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09/03/2005

« Embedded » (2) : comment je n’ai pas obtenu le temps de parole que j’ai demandé...

Parlement_europenMardi. C’est traditionnellement une journée intense. Ce 8 mars ne variera pas avec la tradition. Outre qu’il a une connotation particulière en raison de la journée internationale des femmes, l’emploi du temps est chargé. A noter, une réunion de travail à 13H30 entre la délégation socialiste allemande et la notre. Il s’agit de la première rencontre de ce type avec nos homologues allemands depuis le début de la législature. Elle est nécessaire car les malentendus et les désaccords s’additionnent entre deux délégations traditionnellement charnières au sein du groupe socialiste.

Au menu, les Services d’Intérêt Général. Sur ce sujet décisif quelle que soit la rive du Rhin d’où l’on parle, les incompréhensions s’accumulent. Nos camarades allemands nous reprochent les distorsions de concurrence provoquées par notre défense des grands monopoles publics français type EDF ou SNCF alors que ces groupes se prêtent à des stratégies économiques et commerciales « prédatrices » dans le reste de l’Europe, en Allemagne notamment. A nos yeux, la délégation allemande manque de clarté dans son attitude vis à vis d’une directive cadre sur les SIG que nous réclamons avec insistance. Le débat portera aussi sur la stratégie à adopter vis à vis de la directive Bolkestein sur les services dans le marché intérieur. Stratégie du refus ou stratégie d’amendement ou synthèse des deux dans le temps. En outre, la délégation allemande comprend quelques figures politiques du groupe socialiste européen. En premier lieu, Martin Schulz, Président du groupe socialiste européen. Bernard Rappkay, Président de la délégation socialiste allemande est aussi rapporteur pour le livre blanc sur les SIG. Enfin, Evelyn Gebhardt est rapporteure pour la directive sur les services. Cette position privilégiée occupée par nos collègues allemands rend nécessaire un dialogue vigoureux et constant entre nos délégations qui recherche le plus souvent possible une synthèse politique féconde à l’intérieur du groupe socialiste.

Mais chose promise, j’en viens au temps de parole en plénière. Hier, j’intitulais ce papier « comment je n’aurai pas le temps de parole réclamé sur la stratégie de croissance économique européenne ». Le thème c’est la stratégie de Lisbonne, stratégie arrêtée par le conseil il y a 5 ans qui fixait l’objectif suivant à l’Union « devenir en dix ans l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une augmentation qualitative et qualitative de l’emploi et d‘une plus grande cohésion sociale ».

Hélas à mi parcours, faute de coordination des politiques économiques, faute de politique budgétaire cohérente, faute d’investissements publics coordonnés dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de l’innovation, faute d’être étranglée par un pacte de stabilité rigide et contraignant, l’économie européenne n’a gagné ni en compétitivité, ni en croissance, encore moins en emplois et en cohésion sociale. Tout l’enjeu est désormais d’éviter de basculer dans une orientation ultra libérale, qui chercherait à renverser l’ensemble des modèles sociaux nationaux (systèmes de retraites, marché du travail, mécanismes de redistributions) au motif qu’ils constituent autant d’obstacles à un marché parfaitement libre et donc selon la droite européenne, plus compétitif.

Le Parlement Européen est justement saisi d’une résolution sur ce sujet. Pour peser face au Conseil et à la Commission, le PSE a privilégié le moyen d’une résolution commune à tout le Parlement. Le hic, c’est que les verts et les communistes se sont retirés de ce projet et que la résolution commune se résume désormais à un face à face PSE/droites européennes. Dans la réunion du groupe socialiste consacrée à cette résolution, j’ai exprimé mes doutes à propos de cette stratégie qui à force de privilégier le rapport de force institutionnel avec le Conseil et la Commission nous oblige à des compromis politique difficiles sur les questions économiques et sociales. J’ai regretté que nous maintenions coûte que coûte cette stratégie sans nos alliés à gauche.

