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30/06/2005

Just back from USA

Hamon_davis_evansJe reviens des Etats Unis d'Amérique. Une semaine passée à Washington où je participais à la 59ème session du dialogue législatif transatlantique entre le Parlement Européen et le Congrès US.

J'ai la chance d'être premier vice-Président de la délégation du Parlement Européen pour les relations avec les USA. Le Président de la délégation est un conservateur britannique, cultivé, intelligent et drôle, Jonathan Evans. Je le confesse, je l'aime bien et ceci pour deux raisons. Premièrement, son insistance à toujours se revendiquer "Gallois" l'a rendu à mes yeux de "Breton" assez immédiatement sympathique. C'est sans doute un peu ethnocentré comme remarque, mais bon, on ne peut pas toujours être "universellement correct". Deuxièmement, une passion partagée pour le rugby qui suscite entre nous de solides mais fraternelles controverses. Chose amusante : tory britannique, il aurait pourtant voté "oui" à la Constitution Européenne quand, socialiste français, j'ai voté "non". Je n'insiste pas.

Pour le menu (programme en annexe) ce fut riche et complet. J'ai profité de cette semaine aux USA pour m'organiser une quinzaine de rendez vous au Fond Monétaire International et à la Banque mondiale dans le cadre du rapport qui m'a été confié à propos de la "revue stratégique du FMI". Dans cette série de rendez vous personnels je retiendrai la sentence "emblématique" d'un de mes interlocuteurs défendant la politique et la doctrine du FMI : "là où les pays vont mal, c'est qu'ils n'ont pas écouté les recommandations du Fonds, là où ils vont bien, c'est qu'ils ont suivi nos prescriptions!". Je me suis empressé de noter cette déclaration pleine d'humilité pour mon rapport.

Pour le reste, la principale leçon est le faible niveau d'intérêt du Congrès pour les relations bilatérales avec le Parlement Européen. Au plus fort de la participation de la délégation américaine avec leurs homologues du Parlement Européen, on comptait cinq membres de la Chambre des Représentants face aux 23 députés européens ! La moitié du temps nous avons discuté avec 2 ou 3 membres du congrès quand ce n'était pas avec la seule présidente de la délégation US, madame Jo-Ann Davis, élue Républicaine de Virginie! Inutile de dire que la qualité du dialogue s'en est ressenti car il est difficile pour nos homologues américains d'être spécialistes sur tous les sujets pourtant prévus à l'ordre du jour.

Ce déficit d'intérêt n'est pas semblable dans l'administration américaine. Chacune des agences ou bureaux que nous avons rencontrés a été plutôt ouvert et disponible au dialogue avec le Parlement Européen, illustrant le virage dans la politique européenne de l'administration Bush 2.

Cela étant dit, il faut reconnaître qu'entre nos critiques sur Guantanamo ou la cour pénale international et "pisser dans un violon", c'est pareil. Nous avons eu affaire à des gens polis mais sûrs de leur fait. Une chose est sûre, je me suis senti profondément européen lors de ces discussions, au delà parfois des différences politiques entre nous. Il y a comme un patrimoine, une colonne vertébrale, une culture commune qui nous définit et nous désigne. C'est un sentiment plutôt agréable.

A part ça, j'ai appris de mes homologues Républicains qu'ils souhaitaient Hillary Clinton comme adversaire pour les présidentielles. Et de mes homologues démocrates qu'ils ne savaient pas vraiment quel profil choisir pour l'emporter.

Enfin pour rire, l'histoire absolument vraie suivante. Un membre du Congrès (membre du sub-committee Europe, donc sensé connaître un peu l'Europe) m'a demandé si Chirac allait encore être le candidat socialiste aux prochaine présidentielles. C'était sincère et sans ironie. J'ai donc gentiment répondu qu'on pensait à quelqu'un d'autre pour cette fois ci.... See you soon!

Download us_agenda_2005.doc

Posted by Benoit Hamon on juin 30, 2005 at 06:36 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

18/06/2005

Hamon : "une minute !"

1_minute Top, c'est parti !

Une minute pour m'exprimer sur le pacte de stabilité en séance plénière. Devant moi, la Commission, le Conseil et la BCE. Autour, une trentaine de collègues venus participer aux débats du Parlement sur la réforme du Pacte de stabilité... Pas le temps de musarder en route. il s'agit d'être précis. Une minute!!! Il y a 10 jours, les Français ont dit non. Il y a une semaine, les Néerlandais ont fait pareil. J'aurais tant de chose à dire sur ces deux votes et le lien évident entre la perte de confiance des citoyens européens et la stratégie d'austérité budgétaire défendue par la Commission et la BCE... Pas le temps! En une minute, vaut mieux te concentrer sur une idée comme disent les anciens du Parlement... Ca donne ça :

