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31/12/2004

Vers une armée nouvelle

RjuanicoSecond invité, Régis Juanico, 32 ans, conseiller général de Saint Etienne et ancien conseiller d'Alain Richard Ministre de la Défense, il dessine les grands axes d'une nouvelle politique de la défense : budget des Armées, mixité, droits des militaires, missions, etc...

Peu de temps avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Jean Jaurès livrait dans un ouvrage visionnaire, L’Armée Nouvelle, une synthèse remarquable entre patriotisme et internationalisme. Un siècle plus tard, ses écrits restent une boussole indispensable pour les socialistes au moment de réaffirmer les valeurs qui fondent notre politique de défense dans un cadre qui n’est plus strictement national. Pour nous socialistes, la politique de défense est d’abord un outil au service du droit international, du désarmement et du maintien de la paix.

La professionnalisation des armées qui s’est achevée en 2002 représente un bouleversement sans précédent pour l’outil de défense de notre pays. Décidée par Jacques Chirac, la professionnalisation a été entièrement menée à bien par le gouvernement de Lionel Jospin en seulement cinq ans. Le bilan de la gauche lors de la dernière mandature ne se résume d’ailleurs pas à la professionnalisation. Toute une série de réformes ont accompagné cette vaste mutation de l’institution militaire: revalorisation de la condition militaire, refonte des réserves, formation des officiers, concertation, féminisation, Europe de la Défense et restructurations industrielles… Dès lors, les critiques violentes de la droite, aujourd’hui encore, sur l’insuffisante disponibilité des matériels et la baisse des crédits d’équipement qui auraient affaibli notre outil de défense apparaissent injustifiées. La réussite de la professionnalisation, dont le coût avait été sous-estimé par Jacques Chirac, imposait un effort financier exceptionnel, ce qui a contraint le gouvernement à privilégier pendant quelques années le fonctionnement des armées sur l’entraînement et l’entretien des matériels. Rappelons utilement que la capacité d’intervention militaire de la France n’a jamais été prise en défaut dans une période où la France a dû faire face à un nombre important d’engagements simultanés (Kosovo, Timor, Afghanistan, tempêtes, inondations, …).

Une politique de défense adaptée aux menaces d’aujourd’hui

Quelles sont les menaces auxquelles nous devons faire face?

Pendant près de quarante ans, notre pays a bati son système de défense sur l’hypothèse d’un conflit terrestre majeur en Centre Europe face à une menace venant de l’Est. Désormais, les intérêts de notre pays peuvent être affectés n’importe où dans le monde par une multitude de menaces — militaires ou non —, d’intensité variable, se situant loin du territoire ou au cœur de celui-ci. D’une certaine manière, depuis les attentats du 11 septembre 2001, il est devenu difficile de distinguer la frontière entre sécurité extérieure et sécurité intérieure. Ces menaces se caractérisent par leur brutalité et leur imprévisibilité: crises régionales pouvant affecter à tout moment la stabilité internationale; risques de dissémination ou de prolifération d’armes de destruction massive; agressions contre les systèmes d’information et de communication; terrorisme de masse visant indistinctement les centres vitaux des États, des cibles militaires ou les populations civiles.

À quoi sert notre défense?

Dans ce monde incertain où la menace est à la fois plus globale et diffuse, la France en Europe se doit d’assurer un haut niveau de protection de son territoire et de sa population contre toutes formes d’agression. Plus que jamais, la politique de défense repose sur le principe d’autonomie stratégique. Notre pays doit pouvoir conserver sa liberté d’action et faire face à tout moment en cas de menace

Mais la défense est plus qu’une simple protection, elle est aujourd’hui un puissant outil au service de notre diplomatie et de nos responsabilités internationales. Elle est aussi un outil de cohésion sur le plan intérieur avec les différentes missions de services publics qu’accomplissent les armées (secours des populations en cas de catastrophes naturelles, surveillance des approches maritimes et aériennes, lutte contre les pollutions maritimes, santé publique…).

Le vrai changement aujourd’hui pour les armées réside dans les modalités d’intervention. Les forces françaises inscrivent de plus en plus leur action sur les théâtres d’opérations extérieures dans un cadre multinational, inter-armées, le plus souvent avec nos partenaires européens et en ayant recours à un éventail de missions d’une très grande diversité: déploiement et surveillance de régions à risque, interposition et médiation entre belligérants, désarmement, maintien de la paix, actions civilo-militaires…

La prévention et la projection au cœur des missions des armées

Des armées souples, mobiles et projetables

La dimension de prévention des crises est aujourd’hui au cœur des missions que doivent maîtriser nos armées. Anticiper et empêcher l’émergence de situation de conflits qui peuvent dégénérer passe par des modes d’action essentiellement politiques et diplomatiques (signature des traités de Non Prolifération, d’interdiction des mines ou des armes chimiques), mais aussi militaires: le renseignement qui est la meilleure arme contre le terrorisme, la coopération et la formation, le pré-positionnement des forces terrestres, aériennes et maritimes dans les zones d’intérêts de la France.

En cas d’échec de la prévention, nos armées doivent pouvoir se projeter. De fortes lacunes en la matière avaient été identifiées au moment de la guerre du Golfe, lors de l’intervention au Kosovo ou en Afghanistan. Il s’agit des capacités de renseignement et de maîtrise de l’information qui permettent d’apprécier une situation de façon autonome (avec des satellites performants d’observation, des drônes), les frappes de précision à distance et en profondeur (missiles de croisière), les moyens de transport de troupes sur de longues distance (Airbus militaire) et l’équipement des forces spéciales. Ce sont autant de domaines prioritaires pour la programmation militaire.

Adapter notre dissuasion nucléaire

La dissuasion nucléaire demeure indispensable. La détermination de certains États à acquérir ou développer des armes de destruction massive vient nous le rappeler. La dissuasion représente une «assurance-vie» pour notre démocratie. Elle garantit qu’en cas de circonstances extrêmes, notre pays est en mesure d’assurer sa survie et la défense de ses intérêts vitaux. Les principes de la doctrine nucléaire française sont connus et doivent être réaffirmés: non-emploi, refus d’utilisation d’armes miniatures dites de «champ», recours à la simulation pour réactualiser la technologie des armes…

Il est cependant possible de mieux appliquer le principe de «stricte suffisance» tant dans le volume que dans la qualité de l’armement. La part des dépenses pour le nucléaire en France représente 20% des crédits d’équipement contre 3% en Grande-Bretagne. Là aussi, sans tabou, il n’est pas illégitime que les décideurs politiques se posent certaines questions comme le fait de savoir si, après la suppression de la composante terrestre en 1996, il est vraiment indispensable de disposer à la fois d’un composante nucléaire sous-marine et d’une composante aéroportée (bombardiers stratégiques)…

Une défense de moins en moins… nationale

L’Europe, nouvel horizon d’intégration de notre défense

Relancée par l’initiative franco-britannique de Saint-Malo en 1998, l’Europe de la défense a fait en quelques années des progrès considérables. L’Europe s’est doté d’une «capacité autonome de décision en matière de sécurité et de défense» et d’une force de réaction rapide de 60000 hommes. Elle a mis en place un comité politique de sécurité, un comité militaire et un état-major européen, une agence de l’armement et un quartier général permanent capable de conduire directement des opérations sur le terrain. Elle s’apprête à créer une force de gendarmerie européenne et un collège européen de défense.