J’ai enfin souligné, qu’indépendamment des avancées de ce texte sur les politiques sociales, il encourage le renforcement des systèmes de retraite par capitalisation au détriment des systèmes par répartition. On m’a répondu qu’il s’agissait là « d’une contrepartie » rendue à la droite comme dans tout « bon compromis ». Qu’en outre, « cette affaire de retraite par répartition était une revendication franco/française ». Il faut donc comprendre que partout où la capitalisation se substitue progressivement à la répartition, les socialistes renoncent à combattre pour un système de retraite juste et solidaire. Le combat français serait isolé et archaïque. Allez dire cela aux salariés américains mobilisés contre la réforme des retraites proposée par Bush. Lisez les motivations et les buts de cette réforme. Ils sont identiques aux termes utilisés dans la résolution du Parlement Européen !!!

En conclusion de ce débat, j’ai voté contre le projet de résolution. Par 67 voix contre 33, il a été adopté. Mais, comme j’ai du trop parler en réunion de groupe, le verdict des temps de parole en plénière est tombé dans la soirée. Pour représenter le groupe socialiste, ils seront 12. Je n’en serai pas...

Qui décide de cela ? Le bureau du groupe, quelques députés anciens et influents, les cadors en quelque sorte... Ce sont les gardiens du temple, les tenants de cette ligne qui privilégie toujours le rapport de force institutionnel : Parlement contre Commission plutôt que le clivage droite gauche. Ces cadors composent la noblesse du Parlement. Ils appartiennent à tous les groupes. Demain revue de détail et portraits de la crème du Parlement Européen.

Posted by Benoit Hamon on mars 9, 2005 at 10:46 AM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

Je trouve vraiment bien cette idée de bloguer pour un député européen... félicitations, cela permet au citoyen que je suis d'avoir le sentiment d'etre au coeur du parlement européen (ou des commissions...). Sinon il existe des divergences notables entre socialistes allemands et francais... pourrons nous vraiment construire un projet d'avenir pour l'Europe?.

Rédigé par : Loic | 9 mar 2005 11:09:38

excellent

Rédigé par : | 9 mar 2005 20:27:50

A propos des relations franco-allemandes. Il est indiscutable que l'accélération de la construction européenne, son rééquilibrage en faveur de la défense du modèle social européen dépend beaucoup dela qualité de nos relations avec les allemands. Aujourd'hui ces relations sont émoussées faute de n'avoir pas su assez tôt nous ménager des espaces communs de débat et d'élaboration politique. Ces lieux manquent aujourd'hui cruellement. Et,inévitablement dans une Europe à 25 où le couple franco-allemand pèse naturellement moins, sans ces lieux permanents de dialogue et d'élaboration d'une orientation politique, nous sommes cuits...

Rédigé par : Benoit Hamon | 9 mar 2005 20:48:14

Bonjour
Je sais que c'est opérer une drole de confusion mais le système que tu décris pour le fonctionnement de l'UE, et de notre groupe parlementaire à Bruxelles, est aussi un arguement supplémentaire pour voter non. Ca me pousse encore plus à rejoindre les copains emmanuellistes dans leur campagne, et pour le moment seule la discipline de groupe, et non celle d'un Parti dont les cadors méprisent les militants, me fait rester presque silencieux.
Dans une fédé PS où le non l'a emporté, secrétaire d'une section où le non fait 80%, c'est de plus en plus dur. Finalement, merci de nous enmener avec toi à Bruxelles et Strasbourg, ....

Rédigé par : olivier D | 10 mar 2005 09:27:13

Benoit,

Bien que vous soyez tenu par la réserve qu'impose votre statut de parlementaire européen et la décision des militants en faveur du oui, ne pensez vous pas après les évennement que vous nous racontez qu'il serait nécessaire que les français soient tenus au courant de "l'embellie" des rapports entre groupes socio démocartes et socialites ?

A quoi sert de nous expliquer que tous les "parti socialistes" d'europe sont pour le TC alors qu'il n'y aura que peu de convergences une fois celui-ci mis en place ?

N'allons nous pas assister en France à une très large fracture entre les socialistes et les tenants d'une sociale démocratie proche de celle de François Bayrou ?

