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31/03/2005

Projet socialiste

Poing_et_la_rose_2Le Parti Socialiste a commencé dans un contexte inédit la préparation de son projet pour 2007. Au beau milieu d'une campagne référendaire qui divise et laissera des traces, les socialistes débattent du diagnostic de la France et du monde. Ci après, une première contribution personnelle et contextualisée à ce débat, plus deux liens vers le diagnostic proposé par la direction du PS et celui proposé par NPS, le courant politique auquel j'appartiens.

Nous gagnerons en 2007 si nous réunissons deux conditions simples à énoncer :

Nous gagnerons, si les victimes des politiques libérales menées en France et en Europe votent ce que leur condition sociale leur commande naturellement de voter. C'est-à-dire contre la droite.

Nous gagnerons ensuite si le Parti Socialiste parvient dans son équation projet/candidat à proposer cette synthèse politique qui répond à la fois à la désespérance et donne un sens à ce qui subsiste d’envie d’y croire chez les victimes de la société libérale. Incarner la résistance et simultanément montrer les voies et les moyens pour étendre les frontières du non marchand, de l’intérêt général, du service public et de tout ce qui concourre à soustraire les individus et les groupes sociaux à la marque de la domination libérale et capitaliste.

En ce qui la concerne, la droite pour gagner, aura besoin de distraire l’électorat du chemin naturel qui doit conduire un Français, fragilisé dans sa retraite, dans son emploi, dans son salaire, dans ses droits de salarié et de citoyen, à voter contre elle. Pour y parvenir, elle cherchera à substituer aux motivations électorales des Français liées à leur situation économique et sociale une motivation supérieure.

C’est d’ailleurs la clé du succès de George Bush aux Etats-Unis. En tête des motivations du vote en faveur de Bush, on trouve « les valeurs qu’il incarne » pour 20% des électeurs. Ils ont ainsi été des millions d’américains à voter Bush malgré le fait que leur situation économique personnelle se soit dégradée à cause de sa politique.

J’observe que la droite, Sarkozy en tête, en choisissant sur le temps de travail, la laïcité ou la sécurité sociale de combattre les socialistes sur le terrain des valeurs, reprend la stratégie gagnante des néo-conservateurs américains.

La première bataille donc est celle du paysage, du contexte de l’élection. La bataille capitale qui fixe le décor. Cette bataille que nous avons perdue lors de la dernière élection présidentielle. Nous n’avions pas cessé de nous battre sur le terrain choisi par la droite sans jamais parvenir à imposer un autre diagnostic des forces et faiblesses de notre pays qui modifie les inquiétudes comme les espoirs des Français.

Qu’un Français voit la société, construite selon une hiérarchie qui stigmatise des classes dangereuses et encourage une concurrence bénéfique entre les individus ou selon qu’il juge que sa condition sociale au-delà du statut, du grade, du sexe ou de l’origine est semblable à celle de tous ceux qui vivent de la rémunération de leur travail, ses inquiétudes et ses espoirs ne sont pas les mêmes. Qu’est ce qui distingue un ouvrier qui adhère à la première lecture de la société de celui qui adhère à la seconde : essentiellement les valeurs qui structurent ses choix.

À quoi reconnaît-on les victoires récentes de l’idéologie libérale sur nos valeurs collectives?

- Dans la multiplication des agressions et des homicides contre les femmes (tous les cinq jours en France une femme meurt des suites de violences conjugales), les médias restituent d’abord une succession de faits divers, de drames passionnels, sans analyser la dérive d’une société machiste et sexiste. Dans cette ignorance délibérée de la dégradation de la représentation et de la condition sociale des femmes, le libéralisme culturel a gagné.

- Dans ce jugement qui place les 35 heures, parmi les premiers responsables du chômage de masse, dans cette opposition délétère entre emploi et conditions de travail et de vie, le libéralisme culturel a gagné.

- Dans cette affirmation que le déficit de l’assurance-maladie repose sur des patients sur consommateurs de médicaments et des malades irresponsables, le libéralisme culturel a gagné.

- Dans cette certitude, que votre CDI est menacé par le titulaire d’un CDD de 3 mois lui-même menacé par l’intérimaire, lui-même menacé comme tous les salariés par le chômeur «flexible» qui frappe à la porte de l’entreprise, lui-même menacé par l’immigré prédateur d’allocations, dans cette certitude que votre alter ego est votre pire ennemi, le libéralisme culturel a gagné.