L’an dernier, l’UE a déjà conduit avec succès ses deux premières opérations en Macédoine et au Congo. Concrètement, selon le type de crises qu’ils auront à traiter, les européens auront à présent la possibilité, soit d’agir dans le cadre de l’OTAN, soit d’agir seuls avec les moyens nationaux des Etats-membres ou avec leurs propres moyens. C’est cette dernière option que nous devons promouvoir, le plus souvent possible, dans le cadre, notamment, d’opérations sous mandat de l’ONU. L’Europe militaire et donc politique a besoin de s’affirmer sans complexe vis-à-vis de l’OTAN, sans être, non plus, cantonnée au rôle de force supplétive destinée à relever les troupes de l’Alliance quand celle-ci décide de se retirer d’un théâtre d’opération (Bosnie, Afghanistan…).

Vers une armée européenne intégrée

Le moment est venu d’aller plus loin dans la logique d’intégration militaire au niveau européen. Les forces européennes sont constituées sur la base du volontariat et chaque État-membre reste maître de la décision d’employer ses contingents nationaux. L’étape suivante consiste à construire des forces communes permanentes à partir, par exemple, de la Brigade franco-allemande et de l’Eurocorps.

Sur le plan des équipements et de la coopération industrielle, l’Europe doit, là aussi, passer un cap. La programmation militaire des principaux pays contributeurs à l’effort de défense doit être progressivement harmonisée sur la base d’un Livre blanc européen de la défense. Une logique de mutualisation des moyens (comme c’est le cas avec le 2e porte-avions construit avec les Britanniques), permettra à terme des économies d’échelle sur le plan budgétaire. De la même façon, notre pays doit désormais privilégier les programmes d’armement européen comme l’avion de transport militaire Airbus.

Un effort de défense «strictement suffisant»

Le budget de la défense n’est pas un sancturaire

Avec près de 44 milliards d’euros prévus en 2005, le budget de la défense est le 2e de la Nation après l’Éducation et devant l’Emploi. Ces deux dernières années, le budget d’équipement de la Défense a progressé de près de 15%, alors que les ministères sociaux étaient soumis à des coupes sombres sur le plan financier. A titre de comparaison, le plan Borloo de cohésion sociale est financé à hauteur de 13 Milliards d’Euros sur cinq années, soit l’équivalent de moins d’une année de dépenses de crédits d’équipement de la Loi de Programmation Militaire ! Rien ne justifie un tel régime de faveur.

Nos concitoyens n’adhèreront aux choix de politique de Défense que si ceux-ci apparaissent légitimes au regard du niveau de ressources exceptionnellement élevé alloué par la Nation. Or, dans les enquêtes d’opinion, quand on interroge les Français sur la part du budget consacré à la Défense, ils ne souhaitent dans leur grande majorité, ni l’augmenter, ni la réduire, mais juste la maintenir.

Disons la vérité aux Français: il est possible de dépenser moins et mieux tout en préservant un haut niveau d’exigences vis-à-vis de notre outil de défense. La loi de programmation militaire 2003-2008 prévoit un effort de 15 milliards d’euros par an en moyenne pour les équipements, soit 10 milliards de plus que la programmation qui avait été conçue par le gouvernement de gauche. Dans le passé, un tri insuffisant a été réalisé parmi les grands programmes d’armement. On a privilégié, à tort, les programmes strictement nationaux fort coûteux (Rafale, Leclerc, Porte-avions nucléaire…) et certains matériels plus adaptés à la logique de la Guerre Froide qu’aux conflits d’aujourd’hui (blindés lourds, artillerie…). Au-delà de la baisse des crédits nucléaires et dans le cadre d’une nouvelle revue de programmes, une remise à plat s’impose. Par exemple, la mise au point d’un système de défense anti-missile dit de théâtre pour protéger les forces déployées en opérations est-il vraiment indispensable?

Un format plus resserré

Depuis 1996, avec la disparition des appelés, les armées ont réduit d’un quart leurs effectifs passant de 570000 à 440000 personnels civils et militaires. Une réflexion sans tabou doit s’engager sur le format adéquat de nos armées en particulier de l’armée de terre qui compte à l’heure actuelle 135000 militaires contre 100000 en Grande Bretagne.

De la même façon, 35 à 40000 militaires sont en permanence déployés hors-métropole entre les forces de souveraineté dans les Dom-Tom, celles sous mandat international et les forces pré-positionnées. Ce pré-positionnement de nos forces un peu partout dans le monde est un atout considérable: il permet à la France de pouvoir intervenir rapidement en cas de crise humanitaire, militaire ou pour secourir les ressortissants nationaux et européens.

Il n’est pas question de remettre en cause un tel déploiement, mais il est possible de le rationaliser. Par exemple, n’est-il pas concevable de réduire sensiblement le nombre de militaires — plus de 15000 — stationnés dans les différents Dom-Tom? Les quatre bases permanentes en Afrique sont-elles à ce point indispensables et n’est-il pas possible de les réduire à deux (une à l’Est et l’autre à l’Ouest du continent africain)?

Enfin, dans le cadre de ce nouveau format, les postes administratifs, encore trop nombreux, occupés par des personnels militaires pourront être avantageusement remplacés par des civils.

Clarifier les responsabilités politiques en matière de défense

Un gouvernement et son 1er ministre pleinement responsables

Sur le plan institutionnel, la défense est un domaine partagé entre le Président de la République, «chef des armées» et le gouvernement, le Premier ministre étant, «responsable de la défense». En l’absence de cohabitation, la réalité du pouvoir et des décisions est concentré à l’Élysée, au cœur de ce qu’on a coutume d’appeler le «domaine réservé» et le ministre de la Défense se contente, comme c’est le cas aujourd’hui, d’assurer l’intendance.

Au-delà des articles de la Constitution de 1958 qui devront être abrogés — comme l’article 16 sur les pouvoirs exceptionnels — il s’agit de clarifier cette situation dans le cadre d’un nouveau régime parlementaire en confiant l’ensemble des prérogatives présidentielles en matière de défense (nominations aux emplois militaires…) au Premier ministre y compris le pouvoir de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires.

Un parlement aux pouvoirs renforcés pour mieux contrôler

A l’instar de l’Allemagne, le Parlement doit pleinement jouer son rôle, à savoir, exercer son contrôle et évaluer un gouvernement qui détermine et conduit la politique en matière de Défense. Le Parlement aura, par exemple, l’obligation de se prononcer par un vote à l’occasion d’une déclaration de politique générale en cas d’engagement des forces armées dans un conflit ou une opération extérieure. La transparence doit être de mise pour les accords de défense bilatéraux qui nous lient à certains pays africains et qui doivent être révisés.

Rendre attractif l’exercice du métier militaire

Revaloriser la condition militaire

Chaque année, les armées recrutent 30 à 40000 jeunes de tous niveaux de qualification. Si 7 candidats se présentent pour chaque poste d’officiers à pourvoir, ce chiffre tombe à 2,5 pour un poste de militaire du rang. Si elles veulent maintenir un recrutement de qualité, les armées doivent rester attractives sur un marché de l’emploi qui sera de plus en plus concurrentiel. L’armée est aujourd’hui à l’image de la société et ne vit en aucun cas coupée d’elle. Avec une moyenne d’âge de 33 ans, les jeunes qui s’engagent aspirent à une qualité de vie et des conditions de travail qui ne soient pas en complet décalage avec le «monde civil». Ces aspirations qui étaient au cœur du mouvement des gendarmes en 2001 sont légitimes et l’institution militaire doit y répondre.