Je ne peux le croire

Rédigé par : Jbenard | 10 mar 2005 11:09:15

Benoît,

Bien qu'à titre individuel je suis contraint par une discipline de groupe, collective de ne pas faire campagne pour le non: il n'empêche pour la petite histoire que dès l'occasion se présente je dis pourquoi ce traité n'est pas bon, il remet en causes les raisons de notre engagement au P.S...il favorise le dumping, les délocalisations...Le spectacle donné par nos dirigeants à l'heure actuelle dans le combat de mise à mort des uns ou des autres est affligeant!!!!!!! Pire il fait perdre le peu de crédibilité que notre parti avait pu retrouvé ces derniers mois!! Ensemble nous avons commencé une visite de nos fondamentaux! Ensemble nous avons comme mission de réformer notre parti. Cela est indispensable car les français attendent de nous un projet clairement orienté à gauche qui devra restaurer la casse, la politique de démentèlement de chirac, raffarin et sarkosy. Je pense que ce n'est pas qu'en soutenant le oui à la consitutio nous prenons le bon chemin!!
Les enseignements des mouvements sociaux consistes à la volonté exprimée dans la sauvegarde des services publics, de la retraitre par répartition...dont la constitution fera que figer dans le marbre le libéralisme, la concurence...et accentuera ces déreglementation, démentèlement!
Sur le contenu de ton argumentaire je suis OK avec toi! sans être vraiment un spécialiste de la question

Enfin, bref en terme de démocratie souviens toi que des ex gloire du parti, d'anciens premiers ministres n'avaient dont un je crois est député européen aujourd'hui n'avaient pas hésité à critiquer l'organisation d'un référendum dans notre parti! sur une question qui engage l'avenir des européen pour au moins 50 ans si ce texte est adopté! Voilà aujourd'hui dans quel état d'esprit se trouve les socialiste c'est à dire la dictature de ceux qui ont des choses intéressantes à dire!

Tu sais comme moi et je sais de quoi je parle par expérience avec un autre de nos amis, assistant parlementaire dans la marne que nous savons que notre argumentaire dérange, que notre jeunesse fait de l'ombre aux éléphants qui trustent les postes à responsabilité dans notre parti. De toute manière nous sommes déjà majoritaire dans les idées à nous de transformer l'essai!!!

Keep cool, la prochaine fois tu auras droit à la parole à moins que cette fois ci s'était une sorte de bizutage car dans ce milieu s'est des partiques courantes!

A+ au 19 mars avec Jeff

Rédigé par : David | 10 mar 2005 21:17:10

Clarification : Je ne soutiens pas le OUI. Je me tais. C'est différent. Pareil pour Montebourg, Peillon, Paul, Roudy, Assouline et autres... Et je voterai NON. mais le temps de la campagne, je laisse la direction de mon parti défendre la position que les militants ont choisi. C'est désagréable et frustrant mais c'est notre choix collectif. A la lumière de l'actualité du Parti et des nuages qui s'accumulent sur son avenir, je maintiens que c'est la bonne position.

Rédigé par : Benoit Hamon | 11 mar 2005 12:16:50

Salut Benoît, cela fait longtemps...quel beau parcours!

En ce qui me concerne et bien que NPS, je vais avoir une expression publique du NON. Je t'explique: as-tu vu le petit livre de Duhamel publié à l’occasion de la campagne référendaire ?
Le livre reprend la première et seconde partie du traité mais pas la troisième qui concerne les politiques ! Ce procédé est scandaleux ! On veut tromper le citoyen tout le monde est d’accord avec les première et seconde parties ! Ce qui pose problème c’est justement cette troisième partie et ses 300 articles qui encadrent les politiques et les orientent dans un sens contraire à nos objectifs.
Ce livre sera diffusé tout le long de la campagne par les IPE de France.
Je romprai donc le silence que par discipline je m’étais imposé.
A bientôt Benoît et bon courage !

Emmanuel Dumont
Besançon

Rédigé par : Dumont Emmanuel | 13 mar 2005 19:52:30

En quoi la troisième partie apporte des changements dans le fonctionnement actuelle de l'UE, changement si désagréable pour notre marche vers une société plus juste qu'ils justifient de passer par dessus bord les "petites" avancées contenues dans les autres parties ?

Rédigé par : egdltp | 15 mar 2005 17:02:00

Elle bride les coopérations renforcées, elle bride le budget européen alors qu'avec l'élargissement les besoins augmentent, elle place l'europe sous tutelle de l'OTAN, c'est tout!!!
Alors, c'est NON.

Rédigé par : Dumont Emmanuel | 7 avr 2005 02:02:44

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