Cher (es) collègues, Puisque nous parlons d’économie européenne, je ne résiste pas à vous faire partager cette observation. En quelques jours, l’action conjuguée des citoyens français et néerlandais aura été plus efficace pour améliorer la compétitivité des produits européens destinés à l’exportation en provoquant le rapprochement de l’Euro par rapport au dollar, plus efficace donc que l’action de la banque Centrale Européenne. C’est un peu pourquoi, je crains que notre débat et les conclusions de la résolution soumise au vote du Parlement soient bien en deçà des réponses politiques nécessaires pour relancer l’économie européenne. La décision du conseil de Mars de réformer le pacte va dans le bon sens. Suffit elle à rassurer sur la capacité de l’Union Européenne à arrêter une stratégie de relance durable de l’économie ? Non Il est impossible de dissocier le débat sur l’avenir du pacte de stabilité, donc la coordination des politiques économiques et budgétaires du débat sur les perspectives financières. Comment voulez vous réduire les déficits de Etats membres si en contrepartie l’Union ne se dote pas des moyens budgétaires de garantir la cohésion sociale te de relancer l’économie européenne ? Je ne crois pas que l’austérité budgétaire dans les états membres combinée à l’inertie budgétaire de l’union permette de répondre au double défi de la croissance et de l’emploi. C’est maintenant qu’il faut donc parler de l’augmentation et de la diversification des ressources de l’Union, quitte à changer les traités pour permettre à l’Union de réaliser les emprunts et de lever l’impôt européen qu’exige la crise économique et politique que nous vivons.

Posted by Benoit Hamon on juin 18, 2005 at 11:14 AM | Permalink | Commentaires (9) | TrackBack

13/06/2005

Petits meutres entre amis

Images_12C’était mardi dernier. Réunion du groupe socialiste entre 18H30 et 20H30. A l’ordre du jour, pas la constitution européenne (prévue pour le lendemain) mais  la résolution du parlement européen consacrée aux perspectives financières de l’Union Européenne pour la période 2007-2013.

Enjeux, le financement de l’élargissement, le soutien aux régions les plus en retard économiquement et les ressources affectées aux objectifs unanimement retenus par les pays de l’Union dans ce qu’ils ont baptisé eux-mêmes la « stratégie de Lisbonne ». « Faire d’ici 2010 de l‘Union européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde au service d’une augmentation quantitative et qualitative de l’emploi, en faveur de la cohésion sociale et du développement durable »... Arrrgh !!!! Fin de citation. Reste donc cinq ans pour y arriver.

Découvrons donc les orientations budgétaires arrêtées pour fiancer cette stratégie ambitieuse. Aïe ! 6 pays parmi les principaux contributeurs au budget de l’Union, dont la France, l’Angleterre et l’Allemagne tonnent que le budget ne doit pas dépasser1% du PIB de l’Union. La Commission implore de franchir le cap des 1,2% du PIB, le Parlement soutient.

Attentif à ces suppliques le Conseil s’apprête dans sa grande bonté à trouver un compromis autour de 1, 06% du PIB de l’UE. Les Etats membres se préparent donc à décider de ne pas financer les priorités qu’ils ont eux-mêmes fixées pour la croissance et le développement en Europe.

A ce stade, il est donc intéressant de revenir à la réunion du groupe socialiste européen. Quel est le message des socialistes européens, militants pionniers de la construction Européenne dans ce débat ? L’urgence d’une augmentation des ressources de l’Union  par la création d‘un impôt européen voté par le Parlement ? Pas même évoqué. Le recours à l’emprunt pour financer l’élargissement et la stratégie de Lisbonne ? Pas un mot.

Pire. Le seul débat tranché par un vote de notre groupe a porté sur un amendement proposé à l’initiative de la coordinatrice du dossier budgétaire européen, la française Catherine Guy Quint. Elle proposait une formule, imparfaite sans doute mais au combien méritoire qui combinait, remise en cause du chèque britannique, réforme du financement de la PAC et mobilisation des crédits en faveur du financement de l’élargissement. En quelques lignes, une équation qui tentait de placer l’intérêt général européen au dessus des revendications nationales. Ont suivi une vingtaine d’interventions non plus de députés socialistes mais d’ambassadeurs des Etats membres.

Alors, je me suis souvenu de la critique de cette Assemblée unanime à me reprocher mon « non » à la constitution européenne, à m’expliquer combien je manquais à mes concitoyens européens. Je me suis souvenu, puis j’ai voté en faveur de cet amendement qui signifiait un recul des financements européens à destination de la France pour contribuer aux politiques de solidarité indispensables.

Je me suis souvenu de ceux qui critiquaient notre exigence d’un approfondissement préalable à l’élargissement et qui ce mardi refusaient de lâcher le moindre Euro. Je me suis souvenu et j’ai compté : 41 socialistes en faveur de l’amendement Guy Quint. Plus de 80 contre. A une majorité des deux tiers, l’intérêt général de l’Europe s’est effacé devant la coalition des intérêts nationaux.

A 20H30, le groupe socialiste européen venait d'enterrer le principe d'un budget soucieux d'un développement solidaire de l'Europe.

C’était un  mardi à Strasbourg, au cœur du groupe socialiste européen, la veille d’un débat sur les suites du référendum français, où les mêmes députés allaient collectivement regretter la « renationalisation » du débat européen provoquée par le « non » Français et Néerlandais.

Posted by Benoit Hamon on juin 13, 2005 at 11:01 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (14) | TrackBack