Au-delà de sa dangerosité, le métier militaire a ses propres spécificités qui sont autant de contraintes pour ceux qui souhaitent s’engager: il exige une disponibilité permanente, une mobilité géographique soutenue, le respect de la discipline et l’obéissance à la hiérarchie… C’est pourquoi, les avantages liés à l’exercice du métier militaire doivent être préservés: de meilleures rémunérations par rapport au civil, un droit à une pension de retraite au bout de quinze ans de service, un nombre important de jours de permissions, un droit à la reconversion, une formation continue très développée,….

La réforme en vigueur depuis 2001 a permis d’adapter la formation des officiers aux exigences de la professionnalisation avec une plus forte diversité dans le recrutement, une ouverture vers l’université et l’international, une réelle pluridisciplinarité. Nous pouvons aller plus loin en systématisant une année de formation à l’étranger dans le cursus des élèves officiers, par la mise en place d’un système ZEP du type de celui de Sciences-Po Paris avec les établissements des quartiers difficiles et la suppression des prépas militaires, qui favorisent la reproduction sociale. Par contre, les lycées militaires à vocation sociale doivent être maintenus.

Vers une armée mixte

Les femmes représentent 13% des effectifs et seulement 7% des officiers. Des efforts particuliers de recrutement doivent être faits dans certaine armes où les femmes sont sous-représentées en particulier la Marine et la Gendarmerie, mais aussi dans l’accès aux postes à responsabilités élevées. Les parcours d’avancement liés à l’ancienneté doivent mieux tenir compte des contraintes qui pèsent sur les femmes militaires (entrée dans la carrière plus tardive, maternité…). Pour cela, une évolution du statut militaire doit être envisagée pour permettre l’introduction du temps partiel pour raisons familiales.

De façon plus générale, en ce qui concerne les carrières militaires, il est nécessaire de mieux concilier vie professionnelle, vie privée et familiale. Autant il est naturel de favoriser la mobilité professionnelle et d’assurer une garantie de reconversion dans le civil à l’issue de la période d’engagement, autant la mobilité géographique — 80000 mutations par an dont 50000 avec changement de résidence — doit être limitée au strict minimum. Cela suppose une politique sociale ambitieuse (crêches, gardes d’enfants, accession à la propriété…).

De nouveaux droits pour les militaires

Les militaires: des citoyens comme les autres.

Le statut général des militaires date de 1972. Adopté dans un contexte bien particulier (comités de soldat, mai 68…), il est aujourd’hui inadapté, pour de jeunes professionnel(le)s qui pour la plupart effectuent des carrières courtes — 7 à 10 ans en moyenne — au sein de l’institution militaire. Le ripolinage proposé par la ministre Alliot-Marie pour faire évoluer le statut général des militaires est d’une timidité et d’un conservatisme affligeant. Il est tout à fait normal que ce statut rappelle les exigences qui s’imposent à l’exercice du métier militaire (discipline, esprit de sacrifice, loyauté). Pour autant, rien ne serait plus contreproductif que de maintenir les militaires dans un statut anachronique qui les relègue au rang de citoyens de seconde zone en matière de droits.

Des droits civils et politiques plus complets

Une forme de dialogue social existe d’ores et déjà dans les armées avec les instances de concertations au niveau local et national, lieux où sont débattus les questions liées au statut, aux conditions de travail et de vie. Les différents présidents de catégorie au sein des unités sont élus par leurs collègues depuis 2001. La logique de la concertation doit désormais être poussée jusqu’au bout avec le principe de l’élection à tous les niveaux des représentants du personnel et surtout la possibilité pour tous militaires d’adhérer à un groupement professionnel, sous réserve du maintien de certaines restrictions comme l’interdiction du droit de grève, du droit de retrait, le respect du devoir de réserve et de l’obligation de discrétion.

Les militaires doivent pouvoir s’organiser et s’exprimer sur leurs conditions de travail et de vie dès lors que ce «droit syndical» ne vient pas contrarier l’efficacité opérationnelle de leurs missions. En Allemagne, en Norvège, en Belgique, aux Pays-Bas ou en Suède, l’adhésion des militaires à un groupement professionnel est reconnue et n’est pas un facteur de paralysie.

Renforcer les liens entre la Nation et son armée

Développer les réserves et les volontariats

Depuis la suspension de la conscription en 2001, les obligations des jeunes Français vis-à-vis de la défense se résument pour l’essentiel à un enseignement de défense à l’école, au recensement et à une journée d’appel de préparation à la défense. Il n’est pas question de rétablir un service militaire au moment où la quasi-totalité des pays de l’Union Européenne l’ont supprimé. La journée d’appel peut être étoffée, mais c’est d’abord les possibilités de nouveau contact avec les armées qu’il s’agit de développer: volontariat civil et militaire au niveau européen au sein d’un corps spécifique, préparation militaire mais aussi les réserves qui sont un complément indispensable au bon fonctionnement des armées.

Il est possible de rendre plus attractive les périodes de réserves militaires pour les salariés si l’on associe, par exemple, au temps passé dans les armées un bonus de cotisation retraite.

Régis JUANICO

Posted by Benoit Hamon on décembre 31, 2004 at 02:55 PM dans Invités | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

A propos de la chèvre...

Images_7Si tu vois une chèvre devant la tanière du Lion. Aie crainte de la chèvre. (Amadou Hampaté Ba)

Posted by Benoit Hamon on décembre 31, 2004 at 02:02 PM dans Benoît Hamon - CV - Contacts | Permalink | Commentaires (22) | TrackBack

Après la consultation interne du PS sur la Constitution Européenne

Le 1er décembre, la consultation interne des socialistes à propos de la constitution européenne s'est conclue par la victoire du "Oui" qui a obtenu 59% des suffrages des militants. Pour ma part, j'ai défendu le non. Alors que va commencer devant tous les français la campagne officielle pour approuver ou rejeter ce texte constitutionnel, on demande souvent aux partisans socialistes du "non" : et maintenant qu'allez vous dire, qu'allez vous faire?

Voilà résumée, la position du NPS, le courant d'idées auquel j'appartiens au sein du Parti Socialiste. Le débat a parfois été si tranché, les arguments si autoritaires, qu’il est nous est impossible, après l’échec du « non », de mimer la franche et cordiale réconciliation de tous les socialistes. Car nous avons des convictions et de la mémoire. Nous ne savons pas jouer la comédie mais nous sommes des militants politiques responsables. Nous avons voulu ce référendum. Nous avons obtenu l’arbitrage démocratique des militants. Nous en respectons le résultat parce qu’il n’est pas dans nos habitudes, de nous soustraire au verdict d’une consultation collective quand celui n’est pas conforme à nos vœux. Nous laisserons notre parti faire campagne sur l’orientation qu’il a choisie. Qu’en échange, on respecte notre silence !

Nous ne confondons pas non plus nos adversaires politiques. Aucun d’entre eux n’est membre du Parti Socialiste. C’est pourquoi nous regrettons qu’au sommet de notre parti, on ait parfois voulu faire endosser aux partisans du « non », la responsabilité de casser la construction européenne, d’enterrer l’identité socialiste, et de détruire notre Parti. Rien de moins ! Mais l’anathème, s’il malmène parfois notre confiance dans l’avenir du Parti, n’affaiblit pas notre conviction que cette Constitution scelle la conversion de l’Union Européenne à un modèle de développement libéral et antisocial. Nous poursuivrons donc avec entêtement notre travail de conviction au sein du parti socialiste, dans la gauche française et européenne pour dégager une majorité politique en faveur d'une réorientation fondamentale de la construction européenne.