Cette pente est forte et brutale. Une pente qui s’incline de plus en plus et dont chacun se persuade qu’il est dérisoire de vouloir s’en arracher. Pierre Bourdieu définit ainsi la puissance singulière de l’idéologie néo-libérale: «Le néo-libéralisme est une arme de conquête. Il annonce un fatalisme économique contre lequel toute résistance paraît vaine. Il détruit le système immunitaire de ses victimes.»

L’enjeu pour les socialistes est précisément là. Si nous échouons à convaincre notre camp politique naturel, de la force des valeurs d’égalité, de solidarité et de justice sociale et de fraternité. Alors la droite gagnera. Et sa victoire sera sans appel.

C’est pourquoi, je conteste le choix de la direction du PS d’inscrire le projet socialiste dans la formule du « réformisme de gauche ».

Quelles sont les informations livrées par un tel slogan ?

Le parti socialiste est réformiste. Outre que je ne vois aucune urgence à nous définir par rapport à un péril révolutionnaire, j’observe hélas, que la droite se revendique du réformisme autant que nous. En outre elle a réussi à associer le mot réforme au démantèlement de l’ensemble des mécanismes de solidarité en France et en Europe. Pour ma part je reste convaincu que pas plus que le oui de gauche ou de droite, le réformisme de gauche ou de droite ne parvient à distinguer vraiment, à séparer sans ambiguïté le projet socialiste du projet libéral.

Le parti socialiste est de gauche. Chacun sait parfaitement que sur le sens que nous donnons à notre engagement à gauche, il nous reste aujourd’hui à clarifier notre orientation, sur ce que nous y mettons, sur le niveau de contestation de l’ordre en place que cela implique, sur le niveau de remise en cause de certains de nos choix récents que cela appelle.

Le diagnostic proposé par le Nouveau Parti Socialiste se distingue de celui proposé par la direction du Parti. Pouvait il vraiment en être autrement ? Le verdict du référendum interne au PS sur le traité constitutionnel a conduit les militants du NPS à choisir le silence et à laisser le Parti faire la campagne que ses militants ont choisie en faveur du traité constitutionnel européen. Mais pour que les choses soient dites clairement, ce silence ne vaut pas consentement au fond.

Il n’a pas dissipé les désaccords profonds qui subsistent avec la direction de notre parti sur la signification des symptômes de cette société malade que nous voulons changer. Le 1er décembre a tranché un débat, il n’épuise pas les désaccords nés d’un diagnostic radicalement différent de cette France qui s‘est autorisée le soir du 21 avril l’absence de la gauche au second tour de l’élection présidentielle.

Nous savons qu’il y aura un après 29 mai. Nous contribuerons au projet socialiste comme nous contribuons aujourd’hui au diagnostic pour être utiles. Mais d'ici là, quelques réalités politiques demeurent  :

1. Nous n’avons jamais vécu une campagne électorale nationale au cours de laquelle des socialistes ont pour rivaux d’autres socialistes. Les conséquences de cette séquence sont imprévisibles car elle n’a pas de précédent. Au passage, cela justifie de la part de la direction et de la majorité du Parti, modération et responsabilité.

2. Quelle que soit la réponse des Français le 29 mai, la capacité du parti socialiste à rassembler la gauche pour gagner en 2007 sera fortement interrogée.

3. La ou le candidat du Parti Socialiste devra proposer une synthèse politique qui intègre les analyses et les propositions des 40% de militants appartenant aux minorités.

Dans l’intervalle, là où l’unité du Parti socialiste est en cause, il nous trouvera disponibles pour écoper ou souffler dans les voiles. Là où l’orientation du parti est en jeu, il nous trouvera exigeants pour refuser le moins-disant socialiste.

Download diagnostic_projet.pdf

Download NPS-contribution-diagnostic.pdf

A l’heure du diagnostic de la société qu’ils réalisent, la question posée aux socialistes est celle du décor qu’ils veulent imposer pour l’élection présidentielle.

