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11/03/2005

"Embedded"(3) : les cadors

Cohn_bendit_2Le Parlement européen a sa noblesse. Ses premiers de cordée. Ses cadors.

Ce sont d’abord les Présidents de groupes politiques. Ils siègent au premier rang de l’hémicycle et interviennent en introduction de tous les grands débats du Parlement. Deux hommes se détachent, ils président les deux groupes politiques les plus importants. Ils sont allemands tous les deux. Hans-Gert Poettering pour le PPE, Martin Schulz pour le PSE. Autant l’un est droit, sec et d’une élégance rigide, autant l’autre est robuste, bouillant, volubile. Il en est un troisième, reconnu du tous. Bruyant, agitateur, provocateur, vert et libéral. Daniel Cohn Bendit. Il lui fallait le Parlement Européen pour trouver une scène encore réceptive à son talent. Il  lui fallait quelques ultraconservateurs polonais ou britanniques pour s’émouvoir de ses sorties. Car pour le reste, sur le fond, Cohn Bendit ne choque plus personne. Tout juste déçoit il. Mais on s’en remet vite.

Ce sont ensuite quelques figures emblématiques de la scène politique européenne. On trouve pèle mêle à droite comme à gauche : le polonais Geremek, les italiens D’Allema (ex- Premier Ministre) ou Di Pietro (juge célèbre de l’opération « Mani Pulite, mains propres »), Rasmussen, président du PSE et ancien Premier Ministre Danois ou encore Michel Rocard...

Ce sont enfin, une mosaïque de députés expérimentés, vieux routiers des institutions européennes, rompus à toutes les négociations. Ils se connaissent tous, quelle que soit leur étiquette. Ils élaborent les résolutions communes. Ils sont présidents de Commission, coordinateurs des groupes, membres du bureau du parlement. Ceux là composent le noyau dur de l’institution parlementaire. Un noyau gardien vigilant des prérogatives du Parlement vis-à-vis des autres institutions européennes. Noble tâche, me direz vous, que celle de préserver les droits de la seule véritable instance démocratique européenne vis-à-vis du Conseil et de la Commission. Assurément. Sauf que de cette pratique est née une culture du compromis, une forme de synthèse politique qui dissout le clivage gauche/droite comme les trous noirs absorbent la matière. Je n’ai rien contre le compromis. Mais quel sens celui là a-t-il quand les parties n’ont pas préalablement défini le périmètre politique de leur pensée et de leurs objectifs. C’est à cette contradiction que le groupe socialiste européen fait face chaque jour.

Prenons l’exercice des résolutions communes au PPE et au PSE. Quand il s’agit d’évoquer la mémoire des victimes de l’attentat de la gare de Madrid, cela ne pose évidemment aucune difficulté. Mais quand il s’agit des grandes orientations stratégiques de la Commission, de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi cela pose un vrai problème politique. Surtout qu’au bout du compte cela se résume par : « vous voyez ils ont accepté (le PPE) de signer une résolution dans laquelle il y a une référence à la nécessité d’un cadre juridique pour les SIG. » C’est vrai, c’est positif. Mais cela n’est rendu possible que parce que nous acceptons en contrepartie de nous de nous prononcer dans la même résolution en faveur de la flexibilité du marché du travail.

Exemple dans la résolution sur la stratégie de Lisbonne adoptée mercredi en séance plénière : 

Paragraphe 8 : « considère que la réalisation des objectifs économiques et sociaux implique de maintenir la compétitivité internationale, d'assurer la flexibilité de l'économie et notamment du marché du travail, d'assurer la stabilité de la monnaie, de limiter les dépenses publiques à un niveau qui ne nuise ni à la stabilité de la monnaie ni à la pérennité du régime de pensions, d'encourager une culture de la prise de risques et de l'initiative, de préserver la lisibilité du cadre ordonnateur des activités économiques et de ne pas entraver ces dernières, d'offrir un système fiscal simple, équitable et aussi peu lourd que possible, et d'assurer un degré élevé de constance dans la politique économique; »

Un tel article est rendu acceptable aux yeux du groupe socialiste européen en raison de la référence à la pérennité des régimes de pension. Sympathique vœu pieu quand à la ligne précédente on assure vouloir assurer la flexibilité de l’économie et du marché du travail, la stabilité de la monnaie et limiter les dépenses publiques. En vérité certains socialistes n’ont aucun problème sur le fond avec une telle orientation. Moi oui. Et c’est pourquoi je me suis désolidarisé de mon groupe en refusant de voter cette résolution en plénière. Qu’en diront les cadors ? Il se chuchote que le rapport sur le FMI pour lequel je postule au nom du PSE pourrait m’échapper.

Download rsolution_lisbonne.doc

Posted by Benoit Hamon on mars 11, 2005 at 10:25 AM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

En gros le parlement européen c'est la cogestion droite/gauche . Ce qui fait perdre toute crédibilité aux votes des citoyens européens et conforte la pensé grandissante du "droite et gauche c'est la meme chose". Ce sentiment pousse les extreme danger....

Rédigé par : Loic | 11 mar 2005 21:32:08

Les compromis relatifs à la résolution sur la stratégie de Lisbonne que tu évoques me rappelle à s'y méprendre ceux inondant le traité sur la constitution européenne que les socialistes ont approuvé... (sic)
Ton opposition et ton vote sont très courageux, étais-tu le seul à te désolidariser? Et si cela devait te coûter le rapport sur le FMI, cela en valait vraiment la peine? En quoi consiste ce rapport?

Rédigé par : Nathalie | 14 mar 2005 09:44:31

Je viens d'obtenir le rapport sur le FMI. Et promis, sans intrigue! ca en valait donc bien la peine !

Rédigé par : benoît Hamon | 1 avr 2005 18:18:34

Bonjour Benoît
C'est plutôt une bonne nouvelle ça! et c'est gentil d'avoir répondu. Bon courage pour la suite et au plaisir de te voir.

Rédigé par : Nathalie33 | 4 avr 2005 11:22:48

En espérant sincèrement que ce futur rapport ne soit pas destiné à un sort comparable à celui de M. Lipietz...compromis oblige...

Rédigé par : derK | 16 avr 2005 19:16:54

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