En 2005, nous resterons des militants cohérents.

A l’extérieur du PS: on trouvera les militants du « non » en première ligne du combat contre la directive « Bolkestein » qui, sous prétexte de réaliser le marché intérieur des services (70% du PIB de l’UE et 60% des emplois), réussit le tour de force de remettre en cause le droit du travail des états membres et d’achever la remise en cause de l’ensemble des services publics, jusqu’ici soustraits aux règles de la concurrence.

A l’intérieur du PS: on nous trouvera parmi les plus ardents et les plus exigeants artisans d’un projet économique, social et démocratique alternatif aux politiques libérales. Nous restons les militants du « non » à la résignation et du « oui » au changement.

Posted by Benoit Hamon on décembre 31, 2004 at 01:16 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

17/12/2004

Politiser l'Union Européenne

Le groupe socialiste européen rejette le projet de résolution commune droites européennes-PSE (doc en pièce jointe). Compte rendu de débat par Benoît Hamon.

Une déclaration de la Commission relative aux "Orientations politiques stratégiques" est inscrite à l'ordre du jour de la séance plénière du Parlement Européen. En clair, cela signifie que dans l'attente du véritable programme de travail de la Commission 2005-2009, prévu pour janvier 2005, BARROSO présentera oralement à la plénière du Parlement Européen une première ébauche de son projet politique pour la législature.

Ce 15 décembre, une proposition de résolution commune -droites européennes (PPE ,ALDE , UEN) + PSE- est soumise à la discussion du groupe socialiste européen. En l'occurrence, les négociations entre le PPE (droite), ALDE (libéraux), UEN (petit groupe de droite souverainiste) et PSE (socialistes), aboutissent à un texte à la teneur essentiellement libérale, ce qui explique d'ailleurs l'absence de signature par les deux petits groupes de gauche , Verts et GUE (communistes). Il y est notamment question d'inviter "M. BARROSO, Président de la Commission, à rester fidèle et à se tenir à son engagement essentiel de faire du renforcement de la compétitivité de l'Europe la priorité politique première de son mandat ; on estime qu'une réforme économique structurelle est essentielle pour "mettre l'Europe au travail", mais aussi  "encourager les États membres à réformer les régimes de pensions", "achever le marché unique, notamment dans les secteurs de l'énergie, des transports" (en clair, accélérer le démantèlement des services publics de l'énergie et ferroviaire), et que  "l'Europe s'emploie à exporter la stabilité chez ses voisins".

Le débat est vif. J’interviens parmi les premiers avec des députés belges notamment. Nous critiquons en bloc cette résolution, sur son opportunité comme sur son contenu.  A l’initiative de notre président de groupe, Martin SCHULZ, un vote du groupe a finalement lieu. A la majorité des présents, le projet de résolution commune est rejeté. Au nom de deux arguments :

  1. rien ne justifie qu’on fasse un texte avec la droite sur un sujet aussi politique que les prochaines orientations de la Commission.
  2. un compromis avec la droite nous oblige sur le fond à faire des concessions insensées, incompatibles avec les orientations défendues lors de la campagne électorale.

En ce 15 décembre, après les épisodes désastreux de l'accord technique sur la présidence du Parlement et du vote de confiance à la Commission BARROSO remaniée, l’accord politique et le compromis idéologique avec la droite européenne ont été rejetés clairement par une majorité de socialistes européens. Normal pensez vous ! Et bien non, en pratique le jeu institutionnel Parlement contre Commission ou Parlement contre Conseil prime souvent sur le jeu politique traditionnel droite contre gauche. Résultat le fond des politiques s’efface derrière les enjeux de pouvoir entre la Commission, le Conseil et le Parlement. C’est cela que je veux changer avec d’autres parmi les socialistes européens. Malgré les résistances, cette volonté de politiser l’Union Européenne rencontre un écho de plus en plus large.

Télécharger la proposition de résolution commune

Posted by Benoit Hamon on décembre 17, 2004 at 09:18 PM dans Témoignages | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

Médias : résistance ou soumission

Bien moins spectaculaire que le «choc des civilisations» prophétisé par Samuel Huntington et mis en œuvre par les néo-conservateurs américains, une autre bataille se déroule à l’échelle mondiale. Son théâtre d’opération n’est ni dans les montagnes d’Afghanistan, ni dans les faubourgs de Bagdad. Ce conflit se déploie à bien des égards sans confrontation véritable. Il contourne l’affrontement direct et recherche la soumission des esprits. Sa cible: les consciences individuelles. Son enjeu: contrôler la «culture» parce qu’elle est la clé des valeurs et des opinions. Dans la torpeur des minutes qui s’allongent «la tête dans la télé», dans ces quelques secondes où la conscience s’abandonne au matraquage d’une information propagande, d’un film publicitaire ou d’un divertissement sponsorisé, se joue cette bataille décisive: la bataille culturelle.

Caractérisons ses principaux acteurs. D’un côté, pouvoirs économiques, politiques et sociaux qui participent à l’offensive libérale, et par le contrôle des moyens de communication de masse, préparent, grâce à un travail de termite, l’épanouissement du libéralisme. En face, ceux qui résistent composent un ensemble hétéroclite et éclaté de groupes politiques ou sociaux, parfois d’États qui sans être rassemblés par des valeurs, des intérêts et des projets identiques partagent néanmoins lucidité et clairvoyance à l’égard des stigmates toujours plus nombreux de la bataille en cours. Quelles sont les dernières barrières qui ont cédé? À quoi reconnaît-on les conquêtes récentes de l’idéologie libérale sur nos valeurs collectives?
Dans la multiplication des agressions et des homicides contre les femmes (tous les cinq jours en France une femme meurt des suites de violences conjugales), les médias restituent d’abord une succession de faits divers, de drames passionnels, sans analyser la dérive d’une société machiste et sexiste. Dans cette ignorance délibérée de la dégradation de la représentation et de la condition sociale des femmes, le libéralisme culturel a gagné.
Dans ce jugement qui place les 35heures, parmi les premiers responsables du chômage de masse, dans cette opposition délétère entre emploi et conditions de travail et de vie, le libéralisme culturel a gagné.
Dans cette affirmation que le déficit de l’assurance-maladie repose sur des patients sur-consommateurs de médicaments et des malades irresponsables, le libéralisme culturel a gagné.
Dans cette certitude, que votre CDI est menacé par le titulaire d’un CDD de 3 mois lui-même menacé par l’intérimaire, lui-même menacé comme tous les salariés par le chômeur «flexible» qui frappe à la porte de l’entreprise, lui-même menacé par l’immigré prédateur d’allocations, dans cette certitude que votre alter ego est votre pire ennemi, le libéralisme culturel a gagné.

