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07/03/2005

« Embedded » (*) au coeur du Parlement à Strasbourg.

Camra Cette semaine, c’est session à Strasbourg. Je vous propose de m’y accompagner. La session dure 4 jours. Elle commence le lundi à 17H00 et s’achève le jeudi en fin d‘après midi. Les votes en séance plénière ont toujours lieu entre 12H00 et 13H00-13H30. Une ultime séance de vote consacrée à des résolutions plus mineures se déroule le jeudi à 17H00. Ces votes rythment toute la session. Autour d’eux s’organise la vie du Parlement : débats en plénière, séances solennelles (visite d’une personnalité ou d’un chef d’État étranger à l’Union), réunions des groupes politiques, des délégations nationales, des Commissions, des intergroupes thématiques, des délégations pour les relations avec tel ou tel pays, etc. C’est aussi le moment privilégié pour les lobbies pour rencontrer les parlementaires.

(*) "au lit avec" : immergé, au coeur de...

Aujourd’hui, c’est lundi. Voici mon programme : départ en train à 12H49, arrivée à Strasbourg à 16H58. Une fois au Parlement vers 17H15, je vais immédiatement à la réunion du groupe socialiste puis à 18H30 à celle de la délégation socialiste française. Dans ces deux réunions, nous évoquons les textes soumis à discussion puis au vote en plénière. Thème par thème, nous débattons et préparons les « liste des votes ». La liste de vote, c’est la feuille de route des parlementaires en séance plénière. Elle indique, amendement par amendement, les choix (pour /contre /abstention) de votre groupe politique. Comme il existe cependant des nuances d’une délégation nationale à l’autre, il est parfois possible que vous ayez une liste nationale de vote qui modifie ou complète la liste de vote arrêtée par votre groupe. Enfin, nuance supplémentaire, vous pouvez avoir une liste de vote, personnelle, c’est à dire élaborée seul avec d’autres députés, selon des convictions politiques minoritaires dans votre groupe mais, à vos yeux, indépassables. En clair, les moments où vous demandez à vous affranchir de la discipline de vote de votre groupe politique.

Exemples : Sur la résolution consacrée au traité constitutionnel, 10 députés socialistes français sur 31 avaient leur propre liste de vote. Lors de la dernière session, socialistes belges et français ont voté pour un amendement du groupe Vert, favorable au retrait de la directive service, quand la majorité du groupe socialiste s’est abstenu (préférant une stratégie d’amendement qui vide la directive de son contenu à la stratégie « frontale » du retrait). Mais, 90% du temps, vous respectez la liste de vote. Notamment quand le texte soumis à la délibération vous est inconnu. Il est quasi impossible de connaître le détail de chaque texte soumis à votre approbation. Cela peut choquer. En réalité, c’est là que votre groupe politique joue un rôle décisif. Vous votez selon ce que les représentants de votre groupe, spécialistes du sujet, vous proposent de voter. Il s’agit là, à la fois d’intelligence et de responsabilité collective. Et il n’y a, en règle générale, aucun problème de confiance à avoir. Cela provoque pourtant quelques situations cocasses…

Anecdote : Automne 2004, le Parlement examine au milieu de plusieurs dizaines de vote, une résolution qui parmi plusieurs sujets et de nombreux amendements évoque la chasse au requin blanc. J’essaie de comprendre de quoi il s’agit comme beaucoup d‘autres collègues. Durant quelques minutes, plusieurs parlementaires argumentent avec conviction et vigueur du sujet mais trop brièvement pour que nous saisissions l’enjeu du vote. Nous votons donc selon notre liste de vote. Un jeune collègue Maltais m’interroge en souriant à la fin de la séance. "Did we kill the white sharks or did we save the white sharks?" En vérité, nous n’en savions rien ni l’un ni l’autre ! (nous avions en fait voté contre la chasse au requin blanc).

Demain : comment je n’aurai pas le temps de parole que j’ai réclamé sur la stratégie de croissance économique de l’Union Européenne…

Posted by Benoit Hamon on mars 7, 2005 at 05:36 PM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

Bonjour Benoit,
la stratégie que choisit le PSE sur la directive Bolkenstein, ressemble à celle utilisée pour la directive dite "des brevets logiciels". Ne risque t elle pas de finir pareil ? Pourquoi le Conseil n'est il pas intervenu plus tôt, quand on entend les cris d'orfrai de nos représentants à cette instance ?
Avez vous décider d'une conduite a tenir pour la seconde lecture de la directive "Brevets logiciels" ?
Merci de ta réponse.

Rédigé par : egdltp | 15 mar 2005 16:55:27

Sur les logiciels, le groupe socialiste est divisé entre la ligne "Rocard" défavorable au "tout brevetable" et celle des travaillistes anglais notamment, favorables à la directive. Le poids politique du premier fait plutôt pencher la balance en sa faveur au sein du groupe.

Rédigé par : Benoit Hamon | 18 mar 2005 07:48:15

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