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14/01/2005

Relations transatlantiques bis

Le 22 février, George Bush rend visite à l'Union Européenne. Le Parlement réuni en séance plénière s'est penché mercredi 13 janvier sur l'état des relations transatlantiques. Entre les poncifs sur "l'Europe doit suivre l'Amérique" et ceux sur "faut pas dire du mal des USA, nous partageons les mêmes valeurs", plusieurs députés ont réussi à faire entendre une voix lucide et exigeante qui restitue les inquiétudes de nos concitoyens comme notre propre malaise vis à vis de la doctrine des néo conservateurs américains. Voici mon intervention (format vidéo et texte).

Télécharger la vidéo de l'intervention au Parlement (wmw, 713 Ko)

"Monsieur le Président, pour construire un partenariat sincère, il faut au moins être deux. Peut-on donc attendre du second mandat de George Bush autre chose que la politique unilatérale du premier mandat? La gestion de la crise en Asie du Sud-Est après le tsunami incite plutôt à répondre par la négative. Le premier réflexe de l'administration Bush a été de proposer la constitution d'une coalition des pays donateurs autour des États-Unis, plutôt que d'inscrire naturellement son intervention sous l'autorité des Nations unies. Cette initiative a été perçue en Europe comme le signal d'une continuité par rapport au premier mandat.

L'Europe, comme on le dit à un ami cher, doit dire aux États-Unis d'Amérique: "Vous vous égarez, votre politique vous isole." Toutes les coalitions du monde n'y pourront rien, elles ne masqueront pas la profonde crise de confiance de l'opinion publique mondiale à l'égard des États-Unis. Un essayiste français résumait ainsi ce sentiment largement partagé: "Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux une solution."

Que les États-Unis défendent leurs intérêts, qu'ils défendent leur sécurité avec intransigeance contre le terrorisme, personne ne le leur reprochera. Mais là où surgit le doute, c'est dans les motivations messianiques et idéologiques dont l'administration américaine a assorti l'intervention en Irak. Là où le doute s'enracine, c'est quand les violations caractérisées des droits de l'homme concernent toutes les parties en conflit en Irak. Et là où le doute se transforme en inquiétude, c'est quand la haine de l'Occident contamine des populations entières, par réaction à une intervention militaire mal préparée et qui a manifestement sous-estimé le niveau de résistance des Irakiens à la transition démocratique imaginée par le Pentagone.

Pourtant, la doctrine américaine n'a pas toujours été celle-là. Auparavant, le choix de l'Amérique était de privilégier dans sa politique étrangère la recherche du consensus et d'une forme d'intérêt général. Elle préférait l'accord à la coercition et inscrivait son action dans un cadre multilatéral. En cela, elle remplissait ses devoirs de première puissance mondiale et renforçait son autorité.

L'intervention américaine en Irak y a mis fin. Mais il n'est pas trop tard pour changer, à condition que les États-Unis en prennent eux-mêmes l'initiative. Le préalable doit être la normalisation de leurs relations avec les Nations unies. L'ONU est la seule autorité compétente pour décider d'une intervention militaire internationale et nous devons inviter les États-Unis à s'impliquer aux côtés de l'Europe, d'une part, en faveur du multilatéralisme et du respect du droit international et, d'autre part, en faveur d'une réforme des Nations unies, notamment du Conseil de sécurité et de sa composition."

Télécharger la vidéo de l'intervention au Parlement (wmw, 713 Ko)

Posted by Benoit Hamon on janvier 14, 2005 at 04:29 PM dans Interventions au parlement | Permalink

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Commentaires

Les joies de l'informatique ! Le texte prend plus encore de sens après les propos de Condoleeza Rice, qui montrent bien la réalité des intentions américaines : ce regrettgable et domageable unilatéralisme brutal. Quel est le sentiment des parlementaires européens sur ces relations ? Les clivages sont ils ceux qui ont traversé l'Europe au moment du déclenchement de la guerre en Irak ou des positions par groupes se dessinent elles ?

Amitiés socialistes

Rédigé par : Valerio Motta | 20 jan 2005 00:46:14

Amusant la vidéo, ça change de l'ambiance des meetings c'est sûr!

Quelques questions pour mieux comprendre ton boulôt:

Tu parles super-vite, est ce que tu ne prends pas le risque que les traducteurs soient largués et que du coup ton message soit perdu pour une partie de l'assemblée, ou bien tu leur donnes ton texte avant?

Les interventions sont limitées dans le temps?

L'ambiance est super-studieuse, la traditione européenne interdit-elle les réactions de l'assemblée?

Note: à l'avenir peux tu utiliser un format MPEG plutôt que WMV? ce dernier format est la propriété de Microsoft et oblige à utiliser Windows Media Player (que la Commission vient de décider de séparer de Windows). Désolé d'être un peu nerd sur ce coup là...

Rédigé par : Ludo | 27 jan 2005 16:25:31

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