Le libéralisme est parvenu à une forme d’hégémonie culturelle. Gramsci explique très bien en quoi la notion d’hégémonie est indispensable à tout processus de conquête du pouvoir. Dans sa pensée, les intellectuels jouent un rôle déterminant dans la constitution et le maintien de cette hégémonie. Gramsci considérait que dans les sociétés occidentales, il est impossible de prendre le pouvoir politique sans contrôler d’abord le pouvoir culturel. C’est pourquoi il convenait d’adapter les théories marxistes de révolution et de dictature du prolétariat à la réalité sociale.
Observons la cruelle symétrie entre la stratégie proposée par Gramsci aux partis de gauche à l’époque et les forces en mouvement aujourd’hui. Qu’est ce qui frappe à l’examen des sociétés occidentales ? Partout, une disparition progressive du citoyen derrière le consommateur. Une rupture liée à la marchandisation croissante de la société parfaitement illustrée par l’évolution actuelle de la construction européenne. En effet, c’est autour du principe central de marché unique et de l’exercice en son cœur d’une concurrence «libre et non faussée» que s’organise la construction européenne. Dans les traités de l’Union, les intérêts des Européens se conçoivent pour l’essentiel dans leurs intérêts de consommateurs. Conséquence dans les politiques de l’Union : les besoins et les aspirations du salarié-citoyen sont évoqués et évalués à l’aune des progrès dans la liberté et le bonheur supposés de consommer. L’équation centrale de la construction européenne actuelle est donc aussi simple que dangereuse : plus la concurrence est grande, qu’elle concerne les biens, les services, le marché du travail ou même bientôt les systèmes de santé, de solidarité et d’éducation, plus le consommateur y gagne et donc plus les gens sont contents.

Toujours selon Gramsci, la prise du pouvoir étatique à l’aide d’une insurrection politique est impossible dans les mêmes sociétés évoluées, s’il n’y a pas préalablement un long travail idéologique de préparation du terrain au sein de la société civile. À bien des égards les grands médias, leurs journalistes, éditorialistes et «experts» vedettes remplissent aujourd’hui la fonction des intellectuels ou des Églises d’hier. De ce point de vue «la société du spectacle mondial» est bien devenue le meilleur vecteur de l’expansion du marché mondial. Aux USA par exemple, les pouvoirs colossaux de Fox ou CNN qui lèvent et ferment le rideau de ce spectacle, servent naturellement la stratégie des néo-conservateurs pour façonner l’opinion américaine et mondiale et la rendre docile aux desseins de la Maison Blanche.
Gramsci pensait que le pouvoir de l’État donc le pouvoir politique, n’était pas la source de l’hégémonie mais son résultat. Aujourd’hui, ce qui est en jeu à l’échelle mondiale, n’est pas le pouvoir d’un État seul, encore moins d’un consortium de multinationales. Il n’existe pas de prédateur suprême pas plus qu’il n’y a de complot libéral à l’échelle mondiale. Mais il y a une pente. Forte et brutale. Une pente qui s’incline de plus en plus et dont chacun se persuade qu’il est dérisoire de vouloir s’en arracher. Pierre Bourdieu définit ainsi la puissance singulière de l’idéologie néo-libérale: «Le néo-libéralisme est une arme de conquête. Il annonce un fatalisme économique contre lequel toute résistance paraît vaine. Il détruit le système immunitaire de ses victimes.» Parmi ces défenses, il y a l’aspiration à l’égalité, la capacité des consciences individuelles à identifier les armes de la domination qui s’exercent sur elles. Bourdieu évoquant l’emprise libérale sur les gouvernements et les citoyens  rajoute: «De toutes les forces de persuasion clandestine, la plus implacable est celle qui est exercée tout simplement par l’ordre des choses.» Ce totalitarisme libéral a été ramassé par Noam Chomsky dans une formule empruntée à Margaret Thatcher et désormais célèbre par: «TINA: There Is No Alternative». Comment cette potion libérale agit-elle concrètement?

LA TELE N’EST PAS NEUTRE

3h22, c’est le temps moyen passé par les Français chaque jour devant leur télé. Les Français âgés de plus de 4ans ont regardé chaque jour la télévision deux minutes de plus en moyenne l’année passée qu’en 2002. Selon l’étude de mesure d’audience annuelle de Médiamétrie, le poste de télévision des foyers français est allumé en moyenne 5h31 par jour en 2003. Le cerveau est connecté 202 minutes par jour à des programmes d’information, de divertissement ou commerciaux qui délivrent des milliers de messages. Ces 202 minutes aiguisent tous les appétits.
Dans une publication récente, Les Dirigeants face au changement (éditions du Huitième jour), Patrick Le Lay, PDG de TF1 résumait avec une franchise désarmante le métier de sa chaîne. «À la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca Cola, par exemple, à vendre son produit. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est à dire de le divertir, de le détendre, pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.» On l’a dès lors compris, le centre d’intérêt de TF1 n’est pas celui qui regarde mais bien celui qui achète: l’annonceur. La fonction d’une télévision commerciale est bien de vendre des produits et pour s’assurer des recettes publicitaires optimales, de garantir à ses clients à la fois le nombre et la réceptivité des téléspectateurs.

RIEN N’ECHAPPE A CE PRINCIPE. PAS MEME L’INFORMATION

Chomsky dénonce un «système de marché dirigé», où l’information est un produit, que les médias, fonctionnant selon le même modèle que n’importe quelle société commerciale, cherchent à écouler sur un marché au meilleur bénéfice. Emblème de cette dérive, le concept aberrant «d’info-tainment» gagne du terrain. L’info-divertissement, l’info-spectacle a pris le relais d’une information rigoureuse et exigeante. Les animateurs se proclament tous «journalistes» et chacun peut prétendre informer et divertir à la fois. TF1 est le meilleur exemple de cette réalité dangereuse que Guy Debord annonçait en 1989: «Pour la première fois, les mêmes sont les maîtres de ce qu’on fait et les maîtres de ce qu’on en dit.» TF1 nous donne à voir la société française chaque jour selon un ordonnancement et un angle parfaitement maîtrisé et orienté. Comment cette société est-elle décrite? Violente dans ses banlieues, rassurante dans ses campagnes. Menaçante dans ses écoles, inquiète et besogneuse dans ses commerces. Archaïque et corrompue dans le fonctionnement de l’État, moderne et responsable dans les «réformes indispensables de nos systèmes de solidarité».
L’association ACRIMED a décrypté les principaux journaux télévisés (TF1 et France2) et démontre ce parti pris idéologique. Étudions la restitution par la télévision des mouvements massifs de protestation des salariés contre la réforme Raffarin des retraites. 10 juin, 20 heures, au terme de la journée nationale d’action : TF1 offrit 3 minutes 47 secondes aux grévistes et manifestants contre 14 minutes 5 secondes à ceux qui les dénonçaient. Le mouvement social est traité de façon identique sur France 2 : le journal télévisé de 20 heures du 14 mai consacra 1 minute et demie à la parole des protestataires contre 8 minutes 50 secondes aux gênes occasionnées par les grèves. À trois reprises au moins (les 13, 14 et 16 mai), les téléspectateurs de France Télévision purent s’émouvoir des infortunes d’une start-up parisienne. À l’opposé de cette «France travailleuse et prise en otage», la «France des grévistes», dépeinte comme celle des «ronds-de-cuir» et des «assistés», était symbolisée par Marseille: «Il faut dire que les services publics et parapublics y tiennent une très grande place et que la ville compte de nombreux retraités, chômeurs et RMistes», soulignait Patrick Poivre d’Arvor sur TF1 (4 juin).

