui. Et si les militants du NPS sont les plus nombreux, s’y retrouvent aussi des militants socialistes issus de la majorité comme des minorités du Parti. Une volonté simple les rassemble, changer l’orientation du Parti Socialiste pour gagner en 2007.

Une conscience aigue de notre responsabilité vis-à-vis des couches populaires s’y manifeste. On parle salaires, répartition initiale de la richesse, impôts. On parle condition sociale, emploi, flexibilité, précarité. On parle logement, éducation, pauvreté. On parle démocratie. On parle de réconcilier le monde du travail et le socialisme.

Si ces réunions disent la radicalité de la société et des militants qui la scrutent et veulent la changer, on y trouve pourtant aucune fascination vis-à-vis de l’extrême gauche. Point d’aspirants gauchistes, que des socialistes. Et les voilà de rire de ceux qui dans leur propre parti voient un facteur trotskyste derrière chaque intervention chahuteuse ou grave d’un socialiste avide de changements.

De la radicalité, de la simplicité et de la fraternité et pas une tête réclamée. Ni bête noire, ni recours. Ni liste rose ni  liste noire. Juste l’évidence lourde, incontournable qu’il faut changer de ligne, saisir l’opportunité historique de reconstruire le PS sur une assise sociale homogène, « ceux et celles qui vivent ou voudraient vivre de leur travail ».

Ce Lundi, Vincent de retour de PACA me parle d’un mistral prometteur, Arnaud juste rentré des Pyrénées, m’évoque une tramontane encourageante. Ca souffle gentiment mais sûrement et on avance.

Posted by Benoit Hamon on juillet 5, 2005 at 10:57 AM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack

Obsessionnel

Jc_trichetTotalement obsessionnel ! C'est ce que d'aucun finiront par croire en lisant que j'ai encore interpellé, Jean Claude Trichet sur les conséquences économiques et sociales de la politique conjuguée de la Commission Europenne et de la Banque Centrale Européenne. Récitation idéologique, radotage ridicule, je vous laisse le soin de faire votre choix. Mais bon, pour l'instant j'arrive à peu près à vivre avec mes névroses.

"Comme vous devez être satisfait monsieur Trichet et je ne vous le reprocherai pas.

- Observer le consensus qui se dégage au sein de ce Parlement autour de l’orthodoxie monétaire de la BCE, peut légitimement vous réjouir.

- Constater à quel point le rapport de monsieur LAUK s’aligne sur vos recommandations et souligne le pouvoir politique - de fait - de la BCE, doit vous combler.

Qu’avez-vous à craindre des représentants de ce Parlement quand ils se font les zélés défenseurs des recettes que vous préconisez et qui ont pourtant, avec une tragique constance, échoué à rétablir la croissance et la confiance en Europe ?

Alors réjouissez vous, le rapport de monsieur LAUK propose mieux que les réformes des systèmes de protection sociale que vous conseillez, mieux que la modération salariale que vous suggérez, mieux que la réduction de la dépense publique que vous surveillez, il appelle à une augmentation de la durée du travail en Europe.

Voyez vous, c’est mon premier mandat dans ce Parlement et dans la commission affaires économiques et monétaires et je suis intervenu dans cet hémicycle plusieurs fois pour m’inquiéter dans le vide des mauvais résultats économiques et sociaux des orientations économiques arrêtées par la Commission et par votre institution. J’observe pourtant que ceux à qui ce rapport veut imposer la charge d’une durée de travail supplémentaire, ont été plus efficaces que vous à lutter contre la surévaluation de l’euro en votant « Non » en France et aux Pays Bas à la politique que vous soutenez.

Fervent partisan de l’Euro, je suis favorable à la stabilité monétaire et je défends avec conviction une convergence plus forte des économies européennes mais je vous invite à reconnaître qu’il n’existe pas une seule politique économique et monétaire possible et à vous souvenir que l’évaluation de l’efficacité de votre mandat se mesure d’abord dans la vie quotidienne des européens et dans ce qu’ils en disent."

Télécharger la vidéo de l'intervention

Posted by Benoit Hamon on juillet 5, 2005 at 10:33 AM dans Interventions au parlement | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack