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31/01/2005

Porto Alegre (2)

Discours_lula_da_silva_1 J’ai participé trois jours durant aux débats de la cinquième édition du Forum Social mondial. Beaucoup de monde dont une grande majorité de jeunes. Esthétique révolutionnaire, le Che et Chavez (plutôt que Lula) en vedette, le tandem Bush/Sharon au top de l’impopularité. Voilà planté le décor.

En marge des débats, happenings, ateliers et tables rondes, j’ai cherché- en trop peu de temps- à saisir davantage qu’une ambiance, mais plutôt les ressorts du renouveau de la gauche sud américaine. Après le Brésil, l'Argentine mais aussi le Chili ou le Venezuela, l'Uruguay vient d'élire un Président de gauche, Tabaré Vasquez. Elle montre une vitalité intellectuelle et une assise populaire incontestables. Bien sûr, comme au Brésil, la gauche latino américaine au pouvoir n’échappe pas à l’impatience des plus pauvres et fait parfois l’objet de violentes critiques.

Mais c’est elle qui anime et porte principalement le projet d’intégration régionale du Mercosur. Ce projet à la fois économique et politique est la nouvelle frontière de la gauche sud américaine. Il dessine l’horizon d’un continent émancipé de la tutelle américaine et de son  projet de zone de libre échange (ZLEA) et pas moins autonome de l’Union Européenne.

Ce dernier point fût l’objet d’une vraie confirmation. Il n’y a chez les sud-américains que j’ai rencontrés, syndicalistes ou militants politiques, aucune illusion à l’égard des projets de l’Union Européenne. Aucune différence à leurs yeux entre l’accord de libre échange entre le Chili et l’UE et celui entre le Chili et les USA. Ils jugent que l’Europe n’est pas moins libérale que les USA.

Pour ceux qui croyaient encore à l’exemplarité du modèle européen, la douche est un peu froide. Reconnaissons pourtant qu’il n’y a pas de raison pour que nous combattions l’Europe libérale de Barroso à Bruxelles et que la gauche sud américaine lui trouve une quelconque vertu à Santiago. Et c’est ainsi que fort de cette conviction, de l’énergie de ses peuples et du formidable réservoir de croissance de son économie, le Mercosur, aspire par la voix de Lula, à incarner une troisième voie sur la scène internationale.

Déjà un sommet Mercosur/pays Arabes est programmé. Lula évoque le Brésil comme le 2ème  pays africain au monde après le Nigeria en population. Les messages sont clairs : « face au Nord libéral, une autre voie est possible. Elle est même urgente. »

Le socialisme latino-américain est en bien meilleure santé que la sociale démocratie européenne. Il a les idées claires et ses buts sont aujourd'hui partagés par le peuple.

Lula avait dit lors de son accession au pouvoir ceci : « je ne dois mon pouvoir, ni à un pouvoir économique, ni à un pouvoir médiatique, ni à ma propre intelligence. Je le dois à la conscience politique du peuple brésilien ». C’est cette conscience politique collective qui permet à ce pays et par contagion à  ce continent d’incarner l’espoir d’un modèle de développement original et alternatif au modèle libéral. Quelque chose qui sonne comme le projet européen à son origine.

Bel exemple là bas pour ne pas renoncer à résister puis prendre le chemin des conquêtes ici.

Posted by Benoit Hamon on janvier 31, 2005 at 11:11 PM dans Témoignages | Permalink

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Commentaires

Comme tu le dit : "la gauche latino américaine au pouvoir n’échappe pas à l’impatience des plus pauvres et fait parfois l’objet de violentes critiques." et bien que je te rejoigne sur le fait que cet écart est bien moindre que celui qu'on peut rencontrer en europe entre la social-démocratie et le peuple de gauche, j'ai peur que ces oppositions ne fassent échouer les belles tentatives des quelques dirigeant de cette gauche volontariste.

On connait tous les raisons de cette grogne, les brésilliens les plus démunis sont impatient de voir les retours de la politique de Lula mais celui ci, et même si il s'y oppose, est bien obligé de travailler avec le FMI et la BM.

Ces pays arriveront t'ils vraiment à sortir de la tutelle que leur impose les institutions internationales ou les Etats-Unis ? Réussiront ils à construire des alliances sud-sud capable de résister sur le marché international ? Les attentes sont énormes, et si jamais cela ne se passait pas aussi bien, les délillusions le seraient tout autant.

Malgré tout ca, quel role peut jouer la gauche francaise/européenne ? doit elle se contenter d'espérer ? ou au contraire trouver les moyens concret d'agir dans ce sens (notamment au niveau des institutions internationales comme le FMI ou la BM) ?

Rédigé par : | 1 fév 2005 14:34:11

"L'eurodéputé PS, Harlem Désir, y a vu de «la maturité», du «pragmatisme». Les minoritaires du PS ? «Ils ont raté le coche, ils ont cru à la thèse de la régression du FSM, alors qu'il s'élargit encore.» " (Libé du 3-2)... A priori vous n'avez pas tous la même analyse

Rédigé par : Marc | 4 fév 2005 15:09:48

Si ces déclarations rapportées dans Libé sont exactes, j'avouerai ne pas saisir les trésors de subtilité des analyses d'Harlem Désir. Je ne sais pas où il a été pêcher ce soi disant pari des minoritaires du PS sur la régression du FSM. Ces mauvaises manières deviennent une facheuse manie. En l'espèce, qui cherche la division au PS?

Rédigé par : Benoît Hamon | 5 fév 2005 08:21:02

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