Cette approche partiale et clairement libérale n’a absolument pas été infléchie par l’émotion et les critiques suscitées lors de la campagne électorale de 2002 après le déferlement sécuritaire infligé à l’information par les grandes chaînes généralistes françaises. Revenons sur cet épisode. Dès le lendemain de l’intervention de Jacques Chirac à l’occasion du 14 juillet 2001, la machine médiatique s’est emballée. Elle relaye tous azimuts le mot d’ordre sécuritaire du chef de l’État. Les Français assistent dès lors à une déferlante de reportages, ouvertures de JT, documentaires et commentaires compassés sur la montée inexorable de l’insécurité publique et l’impuissance des gouvernants à l’enrayer.
L’Observatoire du débat public a analysé les journaux télévisés de TF1 et du secteur public durant cette période. Une arithmétique rapide à propos de l’utilisation du mot «violence» dans les journaux télévisés est particulièrement révélatrice. Un soir comme un autre lors de l’automne 2001, le 19 novembre, le mot «violence» apparaît treize fois en dix minutes dans le journal télévisé diffusé sur TF1. Sur France2, David Pujadas utilise ce mot une fois à propos de l’ETA, mais pas à propos de l’attaque d’un fourgon qui fait l’actualité. Sur France 3, le mot est employé à propos de l’attaque du fourgon.
Selon les experts de l’Observatoire du débat public, le mot «violence» est utilisé sur TF1 pour évoquer des situations très différentes dans une période courte. Conséquence, le journal ne rend plus compte de quatre ou cinq faits distincts, mais propose «le spectacle d’un seul et même phénomène». Le téléspectateur a ainsi sous les yeux «la violence actuelle dans l’ensemble de la société» et, effet cumulatif oblige, sa «montée».
France 2 n’est pas en reste: l’émission de décryptage des médias, Arrêt sur images (France 5), a passé au crible  le  journal télévisé de 13heures, présenté par Daniel Bilalian. Le constat est sans appel. En mars 2002, Bilalian a évoqué 63 fois le thème de l’insécurité contre 41 fois pour le 13heures de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Non seulement le temps consacré par le 13heures de France2 à l’insécurité a considérablement grandi durant la campagne électorale, mais son présentateur vedette y a régulièrement ajouté son commentaire personnel. Bilalian pilonne sans interruption: «L’insécurité est l’un des thèmes majeurs de la campagne.» Le 25 mars il lance après  l’agression (finalement fausse) d’un chauffeur de bus à Marseille: «On ne sait plus quel adjectif employer (soupir). On pouvait penser à l’impensable survenu la semaine dernière à Évreux, dans un supermarché à Nantes, ou encore à Besançon avec ces deux jeunes filles torturant une troisième... Eh bien à Marseille, c’est encore autre chose.»

Aussi bien sur TF1 que sur France2 on assiste à une théâtralisation, une véritable mise en scène des faits de violence et de délinquance dont l’objectif a été à l’évidence de faire monter l’anxiété et la peur chez les Français. Mariette Darrigrand, de l’Observatoire du débat public, résume la séquence électorale à la télévision ainsi: « C’est l’insécurité qui a fait la campagne, et c’est la peur qui a fait voter. Il y a eu dans les JT une accumulation de faits de nature différente qui a donné l’impression que toutes les protections s’étaient écroulées, qu’on était dans la représentation d’un champ de ruines.» Un champ de ruines dans lequel, selon elle, les électeurs ont voulu, le dimanche, entraîner les «élites»: «Au-delà du vote protestataire, il y a une volonté inconsciente de ‘‘ruiner’’ quelque chose. Les gens étaient conscients des mesures positives prises par Jospin sur la parité, les 35heures, mais elles ont été anéanties par le champ de ruines. C’est d’ailleurs très significatif qu’on parle de ‘‘séisme’’ aujourd’hui.»
Toujours à propos de la même période, le chercheur Christian PRADIE relevait: « [...], la couverture des campagnes de 2002, plutôt que de susciter l’argumentation et la confrontation des forces politiques en opposition, paraît s’être refermée sur la formulation de jugements univoques par un nombre très limité de journalistes, adoptant un même comportement, substituant le commentaire à la présentation des faits, mêlant le commentaire des sondages à la subjectivité d’analyses omniscientes et finissant par caricaturer l’expression des formations politiques en la réduisant à la teneur de stratagèmes démagogiques préparés par des spécialistes en communication publicitaire.»
L’opinion majoritairement négative à l’égard des représentants politiques est délibérément renforcée. On entretient la suspicion, on l’alimente et on résume la confrontation présidentielle au choc de deux ambitions personnelles, sans relation avec un projet politique. On dépolitise l’élection, pour ne conserver de la confrontation électorale que ses aspects spectaculaires. Et lorsque la classe politique vient à s’inquiéter de ce traitement, quand elle critique la manière dont les médias ont surmédiatisé l’insécurité au détriment de tous les autres enjeux de cette élection, emploi  retraites, services publics, croissance, éducation, etc., la sanction tombe immédiatement. C’est le sort que la direction de TF1 réserva à Julien Dray lorsqu’il commit l’offense de dénoncer ce déséquilibre. Il fut très officiellement mis au ban des plateaux des chaînes TF1 et LCI. Les censeurs avaient changé de camp signalant aussi que le pouvoir a sensiblement quitté la scène politique pour se déplacer dans la sphère économique, financière et médiatique. Christian PRADIE rajoute: «Par cette maîtrise de la capacité à influer sur les conditions de leur propre jugement, les médias finissent par apparaître bénéficier ainsi, dans la période contemporaine, d’un pouvoir exorbitant, en disposant à certains égards d’un pouvoir auto-instituant, auto-légitimant et, en définitive aussi, auto-protecteur. On comprend mal, dans de telles conditions, quelle pourrait être l’origine d’un pouvoir concurrent de celui-ci, s’il ne s’agit pas de celui qui découle de la légitimité de la puissance publique.»

Ce pouvoir «exorbitant» résulte d’une mutation profonde du paysage médiatique depuis les années 80. Cette mutation loin de servir le pluralisme et la démocratie a renforcé les concentrations et contribué à l’émergence d’un nouveau pouvoir économique politique et culturel dont les intérêts ne croisent plus que rarement ceux de la démocratie. Avant les années 80, le paysage médiatique était assez uniforme. Les médias nationaux se résumaient pour l’essentiel à la radio et à la télévision d’État et souvent présentaient quelques caractères de services publics. Les télécommunications étaient quant à elles un monopole, généralement sous le contrôle d’un ministère des Postes et des Télécommunications. Cette situation s’est modifiée au début des années 90 avec l’apparition de systèmes de communication commerciaux aux mains de sociétés transnationales.
Les libéraux en donnent une interprétation: les progrès de la technologie justifieraient à eux seuls la mondialisation des centres de communication. Les techniques de communication s’étant radicalement améliorées, elles permettent la circulation des flux mondiaux et des opérations commerciales mondiales dans le secteur des médias. Soit. Mais cette explication est approximative. La technologie n’a rien en soi qui appelle le néolibéralisme. Le progrès technologique n’appelle pas la dérégulation. L’argument sert ici les buts d’une force politique synchrone, la conversion mondiale à l’orthodoxie libérale, qui a assoupli et supprimé les obstacles à l’exploitation commerciale des médias, à l’afflux des investissements internationaux dans les systèmes de communication et a entraîné une concentration des médias et de leurs propriétaires. Les systèmes de communication sont ainsi devenus un des secteurs les plus lucratifs de l’économie capitaliste. À la fois pivot de l’économie mondiale et pilier supposé de la démocratie, une tension vitale s’est ainsi nouée entre la fonction sociale et politique des médias et les buts commerciaux qu’ils poursuivent. À ce stade le déséquilibre est frappant. Il est parfaitement décrit et démontré par les universitaires américains Robert McChesney et Dan Schiller dans ce qu’ils ont appelé le paradoxe «rich media/poor democracy».