Posted by Benoit Hamon on mars 31, 2005 at 07:48 PM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

Benoit, je ne sais si nous pouvons dialoguer via ce blog, tu n'as a ma connaissance jamais répondu à mes questions précédentes... Temps pis, je l'utilise.
En 2002, le "peuple de gauche" a voter contre la droite : le score de tous les candidats de "gauche" était de 43%. Le score de la droite non extrème était de 38%. Malheureusement je n'ai pas les chiffres pour les années précédentes, mais on voit que cela ne suffit pas. Pour moi le programme ET le projet sont beaucoup plus important.
L'écueil est que trop souvent, la classe politique sous estime la raison et les possibilités de compréhension ds électeur et le programme n'est pas suffisement argumenté pour que certains électeur y adhère. Voyez ce que fais Lula au Brésil. Il ne cache rien des réalités. Ne s'abrite pas derrière pour expliquer des retards, mais en tient compte pour un programme réaliste. La situation française est quand même meilleure que celle du brésil...Ce sera plus facile pour vous.
Et il y a de nombreuses réformes sur le plan institutionnel que NPS a proposé, mais ne met malheureusement pas en oeuvre actuellement, notemment sur le non cumul des mandats dans le temps et dans les fonctions, qui ouvrirait le monde politique. Ces réformes peuvent être mises en oeuvre facilement, sans coût pour la société, et via un appel au peuple si les représentant réchignent un peu trop...
NPS et la majorité du PS partage le même projet. Je pense que vous arriverez a trouver un programme commun. Communiquez sur le projet et faites un programme a plusieurs étages afin de garder de la souplesse sans tomber dans les 110 propositions de François Miterrand.

Rédigé par : egdltp | 1 avr 2005 10:09:12

Cher egdltp,

Je me suis rendu à plusieurs reprises sur le site du projet socialiste et j'ai pu constater que la majorité des idées propositions ressemblaient étrangement à un programme "rose pâle"

Il est clair que le vieux démon de l'électeur du centre revient au galop à défaut de reconquérir un électorat populaire qui EST celui du PS.

N'étant pas membre de NPS (mais celà pourrait venir), j'ai d'autant plus de facilité à te dire que réinveter la SFIO n'est pas un de mes objectifs.

Face à un pays fatigué, la réponse socialiste se doit d'être une authentique rupture avec le liberalisme ambiant.

Rédigé par : jbenard | 1 avr 2005 11:47:03

J'ai un rêve qu'un jour un homme politique de gauche se souvienne que la politique c'est avant tout donner du sens aux choses, à la société, à la vie. Non pas donner un sens, une direction mais du sens.

La politique n'est pas la recherche du rejet du pouvoir en place mais l'adhésion à une vision de notre société et du monde dans lequel nous vivons. La politique ne se fait pas avec un programme que personne ne lit et dont les politiques rabachent les slogans. La politique se fait avec des discours que les gens écoutent.

Une élection, c'est du symbolique avant tout. La politique ce ne sont pas des sondages qui vous dictent vos thématiques de campagne et vos choix. La politique ne se fait pas avec l'opinion publique. La politique se fait pour le peuple.

Or quand je prends le métro le matin, j'ai du mal à croire en la politique. Le monde que l'on voit nous renferme de plus en plus dans une bulle. Pourquoi tant de monde lit et écoute de la musique dans le métro ? Peut-être pour vous éviter de vous dire que chaque matin, vous passez devant des dizaines de personnes qui dorment sur le sol, mendient et que vous laissez crever en donnant parfois une petite pièce pour soulager votre conscience. Quand on en arrive à ce qu'un homme passe devant un autre qui est dans la souffrance et ne fait rien, c'est qu'il y a un profond problème. Ce n'est plus un malaise, c'est véritablement un arrêt de la civilisation.

En ce sens, avant de voter non ou oui à la constitution, il faudrait peut-être s'interroger un peu plus profondémment sur ceux qui ne votent plus. La clé est à chercher dans l'absention. Si personne ne s'interroge et trouve des réponses, alors c'est la mort de la politique et le retour à l'âge de pierre qui est à peu de choses près, la bonne définition du néolibéralisme.

Rédigé par : Nicolas Weinstein | 1 avr 2005 11:56:14

(préparer 2007, n'y a-t-il rien de plus urgent ?)

(détournement)

Quand il s’exprime François Hollande tire un peu fort sur les draps :

« Je lance un appel à tous ceux qui souffrent de la politique de la droite et ils sont nombreux : salariés du privé et du public, chômeurs, chercheurs, lycéens, enseignants et je leur dis : vous voulez sanctionner et vous avez raison, mais ne prenez pas l'Europe comme victime expiatoire. Le rendez-vous est pour 2007, d'autant que Jacques Chirac, je vous le dis, restera quoiqu'il arrive jusqu'à la fin. »

De quel droit cet homme politique à la recherche de consistance, se permet-il de s’approprier, d’expliquer, de commenter, et de juger, comme tous ses collègues de l’élite politicienne, les options des citoyens français.

