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05/02/2005

Chroniques de Washington (2)

Seiu_logo_1La réforme du régime public de retraites constitue l'une des priorités du second mandat du président Bush. Actuellement, le système de retraite est fondé sur un régime de base national par répartition appelé ‘‘social security’’ et sur des régimes professionnels organisés par les entreprises. Le régime de base assure 39 % des revenus des personnes âgées, tandis que les régimes professionnels représentent que 17%.

Cette réforme prévoit de baisser les prestations futures. Elle reposera sur le principe suivant : une partie des cotisations retraites (environ 4 points sur le taux actuel de 12,4 %) sera réaffectée vers des comptes individuels privés d'épargne, avec pour contrepartie une diminution des pensions publiques futures. En résumé, le nouveau système serait de réduire le régime de base et de créer un système de capitalisation individuelle : la privatisation du système.

Le raisonnement des républicains est le suivant : injecter de l’épargne et de l’investissement individuel dans le système de retraite et de sécurité sociale hérité de l’ère du New Deal. Les républicains espèrent que la réforme transformera des millions d’Américains en investisseurs, bien plus intéressés par des réductions fiscales que des allocations fédérales, et plus portés à voter pour eux.

Il s’agit là d’une des figures concrètes de la société de propriété « ownership society » devenue l’emblème de la seconde étape de la révolution conservatrice menée par George W Bush. La première conséquence majeure de cette réforme sera de rendre tributaire les pensionnés des hoquets des marchés financiers et d’accroître considérablement les inégalités.

La seconde conséquence est qu’une telle réforme, en amputant immédiatement les recettes alors que les économies sur les prestations versées seront beaucoup plus lointaines, va se traduire par une augmentation significative du déficit public annuel, d'environ 1,5 point de PIB à l'horizon des dix premières années. Cette situation rapprochée des contraintes budgétaires préexistantes : chute des recettes publiques liées aux baisse d’impôts, augmentation de la facture irakienne présage d’un creusement supplémentaire du déficit public américain déjà estimé à 4% du PIB. Ceci, dans le contexte de dépréciation du dollar n’est pas sans risque redoutable pour l’économie américaine et mondiale en relançant le scénario d’une hausse importante des taux d’intérêts américains dont l’impact sur la demande des ménages américains « sur-consommateurs » de crédits et sur la croissance, sera immédiat.

J’ai pu rencontrer hier le Président de la SEIU (Service Employees International Union), le syndicat des services membre de la grande centrale américaine AFL-CIO. La SEIU, forte de ses 1,8 millions d’adhérents est farouchement opposée à ce projet. La SEIU mesure parfaitement que le sytème de retraites par répartition, pilier du contrat social américain  hérité du New Deal, est un des ultimes remparts au modèle ultralibéral de la société de propriété. Elle cherche comme les autres syndicats américains le soutien de l’opinion publique pour faire échec à cette réforme et rallier au-delà des bancs démocrates, les voix critiques de plusieurs élus républicains au Sénat. La bataille s'annonce féroce.

Posted by Benoit Hamon on février 5, 2005 at 12:25 PM dans Témoignages | Permalink

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