La décision de libéraliser, à partir de 1982, l’activité radiophonique et télévisuelle, a une conséquence presque immédiate et commune aux radios et aux télévisions: la financiarisation de leurs activités.
Au point de départ de la libéralisation de la radio, il y a un formidable essor à la fois culturel et démocratique. Les initiatives, souvent associatives, foisonnent. Toutes ces nouvelles radios contribuent à élargir et démocratiser l’espace public. Mais en 1984 l’autorisation de la publicité sur les radios privées va progressivement modifier le paysage. À partir du tissu des radios locales, des groupes puissants sont apparus, constituant des réseaux nationaux, bientôt côtés en bourse et mus par une logique principalement marchande. Que reste-t’il du «big-bang» de la bande FM du début des années 80: des grands réseaux aux formats standardisés, intimement liés aux maisons de disque, et dans certains cas en situation de quasi monopole de la diffusion et de la promotion de certains genres musicaux comme celui de Sky Rock sur le rap?

Côté paysage audiovisuel, tout est allé très vite. Les 3 chaînes nationales privées sont contrôlées par des groupes côtés en bourse. Canal+ et TF1 sont elles-mêmes des sociétés directement cotées en bourse.
Ce bouleversement de la structure financière des principaux médias nationaux induit des conséquences déterminantes. Il signifie que leur activité est soumise principalement à l’impératif de faire croître le capital investi. Cette réalité propre à toutes les activités des sociétés cotées en bourse n’a pas la même signification dans le cas d’une entreprise dont la fonction est de produire des biens et des services culturels et de communication. Un de ses principaux effets pervers est qu’elle conduit inévitablement à une forme de prostitution de l’information.
Les travaux de Christian PRADIE montrent en outre que la financiarisation des médias est un facteur décisif de leur propension à la concentration. Il écrit: «[...] L’accès aux ressources financières découlant de l’appel à l’épargne publique, l’entraînement mimétique des différents opérateurs en quête d’un gonflement accru de leur capitalisation, la disparition de bloc de contrôle effectif une fois dépassé un certain seuil de dilution de capital au profit du contrôle par les dirigeants sont autant de mécanismes qui favorisent la succession des opérations de fusions-acquisitions, survenant au sein du secteur et étendues au-delà à d’autres secteurs d’activité.» Cette concentration financière a pris des proportions inquiétantes en France. Elle a tous les contours d’un véritable rapt sur l’ensemble des systèmes de communication et d’information.
Le 18 juin 2004, l’Observatoire français des médias lançait un appel contre la concentration et la mainmise financière sur les médias. Trois évènements marquant un pas supplémentaire et significatif dans la concentration des médias français ont justifié la réaction de l’Observatoire:
–l’autorisation accordée par l’Union Européenne à l’entreprise d’armement Dassault de prendre le contrôle de 70publications, dont le Figaro, l’Express et 1/3 de la presse quotidienne régionale grâce à son entrée dans le capital de la Socpresse à hauteur de 30%;
–l’acquisition du pôle édition de Vivendi Universal par Lagardère, un autre fabricant d’armes, créant ainsi une situation de quasi monopole;
–et l’achat par le holding financier Wendel, présidé par le patron du Medef, Ernest Antoine Seillières, d’Éditis, deuxième groupe français et éditeur d’une très grande part des dictionnaires et manuels scolaires.
Cette concentration croissante alourdit un paysage médiatique et notamment télévisuel déjà largement surplombé par la domination de trois groupes industriels multinationaux (Bouygues, Lagardère, Vivendi) et un géant mondial de la communication (Bertelsmann) qui sont aussi présents, et souvent aux premières places, dans les autres médias (presse écrite, radio, cinéma, musique).
La plupart du temps loin de se livrer à des affrontements directs ces groupes préfèrent les stratégies d’alliance, les participations croisées et s’arranger entre eux même si le juteux pactole des recettes publicitaires fait l’objet d’appétits parfois sauvages. Il subsiste cependant une question essentielle pour les citoyens et la démocratie. Cette concentration croissante est une véritable menace pour la pluralité et donc la qualité de l’information. Elle nous interroge sur la dépendance des politiques à l’égard du pouvoir audiovisuel mais aussi sur l’usage de ce pouvoir par les groupes qui contrôlent ces chaînes de télévision, au bénéfice de toutes leurs autres activités en France et à l’étranger (bâtiment, télécommunications, armement,...). Elle nous inquiète quand Serge Dassault déclare après l’acquisition du Figaro que celui-ci ne devra pas publier d’informations susceptibles de «mettre en péril des intérêts commerciaux ou industriels de notre pays». Chacun aura compris que pour Serge Dassault les intérêts du pays se confondent sans nul doute avec ceux de sa société d’armement. Si la rédaction du Figaro s’est courageusement émue de cette déclaration publique de son nouveau patron, on peut penser qu’une fois le calme revenu, censure et désinformation se développeront.
Ce conflit entre Serge Dassault et la rédaction du Figaro illustre en outre, une singularité française: les entreprises qui contrôlent le pouvoir audiovisuel ont de puissants intérêts économiques dans des secteurs qui dépendent beaucoup de la commande publique. C’est le cas évidemment du bâtiment et de l’armement ou de la distribution de l’eau. Ces liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle de la télévision n’ont jamais été jusqu’ici contrariées par une quelconque législation anti-concentration.
Non seulement la législation anti-trust est insuffisante, mais les quelques protections existantes sont attaquées de toutes parts. Ainsi la loi «sur les communications électroniques et les services de communication audio-visuelle» voulue par le gouvernement Raffarin prévoit de lever, pour la télévision numérique terrestre, l’interdiction de cumuler les fréquences nationales et locales. La Droite enfonce le clou, en remettant en cause récemment le principe de la création d’une chaîne internationale d’information confiée au secteur public en imposant par la voix de Jacques Chirac un partenariat entre France Télévisions et TF1.

Demain, il faudra rompre avec tout cela. Une nouvelle législation s’impose qui limite la concentration des grands médias d’information et empêche les entreprises bénéficiant de commandes publiques de contrôler directement ou indirectement les principaux médias d’information.