Quelle est cette confusion volontairement réintroduite par tous ceux qui sentent l’affaire leur échapper en même temps que la substance même de leur légitimité ?

Cette politique que vous dites de droite, Monsieur Hollande, n’a pas subit de rupture particulière depuis que monsieur Jospin est parti. La plupart des mesures qui ont meurtri les Français étaient déjà votées, en germe ou en intention déclarées dans la politique de la tête du PS (les militants de bases ayant fort mal aux adducteurs dans la position de grand écart qui leur était alors imposée.)

Votre soutien au Traité pour une Constitution Européenne (décidément, certes formule alambiquée, je ne m’y fais pas !) est une preuve de plus de cette collusion implicite avec une politique plus libérale que ne peut le supporter la majorité des français.

Monsieur Hollande, pour les militants sincères du Parti Socialiste (ça va mieux en prononçant les mots ... parfois on en viendrait à oublier ...) restez dans le registre mou et flou qui vous est plus naturel, vos velléités de monter le ton sont pour le moins catastrophiques. Il ne s’agit pas ici de sanctionner qui que ce soit (quoique ...) c’est de bien autre chose dont il est question, à savoir la définition de l’Europe de demain. Ne devenez pas, à gauche, le pendant de monsieur Sarkozy !
Le regard fixé, 24 heures sur 24, sur la ligne bleue des élections 2007.

Rédigé par : Luc Comeau-Montasse | 3 avr 2005 21:39:42

Electeur de gauche (au sens large) j'aimerais pouvoir ( et vouloir) voter pour le parti socialiste en 2007. Pour cela il faudrait déjà que les dirigeants du PS tirent les leçons du 21 avril, et cela ne me semble pas le cas. S'ils avaient compris la signification d'une telle abstention beaucoup d'entre eux auraient fait comme Lionel Jospin. Je sais que la politique n'est pas qu'une question d'hommes, ce que je veux dire c'est que les personnes qui aujourd'hui préparent le projet pour 2007 ont déjà eu le pouvoir. Et on peut légitimement se demander ce qu'ils en ont fait (même si tout n'est pas à jeter, loin de là). Quelque part il est question de leur crédibilité. Il ne s'agit pas de réclamer de nouvelles têtes pour le plaisir de la nouveauté, mais de désirer un renouvellement des hommes (et des femmes !) qui signifirait une autre vision de la politique (et de l'homme politique), un enthousiasme, un projet, un désir de mener une autre politique. Et pour les électeurs un désir de faire confiance à nouveau, d'esperer une alternative au monde tel qu'il va.

Enfin un parti socialiste qui donne envie, qui regarde autour de lui et qui voit que des gens bougent, qu'il y a des associations, des individus, qui luttent, qui réflechissent... Je parlais des hommes, mais j'ai la faiblesse de croire que les citoyens attendent plutot des idées, des projets, une alternative envore une fois (j'aime bien ce mot: alternative)à l'ordre des choses.

Et pas que des mots, des actes une fois le pouvoir "obtenu", un courage politique...

J'ai mis une fois un bulletin de droite dans l'urne, et le faisant je me suis promis que c'était la seule fois de ma vie. Si en 2007 le parti socialiste ne propose pas une véritable alternative (il faudrait que j'ouvre un dico de synonymes !)à Sarkosy, et bien je resterais chez moi, et je ne pense pas que ce sera une journée trés agréable.

En attendant, je ne sais pas pourquoi, j'ai confiance, et vous souhaite bon courage !

Rédigé par : Medjnoun | 16 mai 2005 00:10:46

Quel dommage Medjnoun que tu ne veuille pas t'engager. Je rejoins tout-a-fait ton discours !

En effet, du courage, on va en avoir besoin :

- dans un premier temps au sein du parti, pour l'empécher de prendre le virage socio-démocrate qu'il est en train d'ammorcer et qui finirait de décridibiliser notre organisation au sein de la gauche et au près de la population

- ensuite auprès du peuple. Pour lui montrer que la gauche et la droite, ce n'est pas la même chose, qu'ils méritent mieux que d'en reprendre pour 5 ans de droite, non pas dans une logique d'alternnance, mais bien comme tu le soulignes, d'alternative. Ce n'est pas forcément du rêve que les gens veulent, mais un projet ambitieux qui, à tout le moins, redonne de l'espoir à tous.

Malheureusement, ce n'est pas le chemin que la Troïka est en train de prendre !

Rédigé par : TLG | 23 mai 2005 18:27:05

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