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26/01/2005

Auschwitz

Images_9 Débat ce matin en groupe socialiste sur une résolution du Parlement Européen à l’occasion de la commémoration du 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Introduction par Martin Schulz, le président de notre groupe. Sobre, grave. Il parle de la responsabilité de l’Allemagne dans cette tragédie. Il n’esquive pas, il assume. Il ne cherche pas à relativiser les crimes perpétrés au nom des allemands par les nazis. Le débat s’ouvre. Immédiatement il éclaire la réalité d’une Europe, travaillée, malmenée par le souvenir de la déportation et de l’extermination de millions d’hommes par les nazis. Chacun essaie de peser ses mots, de ne brusquer personne. Pourtant deux phrases dans la résolution font débat.

Plusieurs polonais interviennent pour demander qu’il soit inscrit qu’Auschwitz est un camp allemand et que sa localisation en Pologne exclue les polonais d’une quelconque responsabilité dans les crimes qui y ont été commis. Ils insistent à la fois pour cristalliser la culpabilité allemande  et pour que soit soulignée la place des polonais au premier rang des victimes des camps. En creux, on devine très vite ce qui est en jeu. La difficulté de tous les peuples d’Europe à concéder une part de responsabilité dans la shoah, la déportation et l’extermination des juifs.

J’interviens à mon tour, je rappelle que tous les allemands n’étaient pas nazis, que si la solution finale a été planifiée et exécutée par les allemands, elle a été servie grâce à la complicité de plusieurs régimes auxiliaires ou collaborateurs, qu’elle a bénéficié du silence pesant de grandes institutions religieuses.

Selon le directeur du département d’histoire du musée d’Auschwitz, M. Franciszek Piper, les morts auraient été au nombre de 1,1 million au moins — dont 960 000 juifs, 70 à 75 000 Polonais, 21 000 tziganes et 15 000 prisonniers soviétiques. Je rappelle le caractère unique de la shoah. Que celui ci n’enlève rien à la reconnaissance de la tragédie vécue par toutes les autres victimes de la barbarie nazie mais que cette singularité demeure au regard de la planification scientifique de l’extermination spécifique d’un peuple tout entier.

D’autres interviennent après moi. Edith Mastenbroeck, jeune députée néerlandaise insiste pour que les nations européennes plutôt que d’esquiver leurs responsabilités dans cette tragédie, en assument leur part, au nom du devoir de mémoire. Elle le fait avec retenue, mais elle cherche comme beaucoup à faire comprendre à nos camarades polonais la nécessité de quitter les habits exclusifs des victimes.

Le débat se clôt non sans laisser derrière lui, une impression sourde, un peu poisseuse, qu’il demeure au cœur de l’Europe des sentiments refoulés, de l’amertume, de la défiance parfois. Lutter aujourd’hui contre la résurgence de l’antisémitisme c’est déjà regarder cela en face. Et garder l’œil toujours ouvert, car ce démon là commence toujours par se   nourrir du sommeil des consciences.

Posted by Benoit Hamon on janvier 26, 2005 at 08:48 PM | Permalink

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et je confirme que la Pologne a un rapport pas très évident avec Auschwitz... [Lire la suite]

Notifié le 11 oct 2005 13:52:59

Commentaires

Quek était le but de cette résolution ? Le discours du PSE difère t'il du PPE sur ce sujet ?

Rédigé par : | 27 jan 2005 12:56:29

Je tape ce post a partir d'un clavier US, sans les accents... pardon pour les fautes. Le but, c'est d'apporter la contribution des elus de l'Europe reunifiee a la commemoration d'une des pires tragedies de l'Histoire europeenne. La resolution a vocation a recueillir l'unanimite. Il n'y a pas de polemique entre le PSE, la GUE, les Verts, le PPE et les liberaux sur cette resolution. Il apparait que les reserves exprimees par tels ou tels sont transversales. En clair, plutot les elus polonais sur le point evoque plus haut...

Rédigé par : benoit hamon | 27 jan 2005 22:19:23

Et si malgré ces commémorations, ces murs que l'on érige, ces documentaires que l'on diffuse à 20h45, nous n'avions toujours rien compris de la shoah et de ce qui se joue dans cet événement majeur pour la constitution de nos sociétés. Peut-être que le discours sur les images n'est pas suffisant. Les images nous font découvrir l'horreur, les témoignages nous disent l'indicible mais tout cela ne nous permet en aucun cas de comprendre ce qui s'est joué à Auschwitz.

Pierre Legendre a dit, après Primo Levi et Robert Antelme, une phrase très juste :
"Il n'y a aucune différence entre le SS et moi, si ce n'est que pour le SS le fantasme est roi".

Quand on laisse un homme, comme les allemands l'ont fait - mais comme tout le monde pourrait le faire (il n'y a qu'à dire Lepen au second tour et Haider en Autriche pour comprendre) - prendre le pouvoir et s'emparer du lieu garant, prendre la place du tiers, alors la folie n'est jamais loin.

Une société est un montage difficile, une fabrication de la raison. Une société n'est pas un marché économique, mais c'est le lieu où l'on fabrique des hommes de raison en leur apprenant par la parole, les interdits et les limites.

Une société est un château de cartes toujours instable.

Il serait bon qu'à l'heure de la globalisation des échanges, du libéralisme forcené et de l'imposition de notre idéologie occidentale en orient, quelqu'un rappelle ces quelques vérités.

Rédigé par : Nicolas Weinstein | 28 jan 2005 17:27:04

J'ai lu le discours de Gerhard Schroeder à Auschwitz. J'ai trouvé qu'il avait une force et une clarté remarquables. Voilà le lien où vous pourrez le lire en français : http://www.bundesregierung.de/fr/artikel-,9192.779282/L-id-ologie-nazie-tait-voulue-.htm

A Nicolas Weinstein qui rappelle que, dés lors que la société tend à donner une mesure marchande à des aspects de plus en plus nombreux de la vie quotidienne qui en étaient jusqu'ici protégés, on s'expose à une multitude de dangers. Dont celui de l'exclusion économique, politique et sociale qui produit des violences redoutables. Mais ce n'est pas le libéralisme qui fait le nazisme et le socialisme ne protège hélas pas de l'antisémitisme.

Cependant, quand l'un enseigne que la seule manière de s'en sortir, c'est de le mériter et d'entrer en compétition avec son alter ego et que l'autre cherche à trouver les voies et les moyens de l'émancipation collective, on mesure qu'il existe existe des terreaux plus fertiles que d'autres à l'épanouissement des idéologies de haine.

Rédigé par : Benoît Hamon | 30 jan 2005 12:37:14

Pour poursuivre la réflexion sur ces sujets :

http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=150294

A plus

Rédigé par : Nicolas Weinstein | 1 fév 2005 15:32:00

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