Et le service public audiovisuel dans tout ça... Desservi par l’absence d’un véritable soutien et d’une ambition claire de la part de sa tutelle, plombé par des stratégies de développement, une utilisation des recettes publiques et des politiques managériales indignes d’un service public, la télévision publique française ressemble à un bateau ivre. Elle n’a jamais relevé le défi de la concurrence du privé ni celui de l’essor d’une grande télévision généraliste publique et populaire, indépendante et rigoureuse sur le modèle enviable de la BBC. Elle démontre à ses dépends combien la libéralisation de l’audiovisuel en France n’a pas conduit à une concurrence favorable au pluralisme et à la diversité mais à la standardisation de l’offre de programmes des chaînes nationales, à l’uniformisation du traitement de l’information et à l’affaiblissement du service public. Le secteur public ne se différencie plus du secteur privé qu’à la marge. Dirigé et animé par des professionnels obnubilés par la course à l’audience, la télévision publique n’innove plus et développe des programmes à partir des standards à succès importés de l’étranger. Cette dérive rappelle une évidence: la question du contenu et du sens de la télévision publique n’est pas dissociable de son financement. Tant que le secteur public dépendra de ses recettes publicitaires, nous n’aurons ni innovation, ni prise de risque, ni souci d’une information et d’une programmation pluraliste et diversifiée. La course à l’audimat, la concurrence entre les chaînes pour obtenir la part maximum du gâteau publicitaire conduit à l’uniformisation des programmes et des chaînes. Notre volonté politique sera très tôt mise à l’épreuve sur ce sujet. Si nous gouvernons demain, il faudra passer à un financement exclusivement public des chaînes publiques, assis sur des recettes diversifiées. Au-delà de la redevance, la perte de recettes publicitaires pourrait par exemple être compensée par une taxe prélevée sur les revenus de la publicité des chaînes privées. Ce principe est d’autant plus logique et juste que les annonceurs, privés d’espace sur les chaînes publiques, se tourneront vers le secteur privé et contribueront à l’augmentation des tarifs pratiqués par les chaînes commerciales. Cette redistribution de la richesse au profit d’un secteur public indépendant et garant de la pluralité de l’offre télévisuelle est une étape capitale dans la modification du paysage audiovisuel français.

La démocratisation de l’espace public doit rester au cœur des combats de la gauche. La formation des opinions politiques résulte nécessairement de la formation des représentations collectives héritées du contexte dans lequel chaque citoyen a accès à une information pluraliste ou uniforme, à une expression culturelle et artistique ouverte ou étroite. À l’heure où ces représentations valorisent l’individualisme, la loi du plus fort, une image dégradante de la femme, il nous revient de prendre des mesures fortes. Chaque jour, les enfants  vivent une double journée éducative. Celle de l’école, et celle de la télévision. L’image est un langage. Ce langage façonne la personnalité des enfants. La responsabilité des pouvoirs publics est de permettre à chaque citoyen d’être éduqué à l’image et ceci dés son plus jeune âge. Apprendre à, décrypter les images, à exercer son libre arbitre sur elles, relève des missions nouvelles de l’Éducation nationale. En plus de cette intégration de l’éducation à l’image dans les programmes de l’Éducation nationale, nous devons sanctuariser un certain nombre de programmes télévisés. À partir de l’exemple nordique, il paraît important que les plages horaires destinées aux programmes télévisés pour enfants soient exemptes de tous messages à caractère commercial et publicitaire. Les annonceurs le savent, l’enfant a pris une place de plus en plus importante dans la consommation des ménages, pas seulement pour ses propres besoins. L’enfant est devenu un prescripteur incontournable dans la consommation des familles. Il est donc l’objet d’un bombardement publicitaire auquel nous devons le soustraire. L’interdiction de la publicité avant, pendant et après les programmes télévisuels destinés aux enfants et la réalisation d’un programme d’éducation à l’image à l’école sont deux actions complémentaires et impératives.

La Gauche et la Droite ne partagent à l’égard des médias ni les mêmes conceptions, ni les mêmes buts. Le combat pour la liberté d’opinion et la liberté de la presse est un combat historique de la gauche. À l’instar de cette citation de Gramsci, «je suis pessimiste par l’intelligence mais optimiste par la volonté», tout dans l’état du rapport de force entre culture libérale et contre-culture progressiste doit nous rendre pessimistes. Mais tout dans la volonté des individus de rester debout, vigilants et conscients doit nous rendre optimistes. Certains se retournent déjà, hilares ou condescendants, moquant cet optimisme de la volonté, répétant que la bataille culturelle est finie et que la Gauche l’a perdue. Faut-il les croire? C’est la télé qui le dit.

B.H.

PeillonmontebourgTexte de Benoît Hamon publié dans Au coeur de la gauche - Eléments pour un projet politique, ouvrage collectif réalisé sous la direction de Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, Le Bord de l'eau, 2004.

Posted by Benoit Hamon on décembre 17, 2004 at 08:36 PM dans Médias | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

14/12/2004

Benoît Hamon, député européen

Photo_3Benoît Hamon

Député européen, et dans ce cadre au Parlement européen :

- Membre de la commission des affaires économiques et monétaires,
- Membre suppléant de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs,
- Vice-président de la  délégation pour les relations avec les Etats Unis,
- Membre suppléant de la délégation pour les relations avec Israël

Conseiller municipal de Brétigny sur Orge (Essonne)

Contacts :

  • A Brétigny sur Orge

Contacter Marion Carré

2 rue Danielle Casanova
91220 Brétigny/Orge
Tél : 01 60 84 25 17
Fax : 01 60 85 33 28
hamonbenoit@wanadoo.fr

A Bruxelles et Strasbourg

Contacter Antonio Gambini

Parlement Européen

Rue Wiertz, 1047 Bruxelles, Belgique
Tél : +32 (0) 228 45476
Fax : +32 (0) 228 49476

Allée du Printemps, 67100 Strasbourg, France
Tél : +33 (0) 3 88 17 54 76
Fax : +33 (0) 3 88 17 94 76

bhamon@europarl.eu.int

Posted by Benoit Hamon on décembre 14, 2004 at 02:55 PM dans Benoît Hamon - CV - Contacts | Permalink | Commentaires (16) | TrackBack

13/12/2004

Cotes de popularité de l'Exécutif français depuis janvier 1996

popularité de J. Chirac depuis 1996

rem : pour une meilleure lecture, ouvrez les images "dans une nouvelle fenêtre" (click droit sur PC)

Impopulaire avec Alain Juppé, la cote de Jacques Chirac se redresse pendant la cohabitation, pour atteindre des records au moment de la victoire des bleus à la coupe du monde 1998. Le chef de l'Etat conserve un bon solde de popularité jusqu'à la campagne électorale 2002, les sympathisants de gauche redevenant alors plus sévères. A nouveau orientée à la hausse après le printemps électoral, Ipsos pointe 70% d'avis favorables au moment du veto au Conseil de Sécurité de l'ONU sur la guerre en Irak. Aujourd'hui, une bonne moitié des Français juge favorablement "son action en tant que Président de la République".

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Pour les chefs de gouvernement, c'est la décennie des records. A 74% d'avis défavorables fin 1996, Alain Juppé bat celui d'Edith Cresson. A contrario, Lionel Jospin a très vite suscité l'adhésion des Français, pour atteindre 70% d'opinions favorables pendant la coupe du Monde. Là encore le record pour un Premier ministre sous la Cinquième République. A partir du second semestre 2000, la situation se dégrade pourtant régulièrement, jusqu'à la Présidentielle.
Le croisement des courbes de popularité de Jean-Pierre Raffarin est également spectaculaire. Les avis favorables ont plongé presque aussi vite que les mauvaises opinions ont progressé, renforcées par le réservoir de Français qui préféraient "ne pas se prononcer" sur l'action du Premier ministre en début de mandat. Aujourd'hui Jean-Pierre Raffarin nage en eaux profondes, à 60% de jugements défavorables : dans la zone où se trouvait Alain Juppé.

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Source : baromètre de l'action politique Ipsos-Le Point.
La dernière vague :
popularité de l'exécutif
popularité des leaders politiques
palmarès des partis politiques
avec ventilations sympathisants de droite et de gauche (échantillons représentatifs) sur le site d'Ipsos.

Voir aussi : le baromètre Sofres-Le Figaro avec archives depuis 1974

Posted by LeFIL on décembre 13, 2004 at 07:06 PM dans Opinions | Permalink | Commentaires (0)